INTERSTELLAR - la critique

Interstellar, écrit par Jonathan Nolan et Christopher Nolan. Réalisé par Christopher Nolan. Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine, Jessica Chastain, Casey Affleck. USA - 169mn. Sortie le 05 novembre 2014.

 

Une partie de l'intrigue et des rebondissements y étant dévoilés, il est préférable d'avoir vu le film avant de lire cette critique.

 

La planète Terre se meurt par trop de pollution et de gaspillage des ressources naturelles. Cooper est un ancien de la Nasa. Veuf et soucieux de l'environnement, il essaie de mener une vie normale auprès de ses enfants à la campagne. Pendant ce temps, les autorités ont découvert un tunnel cosmique qui permettrait de trouver une nouvelle planète, susceptible d'accueillir les humains. Cooper doit laisser sa famille et prendre les commandes d'une navette. Dans ce voyage périlleux en dehors de la galaxie, il est accompagné par deux autres explorateurs Brand et Doyle. Conscients de l'importance de leur mission, ils ne sont pas sûrs de rentrer vivants...

INTERSTELLAR - la critique

Un nouveau film de Christopher Nolan est forcément très attendu : que l’on soit fan ou non du réalisateur, force est de reconnaître qu’il fait partie de la liste des plus grands metteurs en scène actuels, de ceux capables de réunir à la fois un large public (attiré par la qualité des histoires et l’imposant casting que le britannique réunit à chaque fois autour de lui) ainsi qu’une audience plus “ciblée”, captivée par la manière étonnante et novatrice avec laquelle le réalisateur aborde le cinéma de genre, qu’il s’agisse du thriller (Memento), du polar (Insomnia), de l’adaptation de comic-books (la trilogie The Dark Knight) ou encore la science-fiction (Inception). Se dévoilant depuis maintenant plusieurs mois à travers des affiches sublimes et des trailers tous plus excitants les uns que les autres, voici qu’Interstellar s’offre enfin à nous. Enfin.

Dans toute sa beauté, son ambition, sa démesure.

Bienvenue le monde de Christopher Nolan.

 

INTERSTELLAR - la critique

Abasourdi, lessivé, transporté... les mots manquent lorsque les lumières se rallument après trois heures d'un spectacle titanesque et proprement stupéfiant : Christopher Nolan nous a emmenés très très loin et le retour sur Terre est douloureux...

Comment ressortir indemne de ce voyage épique et majestueux? Comment ne pas être ému aux larmes devant cette magnifique réflexion sur la filiation et la transmission? Comment ne pas être subjugué par un réalisateur qui livre une nouvelle fois sur un grand écran ses obsessions les plus intimes?

Car oui, Interstellar est un pur film nolanien, hanté par les questions récurrentes du cinéaste, à savoir celles de la mémoire et de l'héritage...  et ce, même s'il ne devait au départ pas le réaliser.

Nous sommes en 2006 et Interstellar doit être mis en scène par Steven Spielberg : partant d'une idée de la productrice Lynda Obst et du physicien Kip Thorne, le réalisateur de Rencontres du 3ème Type engage Jonathan Nolan (Le Prestige, la série Person Of Interest) afin qu'il en tire un scénario... Malheureusement, Spielberg se retire du projet et c'est le propre frère de Jonathan Nolan qui, tout auréolé des succès public et critique d'Inception et de The Dark Knight Rises, se retrouve aux commandes de ce blockbuster monumental et attendu comme le Messie par des spectateurs en manque de "SF avec un cerveau".

Parce que c'est là ce qu'on attend d'un film de Christopher Nolan : du cinéma grand public qui n'a pas peur de faire réfléchir, du vrai cinoche populaire qui n'hésite pas à traiter des sujets forts et complexes et qui déroule des richesses d'écriture et de mise en scène assez hallucinantes.

De là à dire que ce n'est pas le spectateur qui est devenu abruti avec le temps mais que ce sont les gros studios qui sont devenus frileux et de moins en moins enclins à proposer des divertissements un tant soit peu exigeants, il n'y a qu'un pas... que je franchis!

Et pour ce qui est de la richesse d'écriture et de la réalisation, le neuvième film de Nolan se pose là : intense, bouleversant, visuellement splendide, Interstellar est un pur bijou d'une flamboyance rare. Trop rare.

 

INTERSTELLAR - la critique

Niveau science-fiction, 2014 aura été une assez belle année avec de vraies réussites telles que les très funs X-Men : Days Of Future Past et Les Gardiens de la Galaxie, le malin Edge Of Tomorrow ou encore le désespéré Godzilla de Gareth Edwards... mais rien ne m'avait encore procuré autant de frissons, ne m'avait transporté aussi loin qu'Interstellar.

Non, aucun autre film, de par une narration aussi ambitieuse, une mise en scène au diapason et une bande originale magistrale, ne m'a happé de la sorte. Et ne m'a laissé à ce point exsangue à la fin de la projection.

Oui, Interstellar est un grand film. Au sens propre comme au figuré : Christopher Nolan et son frère Jonathan y parlent pêle-mêle d'une Terre qui se meurt, d'une Humanité qui a perdu tout espoir, de trous noirs, de trous de ver, de galaxies éloignées, de planètes à explorer, de la relativité du temps, de la filiation, de l'héritage, des souvenirs...

Bref, il y a dans ce film de quoi nourrir quinze blockbusters, à l'aise.

Mais non, les Nolan traitent tout ça en trois heures. Et avec une maestria qui laisse pantois.

Et c'est justement ce jusqu'au-boutisme, ce refus de toute frilosité qui en fait du grand cinéma : du cinéma qui n'a peur de rien, qui embrasse ses concepts, ses idées et qui les revendique sans jamais baisser les bras.

C'est un cinéma qui n'a surtout pas peur de faire de l'Amour le ciment, le moteur de cette folle épopée.

Une idée qui pourrait prêter à sourire mais qui fonctionne pourtant du tonnerre parce que Christopher Nolan y croit, tout simplement. Et ce n'est pas nouveau, tous ses précédents films étaient eux aussi mûs par un romantisme certain (la quête de vérité de Guy Pearce dans Memento, le trauma de Leonardo DiCaprio dans Inception) et la volonté de faire de "l'objet blockbuster" un véhicule aux préoccupations intimes de ses personnages et, par extension, des siennes. Et on peut affirmer sans crainte qu'Interstellar se pose comme l'aboutissement époustouflant de cette réflexion sur ce qu'est un grand spectacle intimiste, de par l'histoire bouleversante qui nous est ici racontée, à la fois universelle et si personnelle : celle d'une fille et de son père, séparés par l'espace et le temps mais que la force de l'Amour fera se retrouver.

C'est beau, c'est poignant. Tout simplement.

INTERSTELLAR - la critique

Si on a souvent reproché à Christopher Nolan (parfois à raison) un certain manque d'ampleur dans sa mise en scène, notamment dans ses séquences d'action qui n'étaient pas toujours à la hauteur des idées qui les avaient amenées, Interstellar marque incontestablement une avancée fondamentale : jonglant avec plusieurs concepts assez casse-gueule de par leur opacité (perso, j'ai jamais été doué en Sciences Physiques...) tels que la gravité ou la relativité du temps, alternant plusieurs lignes temporelles sans jamais perdre le spectateur, Interstellar est porté par une lisibilité narrative exemplaire et par une réalisation toujours claire mais qui ne cherche jamais à seulement faire de la simple illustration de théories complexes...

Non, parce qu'en dépit de ce que certains essaient de faire croire (comparaisons incessantes avec 2001 de Stanley Kubrick et Solaris de Tarkovski), Interstellar n'est pas un objet abstrait destiné à une élite : c'est un B-L-O-C-K-B-U-S-T-E-R! Et donc, comme il se doit, il propose des séquences proprement démentielles et des plans à s'en décrocher la mâchoire.

Généreux sur la forme comme sur le fond? Oh que oui!

Dans sa première partie d'exposition des personnages et des enjeux, Interstellar nous assène des plans magnifiques d'un Texas assailli par la poussière et le vent : la photographie de Hoyte Van Hoytema, le grain de la pellicule... tout concourt à nous faire ressentir le sentiment pesant de fin du Monde où l'espoir n'existe quasiment plus et à nous en mettre plein les yeux.

Pour encore mieux nous émerveiller dès que l'équipage s'aventure dans l'espace : entre la traversée du trou de ver, les vues extérieures du vaisseau, les planètes explorées (pour schématiser, le monde de l'eau et le monde de glace) et un final incroyable (on en reparle tout de suite...), Interstellar est un festival éblouissant, un spectacle de son (Hans Zimmer au top pour la musique) et de lumière impossible à oublier et qui place le film de Christopher Nolan dans le haut du panier de la production SF de ces dernières années.

Voire tout en haut.

INTERSTELLAR - la critique

Mais, en écrivant ces quelques mots, il y a surtout deux séquences qui me reviennent. Ou, pour être tout à fait juste, des séquences qui me restent toujours en tête et qui risquent bien de ne jamais me quitter tant leur puissance et leur majesté tiennent littéralement de l'expérience. Le genre d'expérience qui ne vaut d'être vécue que sur un grand écran.

Je parle de la séquence où nos héros fuient la deuxième planète et de la tentative d'arrimage à la station Endurance qui s'ensuit : un énorme morceau de cinéma où les images et la musique ne font plus qu'un, un moment incroyable de tension et de suspense qui vous cloue au siège et qui vous colle des frissons comme jamais. Rien que de l'écrire, j'en ai des frissons justement. Portés par la musique magistrale de Zimmer (l'orgue, les basses... MY GOD!) et une mise en scène au cordeau, ces instants sont selon moi l'une des plus belles raisons d'être du cinéma : vous embarquer, vous émouvoir, vous émerveiller. Vous avez la sensation d'avoir déjà vu plein de fois ce type de scène où tout semble perdu? Peut-être, mais pas comme ça. Pas filmées comme ça, je peux vous l'assurer!

Et puis il y a ce final. Ou plutôt cette partie finale. Celle qui finit d'inscrire Interstellar dans la légende : en nous amenant à littéralement voir le temps, en lui donnant une consistance et une matérialité, Christopher Nolan frappe très très fort. L'idée de visiter une vie à travers une bibliothèque est une idée folle mais tellement belle : c'est risqué, ça menace à tout instant de sombrer dans le n'importe-quoi mais ça tient de bout en bout. Comme si les techniques de narration expérimentées par Nolan au fil de ses précédentes oeuvres (le montage parralèle de différentes lignes temporelles notamment...) n'avaient pour but que d'exploser à cet instant précis : un instant de pure magie que l'on parvient enfin à toucher. Tout le coeur du film, au propre comme au figuré, est là : l'Amour.

Celui qui traverse l'espace. Celui qui défie le temps.

INTERSTELLAR - la critique

Alliant fond et forme avec un brio et surtout une foi indéfectible en qu'il raconte, n'ayant pas peur de pousser le spectateur à la réflexion, Christopher Nolan vient sans nul doute de réaliser avec Interstellar son plus beau film. D'une profondeur proprement poignante (vous n'oublierez pas de si tôt les 23 années de messages en retard ou la réplique "Aucun parent ne devrait voir son enfant mourir" ...) et d'une beauté visuelle hallucinante, le metteur en scène de la trilogie The Dark Knight redonne ses lettres de noblesse au spectacle hollywoodien tel qu'on l'a aimé.

Tel qu'on l'aime.

INTERSTELLAR - la critique

Crédits résumé et photos : AlloCiné, Warner Bros. Pictures.

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