LES GARDIENS DE LA GALAXIE - la critique

Guardians Of The Galaxy, écrit par James Gunn & Nicole Perlman, d'après le comics de Dan Abnett et Andy Lanning. Réalisé par James Gunn. Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Bradley Cooper, Vin Diesel, Karen Gillan. USA - 122mn. Sortie le 13 août 2014.

 

Peter Quill est un aventurier traqué par tous les chasseurs de primes pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique et mortelle Gamora, et Drax le Destructeur, qui ne rêve que de vengeance. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …

Dernier film de l'année 2014 pour la Phase 2 du Marvel Cinematic Universe (initiée avec Iron Man 3 de Shane Black), Les Gardiens de la Galaxie se trouve également être l'avant-dernier épisode de cette phase qui se concluera avec le méga-hyper-attendu Avengers : Age Of Ultron de Joss Whedon. Autant dire que les espoirs placés dans cet opus étaient plus que grands... et que, paradoxalement, on n'en attendait pas grand chose! Kezako?

Bah oui, c'est qui Les Gardiens de la Galaxie? C'est quoi leurs liens avec Tony, Thor et Steve (je les appelle par leur prénom parce qu'on commence un peu à les connaître maintenant, hein...)? Et puis c'est quoi cette idée de faire un space-opera à tendance comique avec un arbre qui parle et un raton-laveur adepte du shotgun?

Pour répondre à la troisième question, c'est la meilleure idée qui soit!

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Mais bon, revenons un peu en arrière.

Vendu depuis le départ comme le pari le plus risqué à ce jour de Marvel Studios, Les Gardiens de la Galaxie est en effet un sacré coup de poker pour le producteur Kevin Feige et Disney. Parce que même si les accroches du style "par le studio qui a produit Avengers" sont assurées de rameuter un minimum de monde dans les salles (encore que, la science du succès n'existe pas...), le fait est que les bras cassés qui constituent cette alliance censée sauver l'Univers sont quasiment inconnus du grand public... et qu'on en vient tout naturellement à se demander ce qui à bien pu passer par la tête de Mickey pour dévier de manière si marquée du chemin pavé d'or qu'Iron Man de Jon Favreau (2008) a tranquillement mis en place.

Les Iron Man, les Thor et les Captain America, au-delà de leurs qualités et défauts propres (et Dieu sait que Thor 2 en est bourré), ont en effet créé une formule, un moule dans lequel il est aisé de se fondre et de ne surtout pas chercher à déborder. Cette sensation d'homogénéité, forcément rassurante lorsqu'on est face à un univers consciencieusement fabriqué devant nous, peut aussi tourner rapidement à la lassitude : de voir toujours les mêmes films, avec le même type de narration et le même genre de blagues... Bref, si le succès du Marvel Cinematic Universe est indéniable (et on va en bouffer au moins jusqu'en 2018!), l'envie de fraîcheur est forte : et si Shane Black avait envoyé un gentil coup de pied dans la fourmilière avec son excellent Iron Man 3, suivi du très très bon Captain America : The Winter Soldier des frères Russo, rien ne nous avait préparé à la claque cosmique des Gardiens...

 

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Les Gardiens de la Galaxie, c'est un concentré de fun avec un fort indice de coolitude. Voilà, en une formule certes alambiquée mais néanmoins sincère, comment je conseillerai le film à quelqu'un qui hésiterait à aller voir un raton-laveur adepte du shotgun et un pirate de l'espace qui écoute du David Bowie faire équipe contre les forces du Mal.

Encore ce raton-laveur auront noté les plus perspicaces d'entre vous... Bah ouais, mais c'est haut la main l'un des personnages les plus attachants que j'ai pu voir sur un écran de cinéma depuis un bail... alors je me répète. 

Dès son intro, Les Gardiens frappe juste : le jeune Peter assiste à la mort de sa mère, probablement victime d'un cancer, dans un hôpital où toute sa famille s'est réunie... Effondré, le petit garçon s'enfuit dans la nuit... pour finalement disparaître, happé par un vaisseau spatial. Les plans, la lumière, la musique et bien entendu l'époque où se situe ces 5 premières minutes (1988) suffisent à recréer une ambiance bien particulière et tellement chère à tous ceux qui ont grandi devant les films de Joe Dante (Gremlins), Richard Donner (Les Goonies) ou encore Robert Zemeckis (Retour vers le Futur) : celle des productions Amblin, la société fondée par Steven Spielberg, Kathleen Kenney et Frank Marshall au début des années 80. Une compagnie qui aura livré des films qui touchent directement à l'enfant qui est en nous, qui se retrouve embarqué dans des aventures dont il n'aurait jamais osé rêver et à qui on offre du merveilleux à chaque image. Des films justes et vecteurs d'émotions, qui ont traversé les décennies en même temps que les VHS se voyaient remplacées par les DVD et à qui J.J. Abrams avait rendu un vibrant hommage dans son Super 8 de 2011. 

Cette filiation eighties, James Gunn ne s'en sert pas comme d'un simple gadget pour toucher le geek qui sommeille en nous et à qui il suffit de quelques stimuli pour crier au chef-d'oeuvre : tout dans Les Gardiens de la Galaxie transpire la sincérité. Si les effets spéciaux n'étaient pas so 2014, on jurerait que le film vient d'être découvert dans un des coffre-forts de tonton Spielby, coincé sous 30 ans de poussière : caractérisation parfaite de tous les personnages (on va y revenir), esthétique et narration à l'ancienne... si James Gunn nous faire certes découvrir Les Gardiens de la Marvel, il nous fait surtout aussi redécouvrir tout un pan d'un cinéma populaire dont on pensait les recettes oubliées et/ou dénigrées (remember John Carter d'Andrew Stanton et son échec injustifié, alors qu'il marchait lui aussi très clairement et avec brio sur les traces d'un divertissement à l'ancienne...). 

J'en veux pour preuve la séquence de générique de début qui nous présente un Star-Lord cherchant à récupérer un artefact sur une planète mystérieuse tout en effectuant des pas de danse et en sautillant au son de la musique Come And Get Your Love de Redbone : si vous ne pensez pas directement à Indiana Jones et Les Aventuriers de l'Arche Perdue et sa célébrissime intro, et si vous n'arborez pas un sourire tout niais à ce moment-là... demandez-vous où est l'enfant qui sommeille en vous.

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De même, ce dont James Gunn ne se sert pas comme d'un gadget... c'est justement le gadget principal de Star-Lord. Non, pas son super casque... Ni son super flingue... Je parle bien sûr de son walkman!

Et de l'utilisation extrêmement intelligente qui en est faite.

Loin, là aussi, de n'être qu'un artifice mercantile mis en place en secret avec iTunes pour vendre plein de compilations, le côté old school et foncièrement attachant de la BO des Gardiens de la Galaxie (il y a du Marvin Gaye, du David Bowie, du Blue Swede... n'en jetez plus!) sert avant tout d'ancrage émotionnel. Oui, oui vous avez bien lu. Tenant fermement son walkman au moment de son enlèvement par des aliens, le jeune Peter Quill n'a plus que cet accessoire pour le relier à la Terre, et surtout à sa mère de par la k7 qu'elle lui a laissée. Ce fameux Awesome Mix Vol.1 (qui réjouira nos oreilles pendant plus de deux heures et qui hante mon autoradio depuis maintenant plus d'une semaine... oui, je suis faible), sera ainsi l'occasion pour Star-Lord d'avoir toujours un ancrage avec ses origines et sert véritablement d'outil de caractérisation de son personnage : fun, décalé (années 80 vs la galaxie du futur) mais surtout profondément touchant (le partage de sa musique avec Gamora et la découverte finale du Awesome Mix Vol.2 sont de très beaux moments de tendresse pelliculée).

Et puis c'est quand même vraiment cool de voir un plan de bataille monté sur le Cherry Bomb des Runaways ou encore un vaisseau qui s'envole sur le I Want You Back des Jackson Five, le tout en Dolby Surround THX! Non? 

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Si le personnage de Peter Quill reste celui qui sert de point d'ancrage pour le spectateur (là aussi, la musique, loin d'être un simple accessoire branché, est une porte d'entrée "rassurante" vers un univers barré et bigarré), les autres ne sont pas en reste. Si l'on avait vanté, à raison, le talent de Joss Whedon à véritablement créer une interaction de groupe dans son Avengers (directement issu de son passage à la télévision et des multiples personnages cultes de son univers, de Buffy à l'équipage du Serenity de Firefly), James Gunn frappe encore plus fort : parce que, comme je le disais précédemment, il n'a pas eu comme Whedon le droit à une introduction de chacun des membres du groupe dans un film propre (Iron Man, Thor, Captain America, Hulk), il doit donc se débrouiller ici pour nous faire découvrir (et aimer tant qu'à faire) des personnages aussi improbables qu'un arbre qui parle ("I Am Groot"), une tueuse impitoyable, un balèze qui réclame vengeance et qui ne comprend pas le second degré, un pirate de l'espace loin d'être une référence et... un raton-laveur adepte du shotgun! Et il y arrive à la perfection, le bonhomme!

Présentés au cours d'une petite séquence d'action hyper bien foutue et dans laquelle ils se font tous coffrer, ceux qui deviendront les compagnons de notre héros Star-Lord sont tout simplement géniaux : ils se vannent dans tous les sens, ils font équipe bon gré mal gré, ils n'ont rien en commun... mais unis, ils forment simplement la meilleure équipe qui soit! Toujours caractérisés dans l'action (de toute façon, le film est mené pied au plancher...), Gamora, Rocket, Groot, Drax et Star-Lord s'imposent ainsi sans mal comme les bras cassés les plus attachants qu'on ait vus sur un grand écran depuis un bon moment et, lorsqu'ils unissent littéralement leurs forces dans un climax mortel en faisant ainsi triompher le pouvoir de l'amitié, on ne peut qu'applaudir et être ému. C'est simple mais ça fonctionne du feu de Dieu : on a vécu un voyage extraordinaire, visuellement splendide et pour lequel le réalisateur avait fait le pari de nous présenter de nouveaux héros auxquels on ne pourrait que s'attacher... pari réussi, tant la satisfaction d'avoir vécu la création d'un univers dans lequel on a juste envie de se replonger une fois sorti de la salle est immense!

James Gunn, thank you!

 

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Divertissement de haute volée qui renoue avec ses glorieux aînés (Steven Spielberg et George Lucas en tête) pour qui le terme populaire n'a rien d'un gros mot et ne s'accompagne pas forcément d'un nivellement par le bas, drôle de bout en bout et qui te cloue au siège par sa beauté visuelle et la richesse de son univers (la variété des décors et des races aliens, les batailles spatiales qui déboîtent... c'est un régal tout simplement), Les Gardiens de la Galaxie s'impose sans mal comme le blockbuster de l'été, rien de moins. L'année dernière, J.J. Abrams nous collait un sourire de gosse pendant plus de deux heures avec son excellent Star Trek Into Darkness et redonnait vie au genre un poil oublié du space opera : James Gunn vient de réussir le même exploit.

Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire : on ressort le walkman, on se passe en boucle Moonage Daydream de David Bowie et on fonce découvrir ce qui s'apparente comme l'une des plus belles madeleines de Proust de l'année. Back to the 80s!

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Crédits photos et résumé : Marvel Studios, AlloCiné.

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