TAKEN 3 - la critique

Taken 3, écrit par Luc Besson & Robert Mark Kamen. Réalisé par Olivier Megaton. Avec Liam Neeson, Forest Whitaker, Maggie Grace, Famke Janssen, Dougray Scott. FRANCE / USA - 109mn. Sortie le 21 janvier 2015.

L’ex-agent spécial Bryan Mills voit son retour à une vie tranquille bouleversé lorsqu’il est accusé à tort du meurtre de son ex-femme, chez lui, à Los Angeles. En fuite et traqué par l’inspecteur Dotzler, Mills va devoir employer ses compétences particulières une dernière fois pour trouver le véritable coupable, prouver son innocence et protéger la seule personne qui compte désormais pour lui – sa fille.

- Je cherche le rayon des céréales!!

- Je cherche le rayon des céréales!!

Il y a un peu plus de vingt ans, en 1993 pour être précis (et rendre le texte plus long...), Andrew Davis adaptait la série culte des années 60 Le Fugitif. Harrison Ford y reprenait le rôle du gentil Docteur Richard Kimble, accusé à tort du meurtre de sa femme et qui se lançait à la poursuite du véritable assassin, un manchot. Il se retrouvait traqué par un policier super intelligent (Tommy Lee Jones) qui, peu à peu, en venait à douter de la culpabilité du médecin...

Taken 3, c'est pareil. Enfin, à peu près. C'est-à-dire que là, Liam Neeson n'est pas médecin : les clavicules, il les répare pas. Il les pète.

Les bras, il les met pas dans une écharpe : il les plie dans l'autre sens. Avec le son de l'os qui craque en THX.

Donc, Taken 3 c'est à peu près comme Le Fugitif : Liam Neeson est accusé à tort de meurtre et il rôde du côté du Dakota... Ah non, zut, ça c'est le générique du Rebelle : souvenez-vous, l'inoubliable Lorenzo Lamas, l'Indien aux chemises atroces et la fille qui s'appelle Cheyenne...

- Et ouais, c'est nous!

- Et ouais, c'est nous!

Donc oui, Taken 3 reprend le point de départ du Fugitif. Mais sans médecin. Et sans manchot, non plus. Enfin si, il y a un manchot : il est derrière la caméra et il est aussi coupable que le manchot que traquait Harrison Ford. Son non? Olivier Megaton. L'homme qui ferait passer un film de Michael Bay pour du Theo Angelopoulos ou les Jason Bourne pour des films contemplatifs.

Bref, un homme qui met à mal toute notion de cadre, de plan ou de rythme pour livrer un truc informe et proprement irregardable, où rien n'est jamais mis en valeur (cascade, réplique...).

Un truc capable de déclencher une crise d'épilepsie à toute personne située au premier rang de la salle.

L'homme, responsable des navrants Colombiana et Taken 2 (déjà pour le compte d'EuropaCorp), récidive donc aujourd'hui avec un film qu'il est presque impossible de décrire tant le risque de passer pour un rageux qui en rajoute des caisses est grand. Mais pourtant, je vous jure, Taken 3 est vraiment une purge. 

Je veux bien défendre Luc Besson quand il écrit Taken, Le Baiser Mortel du Dragon ou Danny The Dog, de très sympathiques séries B d'action. Je veux bien le défendre quand il se présente comme l'un des rares producteurs français à investir dans le cinéma de genre, qui plus est qui marche et à proposer des lieux de tournage et d'apprentissage inédits dans notre pays (La Cité du Cinéma et L'Ecole de la Cité)... mais là, impossible de ne pas crier à la paresse mercantile. Impossible de ne pas voir... tout ce qui ne va pas, justement.

- Fais très très attention à ce que tu vas dire, toi...

- Fais très très attention à ce que tu vas dire, toi...

Déjà, le titre : Taken 3. Sauf qu'ici, il n'y a personne qui est taken. A part le spectateur, bien sûr : taken pour un con. Parce que ok, Liam Neeson a beau être un super agent secret qui pète les tibias avec une allégresse et un entrain presque touchant, c'est aussi un sacré poissard. Souvenez-vous dans Taken, sa fille était kidnappée à Paris et il faisait le voyage pour éclater tout le monde. Dans Taken 2, il partait en voyage avec son ex et sa fille à Istanbul où, pas de bol, le chef des albanais qu'il avait flingués dans le 1 le retrouvait... et l'enlevait. Il était sauvé par sa fille à qui il avait appris à se géolocaliser dans une ville à l'aide de grenades (une bien belle idée à même de remplacer les GPS...). Donc, les deux scénaristes (ça fait bizarre d'écrire ça quand même...) se sont dit que là, ce serait dur de trouver qui enlever : la mémé, le chien, le chat, une voisine?

Et puis, finalement, la réponse est venue d'elle-même : on s'en fout. C'est Taken 3 et puis c'est tout.

Et après, ben c'est festival : entre un flic super intelligent (Whitaker, le pauvre) qui capte tout tellement vite qu'il arrive toujours trop tard, une intrigue mal foutue à coups de rebondissements que tu vois déjà venir dès le générique de début (y'a juste à lire les noms des acteurs et tu sais qui est le traître!) et des situations d'une connerie abyssale (la fille qui prend un médicament pour être malade et aller aux toilettes... alors qu'elle pouvait y aller sans prendre le médoc!), on se retrouve aussi et surtout face à une mise en scène qui n'en porte que le nom.

Taken 3, c'est en effet un joli assemblage de plans serrés montés ultra cut, une caméra qui bouge dans tous les sens au point de rater les acteurs qui sont dans le cadre et c'est un découpage hallucinant de n'importe-quoi. Des exemples? Une poursuite auto où au bout de dix secondes, tu sais plus qui est derrière qui. Des combats à mains nues où, au bout de cinq secondes, tu fermes les yeux et tu attends de voir qui reste debout. Ou, plus simplement, les scènes de non-action qui sont montées... comme des scènes d'action : un type qui entre dans une boutique, c'est 5 plans minimum. Liam Neeson qui prend sa tasse de café, c'est 4 plans dont un en contre-plongée... Pourquoi? Pourquoi pas s'est sûrement dit Olivier Megaton!

- On va s'arrêter là, ok?..

- On va s'arrêter là, ok?..

Euh, ok.

Ps : la bonne nouvelle, c'est ce qu'il y a marqué sur l'affiche "C'est ici que tout s'achève".

En espérant que tout le monde tienne parole...

- Sinon je vais me mettre à péter des rotules, ok?..

- Sinon je vais me mettre à péter des rotules, ok?..

Crédits photos et résumé : EuropaCorp, Cannell Entertainment, AlloCiné.

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