TERMINATOR GENISYS - la critique

Terminator Genisys, écrit par Laeta Kalogridis & Patrick Lussier. Réalisé par Alan Taylor. Avec Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke, Jai Courtney et Jason Clarke. USA - 126mn. Sortie le 1er juillet 2015.

Le leader de la résistance John Connor envoie le sergent Kyle Reese dans le passé pour protéger sa mère, Sarah Connor et préserver l'avenir de l’humanité. Des événements inattendus provoquent une fracture temporelle et Sarah et Kyle se retrouvent dans une nouvelle version du passé. Ils y découvrent un allié inattendu : le Guardian. Ensemble, ils doivent faire face à un nouvel ennemi. La menace a changé de visage.

- C'est vous les scénaristes?..

- C'est vous les scénaristes?..

Nous sommes en 1984 et, pour un peu plus de six millions de dollars seulement, James Cameron met en scène le premier volet d'une saga amenée à devenir culte : Terminator. Trente ans, trois films et une série télévisée plus tard, Terminator Genisys vient littéralement cracher à la figure de ce monument de la SF, de sa mythologie, de ses fans... En clair, de tout le monde.

Au moint de se demander comment ce film atroce a pu, ne serait-ce qu'un instant, être adoubé par Cameron lui-même? Comment le génial réalisateur de Titanic, Aliens, Avatar ou bien encore Abyss a pu dire (et je ne mens pas, c'est écrit en gros sur l'affiche) : "Vous allez adorer Terminator Genisys"? Souffre-t-il de DMLA, la fameuse dégénérescence maculaire liée à l'âge dont on parle si souvent à la radio? A-t-il été victime de la canicule et obligé de dire ça afin qu'on lui donne un verre d'eau? A-t-il été remplacé par un robot venu du futur?.. Trop de questions auxquelles je n'ai pas les réponses, malheureusement.

La seule chose que je peux affirmer par contre, c'est que non, je n'ai pas "adoré" Terminator Genisys. Mais alors, PAS DU TOUT. Comment ne pas avoir envie de s'immoler sur le parking du cinéma après un tel affront? Comment ne pas vouloir passer un Bac S en candidat libre, fabriquer une machine à voyager dans le temps et empêcher Alan Taylor (l'un des responsables de cette "chose") de poser la main sur une caméra?

Il y a deux ans de cela, John Moore traînait dans la boue l'une des figures majeures du cinéma d'action hollywoodien, à savoir John McClane, dans l'infâme Die Hard : belle journée pour mourir. Si Terminator Genisys n'est certes pas aussi mauvais (c'est pas loin quand même...), force est de reconnaître qu'il joue sur la même ligne : celle de l'irrespect, du foutage de gueule total.

- Monumentale erreur...

- Monumentale erreur...

Dans un précédent article, je vous faisais part de ma crainte concernant ce nouvel opus, notamment vis-à-vis de sa promotion pour le moins hasardeuse et de son script qui sentait un peu mauvais : si vous avez un peu suivi les développements liés à Genisys, vous aurez alors remarqué que rien ne s'est arrangé. Bien au contraire.

Véritable cas d'école, la campagne visant à nous inciter à aller voir Skynet tenter une nouvelle fois de tuer Sarah Connor aura été d'une bêtise absolument fascinante : des posters douteux qui semblaient inspirés d'un DTV avec Lorenzo Lamas aux trailers qui dévoilaient toute l'intrigue, rebondissements inclus (!) en passant par des designs dignes d'un concours organisé par un comité des fêtes (voir la photo ci-dessous), Terminator Genysis est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire du marketing totalement WTF...

- Mets une pièce de 2 € et amuse-toi avec le T-800...

- Mets une pièce de 2 € et amuse-toi avec le T-800...

Les mois précédant la sortie de Terminator Genisys auront donc été un véritable calvaire pour tous les fans de l'univers mis en place par James Cameron qui rêvaient de voir s'écrire un nouveau chapitre. Je ne crache pas sur les franchises juste parce qu'il s'agit de franchises : si l'aspect commercial de l'entreprise est bien sûr à prendre en compte (ils ne sont pas bénévoles à Hollywood...), il serait idiot de tout rejeter en bloc par principe et de ne pas profiter d'un vrai développement, réfléchi et cohérent quant à l'univers dépeint (Star Wars, Indiana Jones, Matrix par exemple).

Ce qui était le cas avec les volets précédents.

Beaucoup de gens ne portent en effet pas Terminator : le soulèvement des machines et Terminator Salvation dans leur coeur : perso, je les aime bien. Le troisième opus réalisé par Jonathan Mostow (U-571) était un solide divertissement, doté de séquences d'action assez énormes (la poursuite en plein centre-ville!) et d'un final franchement enthousiasmant (la guerre est déclarée!) tandis que celui de McG (Charlie's Angels) osait proposer un univers inédit (l'après-Jugement dernier) et, malgré quelques scories (notamment un montage hasardeux), emmenait la saga vers un futur très prometteur. Les échecs de ces deux films, chacun conçu comme le possible commencement d'une nouvelle trilogie, ont malheureusement mis en stand-by la franchise jusqu'à ce que la (très sympa) série télé The Sarah Connor Chronicles tente elle-aussi l'impossible...

Nul doute que les (télé)spectateurs déçus par ces opus réviseront leur jugement lorsqu'ils verront Genisys! Car tel est le pouvoir du film d'Alan Taylor : donner à revoir à la hausse certaines daubes que l'on aurait aimé faire disparaître de l'Histoire du cinéma! Peu de films sont capables d'un exploit comme celui-là : à chaud, je repense à Highlander Endgame, un quatrième volet de la saga de Connor McLeod tellement mauvais que le 3ème, déjà bien moisi, en venait à ressembler à Citizen Kane...

- Tu m'avais dit que le script était génial!!

- Tu m'avais dit que le script était génial!!

On peut lire ici ou là que les premières minutes de Terminator Genisys sont un bonheur pout tout fan qui se respecte car on assiste enfin à des événements que l'on désespérait un jour de voir retranscrit sur grand écran : le Jugement dernier tant redouté et la fameuse bataille finale opposant les humains à Skynet, en 2029...

James Cameron y avait renoncé par faute de moyens au moment de mettre en boîte Terminator 2  : il est donc évident que sur le papier ça fait sacrément envie! Sur la toile, c'est une autre paire de manches : entre une voix off qui n'en finit plus (mais tais-toi!), des CGI pas beaux et qui font déjà vieillots (le pont au début... mon dieu...) et une tension aussi palpable que dans un épisode de Derrick en deux parties, la douche est plus que froide! Mais bon sang James, comment tu peux cautionner ça?!

Arrive ensuite ce qui est supposé faire tout l'intérêt de ce nouvel opus : la relecture des événements survenus dans le film de 1984 (le premier acte pour être plus précis) et la nouvelle orientation que subit l'histoire. Si je dois reconnaître que la sensation ressentie face à des plans qui sont inscrits dans notre cerveau est assez plaisante (les Nike de Kyle Reese) et que je suis assez friand de tout ce qui peut toucher aux paradoxes temporels (Retour vers le futur 2 s'amusait lui aussi à revenir sur ce qui avait été montré dans le précédent opus), le charisme de moule de Jai Courtney (déjà à l'oeuvre sur Die Hard 5), un Schwarzenegger juste bon à faire des blagues, une Emilia Clarke fadasse comme c'est pas permis et une mise en scène transparente au possible ont vite fait de faire plonger Terminator Genisys dans le grand n'importe-quoi. Donc non, Genisys n'est en rien une expérience heureuse. Bien au contraire : le film d'Alan Taylor est un énorme doigt tendu à une franchise culte du cinéma, un truc improbable qui semble avoir été conçu dans le seul but de se faire du fric facilement, et ce dans le mépris le plus total de ses aînés et du public.

- Un... charisme de moule?.. T'es sûr?

- Un... charisme de moule?.. T'es sûr?

Les scénaristes enchaînent ainsi les péripéties en mode "pilotage automatique", se permettent des blagues pas drôles à tout bout de champ (énormément de peine à voir Schwarzy réduit à un rôle aussi minable) tout en ne résolvant jamais les enjeux mis en place. S'il est difficile de juger de la "véracité" ou non d'un film qui parle de voyage dans le temps (chacun suit ses propres règles, que ce soit Retour vers le futur, Lost ou bien encore Looper), la moindre des choses est quand même d'avoir une certaine logique interne : "une quoi?" se demandent les deux tâcherons responsables du massacre...

Blindé d'incohérences en tous genres (Reese qui se souvient d'une ligne temporelle qu'il n'a pas vécue!) et de facilités qui frisent l'indigence (le T-800 et Sarah qui se fabriquent une machine temporelle, tranquille...), d'une caractérisation des personnages inexistante (John Connor s'est laissé séduire par Skynet et... voilà, c'est tout) et de pistes narratives qui ne mènent à rien et qui sont juste l'ultime preuve de la fainéantise et du foutage de gueule que représente cette aventure. Vous vous demandez qui a envoyé le T-800 en 1973?.. Les scénaristes ont la réponse mais ils la donneront dans la suite (si suite il y a bien sûr...) : en clair, Terminator Genisys est une vraie torture pour toute personne ayant un jour frissonné de plaisir devant un film de la franchise. Si encore ces carences scénaristiques étaient relevées par une mise en scène énergique et fun, ça pourrait passer... Mais non, Alan Taylor a enfilé des moufles et filme le tout avec une absence de personnalité aberrante : c'est moche, c'est plat... il n'y a rien. Ceux qui avaient déjà subi son Thor 2 (le pire film Marvel) ne seront toutefois pas surpris de le voir ajouter une aussi belle m.... à sa filmographie!

Aucune, je dis bien aucune scène ne retient l'attention : entre des empoignades qui durent même pas deux minutes montre en main, des poursuites torchées à la va-vite (ne clignez pas trop des yeux, vous risqueriez de rater la séquence du bus...) et une photographie toute terne, Terminator Genisys est un bel exemple de fraude fiscale... Bah oui, ils sont passés où les 155 millions de dollars de budget?!

Comment peut-on, avec une somme pareille, livrer une poursuite entre hélicoptères aussi laide? Comment peut-on, avec un budget 25 fois supérieur au premier film, aboutir à un truc aussi vide et mal fichu? Où sont l'inventivité de Terminator, les séquences traumatisantes de T2 (le rêve apocalytique de Sarah Connor), les séquences d'actions dont tout le monde se souvient (le commissariat, l'hôpital psychiatrique...), les personnages sublimement incarnés (inoubliable Linda Hamilton)?..

Honte à tous les responsables qui ont validé ce projet. Honte à tous ceux qui se complaisent à livrer des produits prémâchés, prédigérés et qui se foutent royalement de ceux qui payent leur billet. Terminator Genisys rejoint sans mal le club de plus en plus grand des divertissements "jetables" (Avengers 2, Jurassic World).

Des gens comme George Miller (Mad Max Fury Road) et Brad Bird (Tomorrowland) nous ont récemment prouvé qu'il existait une alternative à ce cinéma hollywoodien qui commence à dangeureusement devenir une norme : battez-vous, ne laissez pas Skynet prendre le pouvoir!

- On vous a bien entubés, hein?..

- On vous a bien entubés, hein?..

Crédits résumé et photos : AlloCiné, Paramount Pictures, Skydance.

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