GOTHAM - critique pilote

Pourquoi j'ai voulu regarder?

Depuis sa création par Bob Kane en 1939, Batman est devenu au fil des décennies une figure centrale de la culture populaire. Du cultissime run de Frank Miller en 1986 (The Dark Knight Returns) à la géniale série animée de Paul Dini et Bruce Timm en 1993, en passant par la très décalée série télévisée des années 60 avec Adam West, les deux excellentes adaptations cinématographiques de Tim Burton (en 89 et 92), celles beaucoup plus oubliables de Joel Schumacher (en 95 et 97) et enfin la magnifique trilogie de Chritopher Nolan (2005, 2008 et 2012), le Caped Crusader a titillé autant l'imagination des artistes que celle du public, grâce notamment à une mythologie passionnante dans laquelle évoluent des méchants parmi les plus cultes de l'Histoire (le Joker, le Pingouin, Catwoman...) et à une ambiance conjuguant avec habileté fantastique et polar hard-boiled.

A une période où les adaptations de comics sont devenues légion, où certains films sont de véritables rouleaux-compresseurs au box-office (les chiffres affolants du Avengers de Joss Whedon ou du récent Guardians Of The Galaxy de James Gunn) et où le petit écran est loin d'être en reste (les 10 saisons de Smallville, Marvel's Agents Of Shield sur ABC, Arrow sur la CW), il ne paraît donc guère étonnant de voir l'univers de Bruce Wayne pointer le bout de son nez, justement sur la petite lucarne...

Au risque de lasser des téléspectateurs quoi ont toujours en mémoire la splendide conclusion apportée par Nolan dans The Dark Knight Rises il y a de cela tout juste deux ans? Oui.

Mais la Fox, épaulée par le créateur Bruno Heller (Rome, The Mentalist) a le petit truc en plus qui donne à Gotham une saveur particulière, relative certes mais néanmoins présente : s'intéresser aux jeunes années du policier Jim Gordon et à tous les personnages cultes qui ont un jour ou l'autre peuplé l'univers du vigilante de Gotham City...

Perso, je signais dès l'annonce du projet. Parce que Batman, parce que Bruno Heller.

Parce que.

 

GOTHAM - critique pilote

C'est bien de savoir de quoi ça parle, non?

Tout le monde connaît le Commissaire Gordon, valeureux adversaire des plus dangereux criminels, un homme dont la réputation rime avec "loi" et "ordre". Mais que sait-on de son histoire ? De son ascension dans une institution corrompue, qui gangrène une ville comme Gotham, terrain fertile des méchants les plus emblématiques ? Comment sont nées ces figures du crime, ces personnages hors du commun que sont Catwoman, le Pingouin, l'Homme-mystère, Double-Face et le Joker ?

GOTHAM - critique pilote

Et... c'est bien?

Au terme des 48 minutes qui composent cet épisode-pilote de Gotham, la première impression est plutôt mitigée. Loin d'être mauvais, celui-ci se révèle malheureusement un peu trop fourre-tout : cela semble ne plus vouloir se faire de nos jours mais, en voyant ici certains raccourcis et personnages écrits à la-va-vite, je regrette cette époque où une série bénéficiait d'un épisode-pilote de 90 minutes à même de poser une intrigue, des personnalités, une ambiance et un propos. Parce que nous caser la future Catwoman, la future Poison Ivy, le futur pingouin et le futur Homme-Mystère en à peine moins d'une heure, ça fait un peu trop fan service destiné à flatter le fan de Batman dans le sens du poil et à s'assurer qu'il ne zappe pas et qu'il revienne la semaine prochaine. Pourtant, j'aime bien les clins d'oeil et les petites allusions balancées au gré d'un dialogue ou d'un plan mais c'est ici fait avec un manque de subtilité un poil énervant et qui a tendance à desservir le propos...

Et oui, le fan n'est jamais content!

De même, alors que la promotion XXL dont bénéficie la série depuis plusieurs mois insistait bien sur le fait que Gotham avait pour but d'apporter un regard différent sur une mythologie largement connue, et ce même par les néophytes de l'univers du Caped Crusader... voilà qu'on assiste dès les premières minutes au meurtre des parents de Bruce Wayne! Pour l'inédit, on repassera...

Alors, bien entendu, on ne peut pas savoir à l'heure actuelle comment sera traité cet acte fondateur (d'autant plus qu'il semble que Bruno Heller ait décidé d'en faire une sorte de fil rouge pour le reste de la saison) mais le fait de commencer un show qui se vante d'avoir une approche originale par un élément déjà archi-rebattu par les différents artistes qui se sont frottés au monde de Batman, je trouve ça un peu limite et là encore trop porté vers le coup de coude destinés aux fans...

Pourtant, passé cela, Gotham se laisse suivre avec un vrai plaisir et gagne des points au fur et à mesure de l'épisode. Déjà, du point de vue visuel la série est une réussite : les plans aériens assez anxiogènes qui font de la ville un personnage à part entière, le mélange d'architecture moderne et gothique et la photographie qui joue avec brio sur les contrastes font de la série-événement de la Fox un bel objet, à l'esthétique soignée et travaillée. On en profitera ainsi pour remercier la mise en scène inspirée de Danny Cannon, réalisateur malheureux de Judge Dredd avec Stallone en 1995 (qu'il serait bon de réévaluer...) mais producteur heureux des Experts depuis les années 2000...

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De plus, et c'est sans doute pour cela que le positif l'emporte finalement au moment de faire un bilan de cette entrée en matière : l'aspect polar est prédominant et comme j'adore les polars, je kiffe!

Si l'intrigue développée au cours du pilote est loin d'être renversante, elle permet de faire connaissance avec le milieu du crime qui gangrène littéralement Gotham City : entre une Fish Mooney (incarnée avec une jubilation communicative par la surprenante Jada Pinkett Smith) qui se rêverait bien en maîtresse incontestée de la ville, un Oswald Cobblepot/Pingouin qui s'annonce comme particulièrement dangereux et un Carmine Falcone, le parrain qui tient dans sa main tous les puissants et qui se présente déjà comme le grand méchant de la saison, le jeune James Gordon (le très bon Ben McKenzie de The OC et Southland) aura fort à faire pour faire respecter l'ordre et la justice... Surtout qu'il se retrouve flanqué d'un partenaire ripou auquel Donal Logue (Sons Of Anarchy, Terriers) prête sa gueule burinée et son talent.

Malgré la fin réservée au personnage de Red John dans sa précédente série The Mentalist, j'ai tendance à faire confiance à Bruno Heller qui a su prouver par le passé qu'il était à l'aise dans le cop show et qu'il savait écrire pour le grand public sans le prendre pour un abruti. A voir par la suite si les enquêtes se révèleront plus palpitantes que celle vue ici, mais les bases lancées (guerre des polices, guerre des gangs, corruption, chantages en tous genres...) sont suffisamment riches pour que Gotham décolle et se pose comme un divertissement hautement recommandable, inspiré et riche d'un regard original sur un univers initié par Bob Kane il y a de cela 75 ans et qui reste toujours aussi fascinant.

J'y crois.

Me déçois pas, Bruno!

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Crédits photos et résumé : Fox Television, AlloCiné.

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