TRUE DETECTIVE - bilan saison 1

La traque d'un tueur en série amorcée en 1995, à travers les enquêtes croisées et complémentaires de deux détectives, Rust Cohle et Martin Hart.

Attention spoilers...

Cela fait une semaine qu'HBO a diffusé le dernier épisode de la série-événement de ce début d'année, celle qui aura affolé le web et contenté avec bonheur les amateurs de polars, celle qui nous aura permis de faire connaissance avec l'un des personnages les plus fascinants que le petit écran nous ait donné à voir depuis longtemps... Cette série, c'est bien sûr True Detective : le show créé par Nic Pizzolatto a ainsi, en seulement huit épisodes, fait preuve d'une qualité d'écriture incroyable et d'une mise en scène tout simplement stupéfiante.

A strictement parler, True Detective "n'invente" pourtant rien : la littérature, le cinéma, la bande dessinée ou bien sûr la télévision nous ont abreuvé depuis des décennies de chasse au serial-killer, de personnages torturés et d'enquêtes traumatisantes : du génial roman graphique From Hell à l'excellente Hannibal, en passant par Seven ou bien encore MillenniuM, les exemples sont on ne peut plus nombreux... 

Qu'est-ce qui fait alors que Nic Pizzolatto arrive, grâce à un épisode-pilote absolument remarquable, à nous faire entrer dans cet univers glauque et moite en quelques minutes seulement? Qu'est-ce qui fait que True Detective a autant déchaîné les passions au point de voir fleurir sur la toile un nombre incalculable de théories quant à l'enquête des deux héros mais également au point de faire planter le service de streaming d'HBO le soir de la diffusion de son dernier épisode?

Qu'est-ce qui fait que True Detective n'est pas qu'un énième polar de plus?

Parce que, comme le dit le personnage de Rust Cohle lors des dernières minutes de cette première saison, Nic Pizzolatto a tout simplement réussi à transcender la plus vieille histoire du monde : "La lumière contre l'obscurité".

TRUE DETECTIVE - bilan saison 1

Il ne faut aucunement voir un jugement négatif de ma part lorsque je dis que True Detective n'invente rien : je préfère largement voir une série basée sur un canevas classique plutôt qu'un show au concept méga-original-on-n'a-jamais-vu-ça et qui s'essouffle en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. De ce côté-là, Nic Pizzolatto fait très fort : son show est un polar qui s'inscrit parfaitement dans la tradition (Michael Connelly, Dennis Lehane...) et qui s'assume jusqu'au bout sans jamais chercher à faire son malin. Pas de retournement de situation à vous décrocher la machoîre mais une gestion narrative et une cohérence sans faille qui forcent le respect ; pas de digressions inutiles ou d'effets servant à meubler afin de tenir les huit épisodes : True Detective est tout simplement un vrai et beau coup de maître narratif... que l'on doit à un quasi-inconnu en qui HBO a cru et a donné carte blanche. Ancien professeur de littérature et auteur d'un roman plebiscité par la critique (Galveston), Nic Pizzolatto a débuté sur le petit écran en tant que scénariste sur la saison 1 de la version US de The Killing diffusée sur AMC avant de se voir confié les rênes de sa propre série par la chaîne derrière les succès The Sopranos, The Wire ou Oz. Un parcours qui fait rêver et qui, au-delà d'imposer une nouvelle fois le flair quasi-imparable d'HBO, ne fait que plus cruellement mettre en lumière le retard de la France quant à sa politique des auteurs... Superbement écrite, sachant alterner les moments de pure contemplation à des instants de terreur glaçants, True Detective est un voyage au bout de l'enfer passionnant. D'une noirceur estomaquante mais véritablement passionnant de bout en bout.

TRUE DETECTIVE - bilan saison 1

Si True Detective épate par son intrigue maîtrisée à la perfection, elle met à n'en pas douter tout le monde à genoux en ce qui concerne ses personnages : au delà de la traque d'un serial-killer, la série de Nic Pizzolatto est en effet la rencontre de deux personnalités que tout oppose. 

Rust Cohle est un flic texan qui débarque en Louisiane au moment du meurtre qui va lancer l'intrigue de la saison : solitaire, brisé par la mort de sa fille, il porte un regard désabusé sur l'humanité. Philosophe qui broie du noir et qui ne voit que les ténèbres autour de lui, le personnage bouffe l'écran dès sa première apparition. Campé par un Matthew McConaughey littéralement habité par le rôle, Rust Cohle est un être complexe et fascinant qui entre sans peine dans la catégorie de ceux que l'on n'oubliera pas.

Issu de cette Louisiane profonde que Pizzolatto nous invite à "visiter", Martin Hart est son contraire : plus terre-à-terre, plus "massif" (en opposition au côté cérébral de Cohle) dans son approche de l'enquête, le personnage présente au prime abord moins d'aspérités que son partenaire, le rendant ainsi peut-être moins facilement "intéressant". Pourtant, là aussi porté par l'interprétation magistrale de Woddy Harrelson, Martin Hart se révèle peu à peu comme un personnage plus complexe qu'il n'y paraît : bouillonnant d'une colère qu'il faut peu pour déclencher, bercé d'illusions dans son idéal de la famille unie.

Tout semble donc les opposer et pourtant, à la vue du dernier épisode, il apparaît comme une évidence que personne d'autre n'aurait pu venir à bout de la traque du Yellow King : mêlant sacrifices ancestraux et allusions à un monde fantasmagorique (Carcosa), cette enquête de longue haleine a autant un pied sur terre que la tête dans l'imaginaire et c'est justement l'association de deux "mentalités" contraires (le philosophe et le rural) qui permettra d'en venir à bout.

TRUE DETECTIVE - bilan saison 1

Ecriture remarquable, interprétation exemplaire... Rien à dire de négatif sur True Detective? Même pas sur la mise en scène? Oh que non. Troisième point fort du show, et pas des moindres, la mise en scène de Cary Joji Fukunaga (qui dirige les huit épisodes de la saison) est d'une splendeur ahurissante. Avec ses plans aériens de toute beauté, son atmosphère lourde et malsaine et ses morceaux de bravoure appelés à rester dans les annales (on n'a pas fini de s'extasier devant le plan séquence de fou furieux qui vient clôturer l'épisode 4!), True Detective fait montre d'une ambition et d'une maestria jubilatoires. HBO strikes again!

Au terme d'un épisode 8 magistral au cours duquel nos deux héros auront littéralement plongé dans l'enfer de Carcosa (l'antre du tueur... cauchemars en perspective) afin de mettre un terme à l'enquête qui les aura rongés, bouffés et recrachés exsangues, une lueur d'espoir est enfin apparue au bout du tunnel : les derniers mots de Cohle ("Si tu veux mon avis, la lumière a gagné") achèvent en beauté ce voyage bouleversant dans une psyché humaine plus que tourmentée.

L'attente des premières infos concernant la saison 2 n'en est bien sûr que plus forte : concue dès le départ par Nic Pizzolatto comme une anthologie, True Detective verra donc sa deuxième fournée d'épisodes nous présenter un nouveau duo d'enquêteurs confronté à une nouvelle affaire... Patientons, alors...

Et pour rester un peu en Louisiane...

Crédits photos : HBO.

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