EXPENDABLES 3 - la critique

The Expendables 3, écrit par Creighton Rothenberger, Katrin Benedikt et Sylvester Stallone, d'après une histoire de Sylvester Stallone. Réalisé par Patrick Hughes. Avec Sylvester Stallone, Jason Statham, Antonio Banderas, Wesley Snipes, Mel Gibson, Harrison Ford, Kelsey Grammer, Jet Li. USA - 126mn. Sortie le 20 août 2014.

Barney, Christmas et le reste de l’équipe affrontent Conrad Stonebanks, qui fut autrefois le fondateur des Expendables avec Barney. Stonebanks devint par la suite un redoutable trafiquant d’armes, que Barney fut obligé d’abattre… Du moins, c’est ce qu’il croyait. 
Ayant échappé à la mort, Stonebanks a maintenant pour seul objectif d’éliminer l’équipe des Expendables. Mais Barney a d’autres plans... Il décide d’apporter du sang neuf à son unité spéciale et d’engager de nouveaux équipiers plus jeunes, plus vifs et plus calés en nouvelles technologies. Cette mission se révèle rapidement un choc des cultures et des générations, entre adeptes de la vieille école et experts high-tech. 
Les Expendables vont livrer leur bataille la plus explosive et la plus personnelle…

Un train spécialement affrété pour le transport de prisonniers traverse l'écran à vive allure... A l'intérieur, des soldats vêtus de tenues kaki tout droit sorties d'une production 90s s'affairent tandis qu'à l'extérieur, notre bande de mercenaires préférés prépare un plan d'attaque à base de gros câble en acier tendu au-dessus de la ligne ferroviaire, d'hélicoptère, de sulfateuses rutilantes et de gros muscles saillants coincés dans des t-shirts taille S... Ils sont pas venus là pour négocier, quoi!

S'ensuit une scène d'action plutôt bien foutue dans laquelle Barney et ses potes viennent libérer Wesley Snipes tandis que l'hélicoptère joue à cache-cache avec une mitrailleuse lourde, que les cadavres s'amoncellent dans la joie et la bonne humeur et que le tout se termine par une explosion en bonne et dûe forme. Du classique et, malgré des effets spéciaux pas toujours à la fête (ça pique un peu les yeux), du solide.

Expendables 3 est commencé depuis dix minutes et, déjà, le pari semble une nouvelle fois réussi pour Stallone et son trip âge tendre et gros bras...

Oui, mais voilà... il reste encore 1h50. Et c'est là que ça va commencer à poser problème.

EXPENDABLES 3 - la critique

Et le problème, c'est qu'Expendables 3 va se mettre à pédaler dans la semoule sévère! Jusqu'à la présentation du méchant de l'histoire, à savoir le co-fondateur des Expendables Conrad Stonebanks (incarné par le trop rare Mel Gibson), le film se tient à peu près : si le montage est un peu trop cut (toutefois moins que sur le premier opus) et si certains effets spéciaux se révèlent quand même un peu honteux pour un budget comme celui-là (je me répète mais 100 millions de patates, c'est pas rien, non?), la pilule passe parce qu'on est prêts à leur pardonner beaucoup à nos papys de l'action. La sympathie qu'inspire la réunion à l'écran de Snipes, Lundgren ou encore Statham est toujours forte et l'envie de soutenir le maître-d'oeuvre Stallone dans son revival 80s apparaît presque comme un acte de civisme si on est un fan de cinoche burné : on veut le suivre et lui dire que pour nous aussi, les vieux c'est les meilleurs, point barre! Le souci, c'est que l'honnêté qui traversait les deux précédents opus s'envole au fur et à mesure que le film se déroule sous nos yeux de plus en plus endormis... Le sentiment qu'on se fout un peu de nous commence à poindre à l'horizon... et là, ça le fait pas.

Ça le fait pas parce que Stallone, c'est un type pour qui j'ai beaucoup de respect. J'en vois déjà qui se marrent mais je le répète, malgré des sorties de route parfois embarrassantes (D-Tox, Arrête ou ma mère va tirer), la carrière de l'interprète de l'inoubliable Rocky Balboa est une des plus importantes du cinéma d'action hollywoodien : de la saga Rocky à celle de Rambo, en passant par Haute Sécurité, Cliffhanger, Daylight, Demolition Man ou bien encore le sublime Copland de James Mangold, Sylvester Stallone a toujours livré aux spectateurs des oeuvres marquées par des personnages forts et souvent émouvants. Oui, Stallone, ce n'est pas qu'un type qui pète des coudes au bras de fer, c'est aussi un gars qui transpire la sincérité. Une sincérité qui vire peut-être parfois à la naïveté voire la simplicité (Driven et son scénar anémique...) mais qui en fait néanmoins l'un des acteurs d'action les plus vrais et les plus justes de sa génération, à contrario d'un Schwarzenegger chez qui je ne retrouve pas ce petit truc qui touche au coeur... 

EXPENDABLES 3 - la critique

Et les deux premiers Expendables, entre trois explosions et un démastiquage à la sulfateuse, touchaient les fans des pelloches de durs en proposant un vrai regard (certes plus décalé sur le 2) sur des stars vieillissantes et leur place dans le cinéma d'action moderne : malgré les petits jeunes qui tapaient à la porte pour rentrer, les anciens montraient avec panache qu'ils en avaient encore sous le pied et qu'il n'était peut-être pas bon de vouloir les enterrer tout de suite. Et Stallone de continuer sur la même lancée sur ce troisième volet... en tentant toutefois de renouveler son approche.

Mais en foirant le truc dans les grandes largeurs.

Parce qu'il a beau mettre une bande de jeunots en avant pour relancer la franchise, ça ne fonctionne pas du tout. Pourquoi? Parce que, quand on va voir Expendables, c'est pour jubiler devant des anciennes gloires de l'action qui retroussent leurs manches et qui retrouvent le sourire avec une mitraillette à la main ; c'est un trip revival, dans sa définition la plus simple. On est pas là pour voir une bande de surfers au sourire ultrabrite essayer de nous faire croire qu'ils tiennent la comparaison ne serait-ce qu'une seconde avec nos papys! Surtout quand, en plus de nier le concept-même de la franchise, c'est traité d'une manière aussi pénible... C'est bien simple, la phase de recrutement de l'équipe junior est d'un ennui profond et nous donne à découvrir une bande d'acteurs au charisme inexistant qui va prendre la place de nos idoles sous la houlette d'un Barney Ross qui se verrait bien en passeur de relai vers une génération nouvelle...

Et oui, pendant quasiment une heure, on ne va donc plus voir les gars qui sont marqués en gros sur l'affiche... Ouais, ouais, ça sent l'arnaque, je suis d'accord! Rendez-moi mon Statham!!

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Donc, sur le fond Expendables 3 est une belle déception, vous l'aurez compris... Mais sur la forme? A-t-on notre quota d'action, d'explosions ou encore de cassages de bras? A-t-on droit, comme pour le second volet réalisé par Simon West, à du bon gros spectacle qui s'assume?

Là aussi, le film de Patrick Hughes est une douche froide pour tous les nostalgiques des divertissemements bourrins des glorieuses 80s et 90s. Ça me fait mal au coeur de dire ça mais la pauvreté de certains effets spéciaux (les explosions numériques, c'est vraiment pas beau... tout comme les hélicoptères d'ailleurs!), le manque de rythme flagrant de l'intrigue et le côté gentillet des séquences d'action sont un crève-coeur pour toute personne normalement constituée qui a pris son pied à voir Mel Gibson, Wesley Snipes et Schwarzy déssouder des méchants à la chaîne et qui se réjouissait à l'avance de voir tout le monde se foutre sur la gueule dans un joyeux bordel que même les cinéphiles les plus déviants n'auraient pu espérer...

Côté gentillet, disais-je. Ça mitraille, ça explose, ça castagne et ça pète des genoux mais le tout sans une goutte de sang. Les deux précédents volets n'étaient certes pas gore mais ils proposaient au moins un spectacle fait de fureur et de sang, une sorte d'anomalie dans la lignée des blockbusters actuels calibrés pour le PG-13 (système de classification américain qui déconseille le film aux moins de 13 ans). Et le PG-13, pour des types comme Stallone, Gibson ou Statham c'est juste pas possible ... Il n'y a qu'à revoir des films comme Commando ou encore L'Arme Fatale pour s'en rendre compte. Expendables 3 paraît aseptisé, on sent les coupes visant à pas choquer mémé qui est venue accompagner le petit-fiston et ça amène une nouvelle fois à remettre en cause l'intégrité d'un projet porté à bout de bras par un type qui n'avait pas hésité à y aller franco dans la violence brute de décoffrage de son John Rambo sorti en 2008. Les producteurs ont promis une version R (interdit aux moins de 17 ans) pour la sortie DVD et, sans m'avancer en disant que le film sera ainsi un chef-d'oeuvre, Expendables 3 devrait retrouver des couleurs... Rouge sang, bien entendu!

EXPENDABLES 3 - la critique

Face à une déconvenue telle que celle-ci, peut-on finalement envisager un Expendables 4? Et bien, bizarrement, je dirai oui. Parce que Sylvester Stallone est loin d'être un idiot et qu'il a su prouver par le passé qu'il apprenait de ses erreurs : alors que les deux sagas qui avaient fait de lui une star internationale dans les années 80 s'étaient conclues par des opus loin d'être passionnants, il était revenu au cours des années 2000 redorer le blason de Rocky et de Rambo dans les excellents Rocky Balboa et John Rambo et montrer ainsi au reste du Monde qu'il avait un vrai regard sur ces icônes populaires et qu'il était le plus à même de leur permettre de partir enfin la tête haute... On peut donc espérer qu'il réitère l'exploit sur un possible Expendables 4 et qu'il fasse table rase des scories qui handicapent grandement ce troisième opus que l'on était pourtant prête à aimer de tout notre coeur de cinéphile bourrin. Donc Sylvester, si tu me lis : c'est sympa un casting constitué de presque 20 noms mais si c'est pour les voir seulement quelques secondes, ça sert à rien (genre Jet Li et ses trois gros plans) ; quand tu as Mel Gibson en bad guy, profites-en, le laisse pas attendre derrière un écran d'ordi avant de lui régler son compte en deux coups de poing... et puis, lâche-toi! Les Expendables, ce sont des mercenaires, pas les Goonies : c'est du brutal, du rentre-dedans qu'on veut voir!

Sur ce, rendez-vous en fin d'année pour la version Director's Cut et dans deux ans pour le 4?

EXPENDABLES 3 - la critique

Crédits photos et résumé : Millennium Films, AlloCiné.

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