SEUL SUR MARS - la critique

The Martian, écrit par Drew Goddard d'après le roman d'Andy Weir. Réalisé par Ridley Scott. Avec Matt Damon, Jessica Chastain, Sean Bean, Jeff Daniels, Kate Mara, Kristen Wiig. USA - 141mn. Sortie le 21 octobre 2015.

Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Suis-je passé à côté de quelque chose? Si je me pose cette question, c'est parce que, face à l'accueil plus que positif rencontré par le nouveau film de Ridley Scott, je me sens un peu désemparé. "Désemparé par quoi?" te demandes-tu, lecteur(trice) fidèle inquiet(e) de ma santé mentale et de ma capacité à finir le dossier James Bond qui traîne dans mon dossier "à écrire vite!"...

Donc, oui je suis désemparé. Je n'ai pas retrouvé le "feel good movie" tant vanté par la presse et les spectateurs, je n'ai pas été transporté par l'histoire de ce MacGyver de l'espace, bref j'ai pas accroché.

- C'est moche la 3D sans lunettes...

- C'est moche la 3D sans lunettes...

En 2013, Alfonso Cuaron nous invitait à un voyage intime et métaphysique dans son fabuleux Gravity. Un an plus tard, Christopher Nolan libérait la puissance de l'Amour dans le beau et prodigieux Interstellar. En 2015, c'est notre ami Ridley Scott qui s'y colle mais cette fois-ci, il y va à la cool. Après nous avoir foutu la trouille et lancé l'une des plus impressionnantes sagas SF du cinéma avec Alien, après nous avoir offert le chef-d'oeuvre Blade Runner et après s'être mis à dos une bonne partie de la critique et du public avec l'injustement boudé Prometheus, le réalisateur des récents et très bons Cartel et Exodus revient donc tâter de l'aventure spatiale avec The Martian, aka Seul sur Mars.

Ou, pour ma part, seul en salle.

Oui, c'est facile je sais. Mais je tenais quand même à la faire, donc pas touche c'est copyright.

- Si je retiens 3, ça fait 126...

- Si je retiens 3, ça fait 126...

Sympa, léger et plutôt bien rythmé : Seul sur Mars est un divertissement efficace. Et c'est tout. Le script de Drew Goddard (formé à l'écurie Joss Whedon et J.J. Abrams sur des séries telles que Lost, Alias ou Buffy The Vampire Slayer et réalisateur de La Cabane dans les bois) tient la route mais enchaîne de manière beaucoup trop mécanique les différentes péripéties qui tombent sur le coin de la figure du héros. Et encore, quand je dis "péripéties", je suis assez sympa tant le film fait preuve d'un niveau de suspense proche du zéro quant à la manière dont il va s'en tirer : c'est bien simple, dès le début tout est plié.

Après un entrée en matière pourtant efficace dans laquelle Mark Watney est abandonné et blessé, on assiste à la profession de foi du film : le héros s'adresse à nous et nous dit, en gros, qu'il ne faut pas s'en faire car il est botaniste et que donc, ça va aller.

Ok.

Sans aller jusqu'à voir Matt Damon se rouler par terre en hurlant à la mort de désespoir, j'aurai aimé sentir un peu de panique dans ses yeux, un peu de stress. Là, j'ai eu l'impression de voir un candidat de Fort Boyard face à une épreuve un peu plus tendue mais pas insurmontable non plus. Oui j'en conviens, le propos du film est de montrer un héros positif ou comme, je le disais plus tôt, un MacGyver de l'espace toujours prompt à se sortir des situations délicates avec le sourire et les cheveux au vent.

Ce que ne fera pas Matt Damon, vu qu'il a : 

a) un casque

2) les cheveux courts

Mais il manque clairement quelque chose qui implique le spectateur, un élément qui ferait du personnage de Matt Damon autre chose... qu'un personnage justement. Et c'est pas en nous collant du Donna Summer et du Abba qu'on va nous le rendre moins fade : Mark Watney est juste bon à nous expliquer comment faire pousser des patates sur Mars et à faire des trous sur un toit. Et à nous, spectateurs, d'assister aux déambulations d'une coquille vide qui nous assène de temps en temps un "le saviez-vous?" dont on se serait bien passé. 

Seul sur Mars, c'est un épisode de C'est pas sorcier en CinémaScope, en fait.

Avec un Jamy blockbusterisé.  

- Oh, mais il est où le suspense?..

- Oh, mais il est où le suspense?..

Fonctionnelle, la mise en scène de Ridley Scott ne va jamais au delà du minimum syndical : le papa de Gladiator sait toujours soigner ses cadres mais à la sortie de la salle, aucun moment ne restera gravé sur la rétine. Pour en revenir à Interstellar, j'en ai encore des frissons un an après rien qu'à l'évocation de certains morceaux de bravoure. Ici, rien à retenir.

Tout s'enchaîne tranquillement, déroulant avec un professionnalisme roublard la parfaite petite leçon de montage alterné, les moments de liesse à la fin du métrage (où d'un coup, on nous montre des gens qui tremblent pour le héros alors qu'on avait vu personne jusque-là... facepalm) et les moments de tension (oh, plus de patates) aussitôt désamorcés... Certains s'étaient un peu acharnés sur Scott au moment de la sortie d'Exodus, faisant état d'un réalisateur fatigué, incapable de nous impliquer dans une histoire vue et revue et manquant cruellement d'humanité : il y avait pourtant plus d'idées de mise en scène dans ce péplum somptueux et empli de noirceur que dans ce divertissement de fonctionnaire dont on peine à voir la touche de celui qui nous livra des oeuvres telles que Les Duellistes, Kingdom of Heaven ou bien encore La Chute du Faucon Noir.

"Dans l'espace, personne ne vous entendra crier" clamait haut et fort l'affiche de la première aventure de la belle Ripley : ici, on risque par contre de vous entendre soupirer. Je ne pensais pas en venir à dire ça mais Ron Howard (pourtant pas un grand génie de la caméra), dans le genre "grosse galère dans les étoiles", avait fait bien mieux avec son Apollo 13 en 1995.

- Oh, plus de patates...

- Oh, plus de patates...

Crédits photos et résumé : Twentieth Century Fox, France 3, AlloCiné.

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