GODZILLA - la critique

Godzilla, écrit par Max Borenstein, d'après une histoire de David Callaham. Réalisé par Gareth Edwards. Avec Aaron taylor-Johnson, Elizabeth Olsen, Ken Watanabe, Bryan Cranston. USA - 123mn. Sortie le 14 mai 2014.

Sorti il y a déjà un peu plus d'une semaine maintenant, le Godzilla de Gareth Edwards se devait d'avoir les épaules solides pour supporter la pression des nombreuses attentes suscitées... La version 2014 de ce monstre culte de la culture pop avait pour mission première de faire oublier l'affront commis par Roland Emmerich en 1998 avec son nanar à 130 millions de dollars dans lequel Jean Reno venait encaisser son chèque et où Puff Daddy faisait saigner les oreilles avec sa reprise d'un classique de Led Zeppelin. Pas une mince affaire.

Ce nouveau Godzilla se devait également de faire taire les rumeurs qui le voyaient déjà subir le même sort que l'excellent Pacific Rim de Guillermo del Toro, à savoir un succès somme toute relatif et qui marquait peut-être le désintérêt des spectateurs pour les films de monstres, autres que ceux motorisés chers à Michael Bay avec sa saga Transformers.

Enfin, Godzilla 2014 marquait l'entrée de Gareth Edwards dans la cour des réalisateurs de blockbusters et ce, pour son deuxième film seulement après l'indépendant Monsters et son budget de 500 000 dollars (!). Inutile de dire que le risque de voir le jeune anglais se faire bouffer tout crû par une horde de producteurs en costards cravate qui comprennent mieux que personne ce que veut le public, et qui ne laissent aucune marge de manoeuvre de peur de livrer un produit non conforme à leurs attentes, était très fort.

Résultat?

Godzilla est l'un des blockbusters les plus atypiques vus récemment sur grand écran. Peut-être pas le plus fou, peut-être pas le plus solide mais juste l'un de ceux qui font souffler un vent de fraîcheur  salutaire et qui ne ressemble pas à la superproduction sortie la semaine précédente.

Et ça mes amis, c'est quand même beaucoup!

GODZILLA - la critique

Le physicien nucléaire Joseph Brody enquête sur de mystérieux phénomènes qui ont lieu au Japon, quinze ans après un incident qui a irradié la région de Tokyo et déchiré sa propre famille. Refusant de s’en tenir à la version officielle qui évoque un tremblement de terre, le scientifique revient sur les lieux du drame accompagné par son fils Ford, soldat dans la Navy. Ils découvrent que les incidents ne sont pas liés à une catastrophe naturelle, mais à des monstres réveillés par des essais nucléaires dans le Pacifique au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Ces créatures sont surveillées par une organisation nommée Monarch, mais elles menacent bientôt la sécurité de l'archipel d'Hawaï et la côte Ouest des Etats-Unis. Au même moment, la compagne de Ford, infirmière et jeune maman, gère les blessés dans un hôpital de San Francisco...

Par où commencer pour évoquer la réussite Godzilla? Peut-être bien par le début, tout logiquement me direz-vous.

Images d'archives en noir et blanc qui nous font découvrir des essais nucléaires dans le Pacifique à l'aune des années 50, musique inquiétante d'Alexandre Desplat (LE compositeur de tous les bons plans, du Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow au Argo de Ben Affleck), accident nucléaire dans une centrale japonaise... Avec ces vingt petites minutes seulement d'ouverture, Gareth Edwards installe une ambiance pesante et anxiogène qui ne se relâchera jamais : Godzilla est un film catastrophe qui dégage une atmosphère de mort et de fatalité que rien ne semble vouloir contredire. En faisant référence à des événements dramatiques tels que l'explosion de Fukushima, le tsunami de 2004 ou bien encore le 11 septembre, Edwards orchestre un ballet tragique qui met l'Homme face à ses erreurs, ses responsabilités, ses peurs les plus profondes mais surtout son impuissance. Et pour bien marquer cette impuissance, le réalisateur se met justement à hauteur d'hommes : le sentiment de chaos en est décuplé, les destructions n'en sont que plus époustouflantes et déstabilisantes et le malaise, autant sur que devant l'écran, n'en est que plus fort. Du point de vue cauchemardesque d'une bande d'enfants coincés dans un bus scolaire aux tonnes de poussière qui se déversent dans les rues, Gareth Edwards frappe très fort et nous happe dans un spectacle tout bonnement tétanisant et qui ne nous laisse ressortir qu'au bout de deux heures, totalement exsangue.

C'est bien simple, je n'arrive pas à me souvenir d'un blockbuster récent, qui plus est estival, qui transpire le désespoir et la sensation d'anéantissement avec autant de puissance que dans ce Godzilla monumental. A une époque où les grosses productions refusent les prises de risques (les pathétiques Thor 2 et Die Hard 5, le très mauvais Green Lantern, le remake aseptisé de RoboCop...), on se doit de saluer le cran de la Warner de confier 160 millions de dollars à un quasi-inconnu et de le laisser livrer une pellicule si noire.

GODZILLA - la critique

Là où ce Godzilla se démarque également du tout-venant hollywoodien, c'est dans sa construction narrative et notamment dans sa volonté farouche (et ô combien respectable) de faire monter la pression, de jouer sur l'attente. Beaucoup des critiques insistent sur ce point en mettant en avant leur frustration de ne pas voir plus ce fameux monstre qui nous a quand même fait payer une place (et le supplément 3D...)!.. Mais justement, c'est en ça que Godzilla est une vraie et belle réussite : celle de ne pas ressembler à tout le monde et de proposer un spectacle avec un vrai parti-pris. Un point de vue assumé jusqu'au bout par un réalisateur qui ne se laisse en rien dicter sa conduite : son Godzilla n'est pas un spectacle fun qu'on regarde entre deux gorgées de soda et une poignée de Smarties et qu'on aura aussitôt oublié une fois arrivé sur le parking. Parce que la destruction d'une ville et la mort de centaines de milliers de personnes n'est pas fun. Ce reboot se doit d'être une expérience viscérale, qui prend aux tripes et qui ne laisse personne indemne. Et c'est foutrement bien réussi!  

C'est un sentiment de fin du monde qui plane sur les protagonistes (et sur le spectateur) pendant 123 minutes : ballotés par les événements, hagards face aux scènes de destruction qui s'opèrent devant eux, tout simplement perdus dans ce chaos indescriptible, les héros du film sont les jouets d'une Nature déchaînée et contre laquelle ils ne peuvent rien. Avant la bataille finale, d'une puissance incroyable, le spectateur n'aura que très peu vu Godzilla... Et alors? Cette "attente" participe justement du point de vue d'Edwards de toujours coller à l'Homme et appuie le propos diablement excitant qui fait de la créature millénaire un garant de l'équilibre du Monde, un sauveur de l'Humanité. Pour que Godzilla nous apparaisse tel un Dieu capable de réparer nos erreurs et nous redonner espoir, il fallait nous enlever cet espoir. Et rien de mieux, pour rendre encore plus fort l'apparition du monstre que de jouer sur son absence :  une leçon loin d'être nouvelle (remember Les Dents de la Mer et son requin quasiment invisible mais qui te fout une trouille pas possible à la moindre de ses apparitions?..) et qui a tendance à être de plus en plus sacrifiée sur l'autel du bigger and louder

GODZILLA - la critique

A la fois drame intimiste et blockbuster épique, Godzilla est un spectacle qui laisse pantois et dont bon nombre d'images ne vous quittent plus une fois la séance terminée : Gareth Edwards réussit haut la main son baptême du feu dans le monde des mégaproductions et nous rend sacrément impatients de découvrir la suite de son travail. Annoncé pour la réalisation d'un spin-off de la saga Star Wars, le jeune metteur en scène anglais sera aussi de la partie pour les deux nouveaux opus Godzilla commandés par la Warner... La fin du film laisse en tout cas entrevoir de très belles possibilités quant à la suite des aventures du monstre culte de la Toho.

Rendez-vous en 2016?

GODZILLA - la critique

Crédits photos : Warner Bros. Pictures.

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