VICE-VERSA - la critique

Inside Out, écrit par Pete Docter, Meg LeFauve et Josh Cooley d'après une histoire de Pete Docter et Ronnie del Carmen.. Réalisé par Pete Docter. Avec les voix françaises de Charlotte Le Bon, Gilles Lellouche, Mélanie Laurent, Pierre Niney, Marilou Berry et Didier Gustin. USA - 94mn. Sortie le 17 juin 2015.

Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

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Toy Story, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles, Wall-E... L'auteur de ces quelques lignes pourrait continuer à dresser la liste des longs métrages issus des esprits fertiles de chez Pixar mais il préférera s'arrêter là, de peur de laisser tomber cette critique pour se caler sur son canapé devant un des ces chefs-d’œuvre de l'animation. Unanimement salués par les critiques et les spectateurs du monde entier, les films provenant des studios Pixar tiennent une place de choix dans le coeur de millions de jeunes enfants, de jeunes adultes, de plus anciens, de pas-tout-jeunes-mais-qui-ont-quand-même-gardé-une-âme-d'enfant, d'aigris qui redécouvrent le bonheur le temps d'une projection... bref, de tout le monde.

Et tout le monde a son préféré : qu'il s'agisse du formidable Les Indestructibles de Brad Bird, du génialissime et toujours aussi drôle à la 1753ème vision Toy Story 2 ou encore de l'incroyable Là-Haut de Pete Docter, véritable grand huit d'émotions auquel on succombe en un instant... Que les petits s'extasient devant les aventures de Flash McQueen, le héros de Cars, ou que les plus grands versent leur larme devant le final poignant de Toy Story 3, les équipes de chez Pixar frappent fort et juste à chaque fois. Enfin presque.

Il faut en effet reconnaître que les derniers films sortis sous la bannière du studio à la petite lampe de bureau, à savoir Cars 2, Rebelle et Monstres Academy, laissaient transparaître une baisse de régime jusqu'alors inconnue : détrôné par des pépites telles que Dragons 1 et 2 ou encore Les 5 Légendes des studios DreamWorks, Pixar se devait de réagir et de montrer au monde entier qu'il était toujours le Patron!

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John Lasseter (1001 Pattes), Andrew Stanton (Le Monde de Nemo) ou bien encore Brad Bird (Ratatouille)... Si plusieurs réalisateurs issus de l'écurie Pixar se sont fait un nom à Hollywood (Bird est par la suite passé aux films live avec Mission : Impossible - Protocole Fantôme et A la poursuite de demain tandis que Lasseter est devenu le patron de Walt Disney Animation Studios), il y en a un qui ressort particulièrement de ce vivier de talents : Pete Docter. Crédité à l'histoire sur les deux premiers Toy Story et Wall-E et réalisateur de Monstres et Cie et Là-Haut, Pete Docter est clairement un cinéaste fasciné par l'enfance, par ce qui en définit les contours et la richesse mais surtout un cinéaste qui sait comment toucher le coeur de ses spectateurrs, qui laisse parler les émotions. Au point d'en faire le moteur même de ses récits.

C'est ainsi qu'après avoir brillamment abordé les peurs enfantines (Monstres et Cie) et les regrets qui minent une vie (Là-Haut), Pete Docter s'est lancé comme défi de plonger dans la tête d'une jeune fille de 11 ans et de comprendre comment tout fonctionne. Pari complètement fou? Oui. Pari réussi? Mille fois oui! Renouant avec ses grandes heures, celles qui arrivaient à nous émouvoir avec des jouets en plastique, un poisson rouge perdu et un petit robot amoureux, Pixar se réveille et revient prendre sa place de leader dans le domaine de l'animation. Foisonnant d'idées merveilleuses, de personnages géniaux et empreint d'une émotion proprement incroyable, Vice-Versa est une petite pépite qu'il vous faut impérativement découvrir au plus vite.

Sous peine de voir Colère se mettre en rogne.

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Pari insensé? Vice-Versa en est un beau, en effet. Comment donner vie, comment retranscrire sur un écran les tourments intérieurs d'une jeune ado? Comment parler de ce qui définit la personnalité, de ce qui a trait aux souvenirs, aux rêves et aux cauchemars? Comment faire tenir en 94 petites minutes une quête à travers l'une des plus grandes inconnues de l'Homme, à savoir son cerveau, et réussir à parler autant à tout le monde qu'à chacun?

Pete Docter et sa bande de savants fous répondent à toutes ces questions avec une virtuosité narrative qui frôle l'insolence : voyage intime mené pied au plancher, blindé de gags hilarants, de répliques géniales, d'idées toutes plus inventives les unes que les autres (les îles de l'amitié ou de la famille qui permettent de  forger la personnalité, les petites billes renfermant les souvenirs et que l'on range dans d'immenses bibliothèques, la traversée des pensées abstraites...) et de personnages attachants comme c'est pas permis (énorme coup de coeur pour Dégoût et Colère!), Vice-Versa est une leçon de storytelling, comme ils disent de l'autre côté de l'Atlantique.

Parce que jamais ce concept, aussi simple dans l'idée (des petits personnages dirigent nos émotions) que casse-gueule dans son approche (ok... on commence par où?), n'est traité par-dessus la jambe par les génies de chez Pixar : ce délicat, et souvent très dur, conflit entre le monde adulte et l'enfance est mis en forme avec une justesse et un rythme complètement dingues. C'est bien simple, on passe en quelques secondes de l'émotion à la franche rigolade, avant d'être confronté à un passage qui vous fera verser votre petite larme lui-même suivi d'un gag énorme... Ça s'appelle le talent et peu de gens le maîtrisent avec autant de perfection que les responsables des déjà brillants Toy Story et 1001 Pattes! On ne peut que rester  abasourdi devant la façon avec laquelle Pete Docter aborde un sujet aussi tendu que la dépression d'une jeune adolescente (dans un Disney qui plus est!), confrontée aux douloureux changements qu'implique son entrée vers l'âge adulte (le traitement de l'ami imaginaire est à ce sujet remarquable de finesse).

Si Vice-Versa s'ouvre sur une naissance, le générique de fin vient quant à lui faire état d'une renaissance : celle d'un studio qui de nouveau parvient à toucher le coeur et l'âme des spectateurs avec une histoire d'une richesse et d'une profondeur rares. Un film d'une luminosité et d'une clarté incroyables où l'ambition etl génie transpirent de chaque plan.

En observant le regard émerveillé de mon gamin devant l'écran, je n'ai pu m'empêcher de me demander ce que lui "voyait", ce qu'il ressentait... Mon petit doigt me dit que Joie avait pris le contrôle du Quartier Général sur ce coup...

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Crédits photos et résumé : AlloCIné, Walt Disney Pictures, Pixar.

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