James Bond est de retour dans nos salles au mois de novembre prochain dans ce qui s'annonce comme l'un des événements cinématographiques de cette fin d'année : SPECTRE de Sam Mendes. En attendant, petit flashback sur cette saga légendaire à travers les acteurs qui ont interprété le célèbre agent 007...

Pierce Brosnan est James Bond

20 décembre 1995 : après six ans d'absence, l'agent secret le plus célèbre du cinéma est de retour sur les écrans français avec Goldeneye. Un 17ème épisode qui aura pourtant bien eu du mal à se sortir d'un développement chaotique et que les fans commençaient à désespérer de voir... Petit retour en arrière.

1989 : Permis de Tuer de John Glen réalise des scores assez décevants au box-office et vient confirmer que la greffe n'a pas vraiment pris entre le public  (américain du moins...) et Timothy Dalton. Trop dur, trop froid. En un mot, trop éloigné du ton quasi-familial instauré par l'interprétation du flegmatique et sympathique Roger Moore. L'heure est donc à la remise en question. Malheureusement, des bisbilles d'ordre juridique (notamment entre la société de production EON, la maison-mère DANJAQ et le distributeur MGM/UA) mettent un frein au développement du 17ème opus des aventures de 007 et font dangeureusement traîner les choses en ce début de décennie où les stars du box-office se nomment Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis ou bien encore Jean-Claude Van Damme...

Bref, faudrait quand même voir à ne pas trop traîner!

Et puis, alors que les choses semblent enfin se débloquer grâce à la rédaction d'un script par Michael France, c'est Timothy Dalton lui-même qui range le smoking de Bond. Pour un coup dur, c'est un coup dur! Pas découragés, les producteurs Michael G. Wilson et Barbara Broccoli se tournent vers celui qui avait déjà failli interpréter 007 il y a plusieurs années de cela : Pierce Brosnan.

Pierce Brosnan et Stephanie Zimbalist dans "Remington Steele"

 

De 1982 à 1986, Pierce Brosnan est la vedette de Remington Steele, excellente série mêlant à la fois suspense, humour et comédie romantique diffusée sur la chaîne NBC : son charme, sa classe en font un candidat idéal pour endosser le costume de James Bond. Les choses vont dans ce sens lorsque la série est annulée à la fin de la saison 4, en 1986 : Albert R. Broccoli, producteur historique de la saga, offre le rôle de 007 à Brosnan pour le futur Tuer n'est pas jouer... ce qui a pour malencontreuse conséquence de redonner un coup de projecteur sur la série! NBC revient donc sur sa décision et lance une 5ème saison de Remington Steele : lié par son contrat, Pierce Brosnan ne peut refuser. De même, Broccoli refuse que le nouvel interprète de James Bond soit assimilé à l'acteur d'une série encore en cours de diffusion et le rôle de l'espion britannique est ainsi attribué à Timothy Dalton.

Six ans et deux films diversement appréciés par les fans de la saga plus tard (Tuer n'est pas jouer et Permis de Tuer), Brosnan aura enfin droit à sa revanche...

"Goldeneye" (1995)

"Goldeneye" (1995)

De 1995 à 2002, Pierce Brosnan endossera le smoking de 007 à quatre reprises : Goldeneye de Martin Campbell, Demain ne meurt jamais de Roger Spottiswoode, Le Monde ne suffit pas de Michael Apted et Meurs un autre jour de Lee Tamahori. Que retenir de cette période?

Goldeneye a été mon 1er James Bond sur grand écran, ça ne s'oublie tout simplement pas. Après avoir usé et usé les VHS des épisodes précédents, la sortie du premier opus de Pierce Brosnan me donnait enfin l'opportunité de savourer dans une salle obscure ce cocktail explosif d'espionnage, de gadgets en tous genres, d'exotisme, d'action et où les plus belles femmes du monde côtoyaient les pires méchants.  Et, à l'époque, le combat de Bond contre un ancien ami (006), la poursuite en tank dans les rues de Moscou ou encore la puissance érotique dégagée par Famke Janssen dans le rôle de la méchante Xenia Onatopp avaient indéniablement marqué ma rétine d'adolescent en quête de frissons et contenté le fan que j'étais... 20 ans plus tard, le bilan est un peu plus mitigé : rythme en dents de scie, personnages secondaires pesants (le geek) et musique absolument ignoble d'Eric Serra (Le Grand Bleu, Nikita)... Goldeneye a pris un (petit) coup de vieux.

Heureusement, la mise en scène de Martin Campbell permet à Bond d'entrer dans les années 90 par la grande porte (il sera d'ailleurs de nouveau appelé pour jouer les faiseurs de miracle sur Casino Royale...) tandis que l'intrigue, qui voit notre héros se confronter aux vestiges d'une Russie qui n'est plus celle qu'il a combattue, est un joli effet de miroir sur le personnage de Bond lui-même qui se doit de réinvestir un cinéma d'action qui fait la part belle à d'autres valeurs sûres (Willis, Stallone). Comme M le lui dit en début de film : "Je vous trouve sexiste, mysogine et dinosaure. Une relique de la Guerre Froide"... 

Au terme de Goldeneye, le Commander Bond trouvera sa place, autant dans "son" monde que dans le nôtre auquel il avait cruellement manqué.

Avec un Pierce Brosnan parfait, aussi à l'aise dans les numéros de charme que dans l'action, et malgré un script un peu pataud, la légendaire saga réussit avec classe son retour. 

 

Deux ans plus tard, Demain ne meurt jamais viendra confirmer ce fait...

Pierce Brosnan et Michelle Yeoh dans "Demain ne meurt jamais" (1997)

Pierce Brosnan et Michelle Yeoh dans "Demain ne meurt jamais" (1997)

Mis en scène par Roger Spottiswoode, honnête faiseur hollywoodien (Air America, Under Fire), Tomorrow Never Dies est sans conteste le meilleur Bond de la période Brosnan : très bonne histoire qui place Bond face à des menaces plus actuelles (les médias), méchant charismatique (Jonathan Pryce), James Bond Girl nickel (Michelle Yeoh), David Arnold (Stargate, la porte des étoiles de Roland Emmerich) à la B.O. et séquences d'action qui en mettent plein la vue (la poursuite hélicoptère-moto reste encore aujourd'hui un morceau de cinoche sacrément efficace), pas encore noyées sous les effets numériques qui viendront gangréner une partie des blockbusters des années 2000... Le film est une grosse machine, pas toujours très subtile dans son désir assumé de se faire une place dans une décennie marquées par quelques superproductions imposantes (Mission : Impossible, Speed, True Lies) mais le divertissement est là, fun et franchement plaisant.

Si la transition entre les années 80 et 90 aura été difficile, les producteurs Michael G. Wilson et Barbara Broccoli prouvent avec panache que James Bond non plus ne meurt jamais et qu'il est, et restera toujours, une icône populaire indétrônable. 

Pierce Brosnan et Sophie Marceau dans "Le Monde ne suffit pas" (1999)

 

Revigorés par le succès des deux précédents opus, Pierce Brosnan et la production amènent James Bond vers d'autres horizons au moment de la mise en chantier du Monde ne suffit pas : l'acteur n'a jamais caché sa volonté d'explorer le côté sombre de l'agent secret et souhaite faire de son "troisième" épisode celui d'une sorte de mâturité, d'un approfondissement psychologique de 007. Une idée franchement excellente qui a fait (dans Au service secret de sa Majesté et Permis de Tuer) et qui fera ses preuves (Casino Royale et Skyfall) mais qui se retrouve ici exécutée avec une paresse franchement rageante. 

Encore une fois victime d'un script manquant cruellement de rythme, ce nouvel opus des aventures de 007 ne retrouve pas l'alchimie de Demain ne meurt jamais : embarqué dans des péripéties peu palpitantes et emballées sans panache par un Michael Apted sous Prozac, coincé avec la potiche Denise Richards pas crédible une seule seconde et devant faire face à un méchant moyennement convaincant incarné par Robert Carlyle, Pierce Brosnan sauve néanmoins les meubles grâce à son charisme et la subtilité de son jeu. On sent l'acteur encore plus à l'aise dans son rôle et on ressent le plaisir qu'il prend à malmener son personnage : Bond apparaît en effet dans Le Monde ne suffit pas comme plus humain, plus "vrai". Perdu, dépassé par des événements sur lesquels il peine à s'imposer, l'agent secret baisse sa garde face à une Sophie Marceau excellente dans le rôle de la belle et mystérieuse Elektra King, un personnage dramatique à souhait, fort et assez nouveau dans l'univers bondien.

En bref, la volonté de jouer la corde d'un James Bond plus psychologique est tout à fait louable mais celle-ci se trouve parasitée par un scénario qui tente tant bien que mal de caser tous les codes attendus (la poursuite en ski, les gadgets, les explosions...) au lieu de franchement jouer la carte de la prise de risque. Les échecs de Permis de Tuer et d'Au service secret de sa Majesté ne sont sans doute pas étrangers à cette "timidité"...

Halle Berry et Pierce Brosnan dans "Meurs un autre jour" (2002)

Halle Berry et Pierce Brosnan dans "Meurs un autre jour" (2002)

2002 : les aventures cinématographiques de James Bond ont 40 ans. Inutile de dire que l'anniversaire se doit d'être fêté en grande pompe! Réalisateur du superbe L'Âme des Guerriers et des beaucoup moins bons Hommes de l'Ombre et Le Masque de l'araignée, Lee Tamahori est chargé d'assurer le spectacle et d'offrir à 007 et aux spectateurs le feu d'artifice attendu. Il ne se fera pas prier, loin de là.

Avant d'entrer plus en avant sur les atouts et les faiblesses de cet opus, je dois dire que j'en gardais un très mauvais souvenir. Trop chargé, truffé d'effets spéciaux numériques pas vraiment du meilleur goût... Meurs un autre jour restait pour moi le plus faible des épisodes de la période Brosnan. J'ai totalement revu mon jugement.

La première partie du film de Lee Tamahori se révèle ainsi vraiment excellente : un prégénérique formidable et bourré d'action dans lequel Bond est capturé, une très bonne chanson-titre de Madonna, une intrigue bien troussée, deux James Bond Girls magnifiques (Halle Berry et Rosamund Pike) et des séquences jouissives tel ce duel à l'épée entre Pierce Brosnan et Toby Stephens (Black Sails) impeccablement chorégraphié, rageur et destructeur.

Les 40 ans du Commander Bond sur grand écran sont ainsi l'occasion d'un spectacle enthousiasmant et pétaradant (avec le plus gros budget de la saga), rempli de références aux précédents opus (la sortie de l'eau d'Halle Berry en hommage à celle d'Ursula Andress dans Dr No, un faux crocodile vu dans Octopussy) et qui rattrape sans mal les égarements du Monde ne suffit pas. Pour le passage à l'an 2000 de leur bébé, Michael G. Wilson et Barbara Broccoli ont donc vu les choses en grand. En très grand même : voiture invisible, palais de glace, Bond qui fait du surf sur une immense vague qui viendra s'exploser sur un glacier (!), explosions toutes plus énormes les unes que les autres...

Dans Meurs un autre jour, James Bond se prend pour Gatsby le Magnifique : les meilleures fêtes, c'est chez lui!

Un opus totalement décomplexé en somme? Oui. Et c'est là que le bât blesse malheureusement. Au bout d'un moment, trop c'est trop et c'est ce "gavage" qui rend la deuxième partie du métrage aussi indigeste : Lee Tamahori va trop loin et se rapproche des aventures un peu boursouflées que Roger Moore avait l'habitude de vivre. Alors que Brosnan avait amené le personnage vers des rives plus sombres et où la psychologie ne figurait pas aux abonnés absents, Meurs un autre jour envoie tout ça aux orties pour se concentrer sur l'action gargantuesque et les péripéties ininterrompues. On n'y gagne clairement pas au change... Dommage.

Pierce Brosnan est James Bond

Charisme, classe, assurance et crédibilité dans l'action : Pierce Brosnan est indéniablement l'un des James Bond les plus convaincants du grand écran. Pour autant, le manque de rigueur et de cohérence dans l'écriture du personnage à travers les quatre films qu'il a interprétés, passant d'un Bond plus humain (Goldeneye) à un héros d'action un peu creux (Meurs un autre jour), ainsi que des réalisateurs pas toujours inspirés (Michael Apted sur Le Monde ne suffit pas) déséquilibrent le formidable travail de réinvention opéré par Michael G. Wilson, Barbara Broccoli et l'acteur irlandais.

Malgré cela, le public répondra présent aux aventures de 007 version Brosnan, preuve de l'immortalité du personnage créé par Ian Fleming, capable de faire face aux épreuves du temps en n'ayant jamais peur de se renouveler. L'annonce d'un certain Daniel Craig, en 2004, pour endosser le smoking de James Bond en sera une nouvelle et formidable preuve...

Crédits photos : MGM, Eon Productions, Danjaq, United Artists.

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