TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Après la découverte d'un corps recouvert d'étranges scarifications, trois officiers de la police de différentes branches se retrouvent mêlés à une affaire bien plus sombre que prévu.

Vous pouvez lire cette critique sans crainte, aucun rebondissement majeur de l'intrigue n'y est dévoilé.

TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Le 9 août dernier, le 8ème et dernier épisode de la saison 2 de True Detective venait mettre fin à une enquête tortueuse, glauque et peuplée de personnages tous plus cramés les uns que les autres... Cet épisode de 90 minutes venait aussi mettre un terme au déferlement de critiques négatives qui étaient tombées sur le dos du show de Nic Pizzolatto depuis son retour sur l'antenne d'HBO en juin dernier. Parce que si la saison 1 de True Detective avait été un uppercut salué à la fois par le public et la critique, la nouvelle saison a quant à elle subi un violent et douloureux retour de bâton. Une surprise?

Pas tant que ça finalement si l'on se souvient des propos lus ici ou là au moment de la mise en chantier du second opus de cette anthologie policière : "Pizzolatto va se planter! Il fera jamais aussi bien que la saison 1!", "Rachel McAdams et Colin Farrell n'ont pas la moitié du charisme de Matthew McConaughey! Ils sont nuls!", "Je suis sûr que ce sera nul, je regarderai pas!", "J'aime pas les séries policières mais j'aime dire du mal alors je regarderai et je dirai du mal!"... Je schématise grossièrement mais l'idée est là : avant même que la saison 2 ne commence, l'échec planait déjà au-dessus de ses épaules...

Les dés étaient donc déjà jetés et on peut même se demander si ce n'est pas un miracle en soi qu'un téléspectateur ait daigné jeter un oeil à cette nouvelle salve d'épisodes...

TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Qu'en est-il donc finalement de cette saison 2 de True Detective? Mérite-t-elle les retours assassins du public et de la critique? Clairement non, on va commencer par là.

Si je dois reconnaître que je n'ai pas été autant scotché à mon écran que l'année dernière, je n'irai pas jusqu'à parler d'échec comme on peut le lire ici ou là. Parce que si True Detective 2 est un échec... je veux bien en voir toutes les semaines des échecs de ce genre! 

Mais soit. Restons sur les aspects négatifs de cette saison : en premier lieu, les personnages. Le premier coup de maître de Nic Pizzolatto sur la première saison de True Detective venait clairement de ses personnages, superbement interprétés par Matthew McConaughey et Woody Harrelson. Entre le flic tourmenté et philosophe qu'était Rust Cohle et le violent et massif Martin Hart, l'alchimie fonctionnait du tonnerre et captait l'attention du téléspectateur en un rien de temps. Dans ce nouveau chapitre, Pizzolatto nous invite à suivre quatre personnages principaux, soit deux fois plus. Et c'est là que le bât blesse : il y en a trop et tous ne sont pas traités à la même enseigne. Si les flics campés par Colin Farrell et Rachel McAdams bénéficient d'une écriture solide et prenante (pour me dire le contraire, c'est dans les commentaires, n'hésitez pas!), les personnages joués par Taylor Kitsch et Vince Vaughn paraissent en revanche trop faibles et ne retiennent que très rarement l'attention. Leur développement assez caricatural et leurs storylines mal agencées (l'histoire personnelle du flic incarné par Kitsch est franchement poussive) ont tendance à ralentir le rythme et à jeter un voile d'ennui sur une histoire complexe et à la faire s'éparpiller dans des circonvolutions peu passionnantes. De même, le fait que la noirceur et le désespoir imprègnent chaque pore de la peau de ces personnages ne m'a pas gêné pas, on est dans du polar sombre et dur, pas dans Beverly Hills. Certains ont trouvé ça too much, cliché. Qu'importe : le développement de Velcoro (Colin Farrell) et Bezzerides (Rachel McAdams) m'a touché et m'a emmené sans mal dans l'intrigue tortueuse mise en place par Pizzolatto. 

Ou faussement tortueuse en fait.

TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Après la traque d'un tueur en série, Nic Pizzolatto nous entraîne cette fois sur une affaire de meurtre et de corruption politico-financière mâtinée de sexe. Là aussi, beaucoup de voix se sont élevées contre cette intrigue complexe, sinueuse, pas toujours captivante et dont on peinait à relier les tenants et les aboutissants. C'est pas entièrement faux mais c'est pas entièrement vrai non plus.

Oui je sais, ça vous avance vachement.

Ce que je veux dire par là, c'est que non, le fil rouge qui court tout au long de cette saison 2 n'a pas l'impact de celui de la saison précédente. Pour autant, l'intrigue n'est pas compliquée. Elle est plutôt mal construite : des petits bouts à droite à gauche, des indices balancés au gré de dialogues parfois abscons et une tendance à diluer celle-ci dans des sous-intrigues secondaires font que la trame n'apparaît jamais clairement. Et le truc, c'est qu'arrivé au terme du dernier épisode on en vient à se dire : "Tout ça pour ça?"... Si la saison 1 jouait sur la temporalité, les rebondissements et la côté éclaté de l'investigation, le téléspectateur ne se retrouvait cependant jamais perdu et conservait toujours de l'intérêt à voir la résolution arriver. Ce qui est beaucoup moins le cas cette année : en voulant développer une intrigue beaucoup trop dense pour tenir sur seulement 8 épisodes (ce n'est pas pour rien que le dernier épisode de la saison approche les 90 minutes...), Nic Pizzolatto perd de vue quelques-uns de ses enjeux (qui? pourquoi?) et laisse les téléspectateurs sur le bord de la route. On ne peut pas lui reprocher d'avoir tenté quelque chose de différent, au contraire même (!), mais son ambition s'est heurtée à un manque de rigueur parfois gênant...

TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Et pourtant...

Quel pied quand même! Malgré des personnages pas tous passionnants et une intrigue bizarrement construite, j'ai pris énormément de plaisir à suivre cette saison 2 de True Detective. Si vous voulez me rejoindre dans ce club plutôt fermé, c'est dans les commentaires aussi...

Pour commencer, j'ai adoré cette ambiance poisseuse et noire, où tout le monde semble pourri et où l'espoir n'a pas droit de cité. J'ai adoré cette façon de raconter une Californie différente, loin des clichés et du côté carte postale que l'on nous sert habituellement sur les écrans : ici, au gré de nombreux et pesants plans aériens, c'est l'aspect industriel, le côté tentaculaire de la ville qui est mis en avant. Certes moins "incarnée" à l'écran (et donc moins marquante) que la Louisiane de la saison 1, la ville (fictive) de Vinci n'en reste pas moins un personnage à part entière de l'univers de True Detective, comme sorte de cinquième âme qui viendrait oppresser et broyer les autres dans ses dédales autoroutiers. J'ai retrouvé dans cette Californie du vice le William Friedkin de Police Fédérale Los Angeles (polar culte interprété entre autres par William Petersen et Willem Dafoe) et de Jade (avec David Caruso et l'incendiaire Linda Fiorentino), j'y ai aussi retrouvé le Michael Mann de Miami Vice ou bien encore du Michael Connelly et du James Ellroy, figures majeures de la littérature policière et influences certaines de Pizzalotto. En bref, j'ai aimé qu'on me raconte que le Mal est partout : au fin fond de la Louisiane comme dans la capitale du rêve, Hollywood. Que sous le béton, il y  du sang et qu'il y en aura toujours. Que sous le béton, il y a une terre polluée (l'un des arcs principaux de l'intrigue) mais qu'au-dessus, les gens qui devraient s'en préoccuper s'en foutent et ne sont là que pour en tirer profit. Parce que l'argent est roi : on peut acheter des politiciens, des flics, des terrains, des femmes, de l'influence... Tout se paye et ceux qui ne l'entendent pas de cette oreille en paieront le prix fort.

Très fort même.

 

TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Cramé, rongé par la violence et la haine, le personnage de Ray Velcoro est certainement celui qui ressort le plus de ce nouveau chapitre de l'odysée du désespoir tissée par Nic Pizzolatto. Emmené par un Colin Farrell impérial (presque aussi bon que devant la caméra de Mann pour son adaptation de Miami Vice, on y revient encore...), ce flic désabusé et hanté par ses actions passées va trouver dans cette enquête la matière pour se relever, ou du moins tenter de faire le bien. Magnétique, animale, la prestation de Colin Farrell est un gros morceau qui n'a rien à envier à celle de Matthew McConaughey l'an passé. Oui, oui, je confirme! Son baroud d'honneur lors de l'ultime épisode, et dont l'issue était déjà annoncée plus tôt dans la saison dans un séquence sous forte influence de David Lynch, n'en sera que plus intense et bouleversant.

Si la saison 1 de True Detective bénéficiait de la superbe réalisation de Cary Fukunaga (Jane Eyre, Beasts of No Nation avec Idris Elba) sur tous ses épisodes, la saison 2 joue quant à elle la carte des multiples metteurs en scène. Si l'on peut à ce niveau regretter une véritable unité et une cohésion de l'oeuvre racontée (un réalisateur unique aurait peut-être permis à l'écriture de Pizzolatto de se "solidifier") telle qu'elle nous éclatait à la figure il y a un an, ne jetons pas pour autant tout à la poubelle. Ce deuxième chapitre de la série d'HBO ne manque pas de grands moments de télévision : on retiendra notamment le superbe début du 3ème épisode sur une musique de Conway Twitty et hanté par le Lynch de Twin Peaks, la séquence d'orgie de l'épisode 6, l'épisode final mais surtout le gunfight qui vient conclure en apothéose l'épisode 4. Comme l'année dernière, Pizzolatto opte pour une construction narrative en deux temps et nous assène donc en guise de dessert à la "première partie" une fusillade d'une sécheresse et d'une violence estomaquantes. On avait retenu de la saison 1 de True Detective son plan-séquence de fou furieux, on retiendra de la 2 cette séquence impeccablement réalisée et montée, gros morceau de tension à vous clouer au fauteuil.

TRUE DETECTIVE - bilan saison 2

Comme vous avez pu le comprendre, difficile de parler d'échec quand un auteur continue à creuser avec talent ses obsessions (le pouvoir, la corruption) et ses peurs (le rôle du père, qu'il soit meurtri comme dans la saison 1 ou "en devenir" ici) : la maîtrise est certes moins évidente que l'année dernière mais impossible pour ma part de bouder mon plaisir devant ce polar noir de chez noir, brut et sans concession. Donc non, la saison 2 de True Detective n'est pas un échec : j'en connais beaucoup qui rêveraient de se planter aussi bien que ça sinon... 

J'attends donc avec une impatience démesurée les premières infos sur la 3ème saison. Parce qu'il faut une saison 3. Parce que je veux de nouveau suivre Nic Pizzolatto dans son odyssée du crime, son voyage au bout de l'enfer...

Et, pour le plaisir des yeux et des oreilles, un générique aux petits oignons signé Leonard Cohen. Ça ne se refuse pas, hein?

Crédits résumé et photos : AlloCiné, HBO.

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