007 SPECTRE - la critique

007 Spectre, écrit par John Logan, Neal Purvis, Robert Wade et Jez Butterworth d'après le personnage créé par Ian Fleming. Réalisé par Sam Mendes. Avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Christoph Waltz, Ralph Fiennes, Monica Bellucci, Ben Wishaw, Dave Bautista, Naomie Harris. USA/GB - 148mn. Sortie le 11 novembre 2015.

Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission très personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la très belle veuve d’un célèbre criminel. Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre. 
Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6, dirigé par M. Bond persuade Moneypenny et Q de l’aider secrètement à localiser Madeleine Swann, la fille de son vieil ennemi, Mr White, qui pourrait détenir le moyen de détruire Spectre. Fille de tueur, Madeleine comprend Bond mieux que personne… 
En s’approchant du cœur de Spectre, Bond va découvrir qu’il existe peut-être un terrible lien entre lui et le mystérieux ennemi qu’il traque…

Cette critique contenant quelques spoilers sur l'intrigue, il est recommandé de voir le film avant.

007 SPECTRE - la critique

Dire que 007 Spectre était attendu est un doux euphémisme : le triomphe critique et public du précédent volet des aventures de James Bond, le génial Skyfall, aura mis une belle pression sur les auteurs de ce 24ème opus, forcément amenés à faire au moins aussi bien.

Rebooté avec brio dans Casino Royale de Martin Campbell, malmené dans l'inégal Quantum of Solace de Marc Forster et enfin "reconstruit" dans le surprenant et intimiste Skyfall de Sam Mendes, le personnage créé par Ian Fleming se trouve aujourd'hui à la fois dans une position de force (les retours très positifs de la presse à propos de Skyfall ont amené un public plus large que les "simples" fans à se rendre au cinéma et à en faire le plus gros succès de la franchise avec pas moins d'un milliard de dollars de recettes au box-office international) mais également dans une position plus délicate quant à la direction à prendre.

La fin du précédent opus sonnait comme le bilan d'un arc amorcé six ans plus tôt dans Casino Royale : James Bond avait vu son domaine familial détruit et celle qui représentait sa figure maternelle, M, tuée. On avait plongé dans la psyché du héros, on avait révélé ses failles et ses blessures pour finalement l'amener à se révéler enfin tel qu'on l'avait toujours connu à travers les précédents films de la saga. Le final de Skyfall laissait donc entrevoir un retour vers une formule plus "classique" de l'aventure bondienne.

Le fait est que l'on pouvait pourtant légitimement se demander si les producteurs allaient vraiment prendre le risque de revenir vers quelque chose de plus basique alors que c'est justement l'approche différente insufflée sous l'ère Craig qui était saluée... On avait eu un début de réponse plus qu'enthousiasmant au moment où le titre du film fut dévoilé (voir la news) et titilla la fibre nostalgique de toute une horde de fans jubilant à l'idée de voir Bond affronter l'un des ses plus emblématiques adversaires, à savoir l'organisation terroriste S.P.E.C.T.R.E.

La chose était donc actée : 007, revenu d'entre les morts après une modernisation de sa narration, pouvait maintenant faire le lien avec ses aventures passées.

007 SPECTRE - la critique

Et ce pari, que l'on peut qualifier d'audacieux, est relevé haut la main. Pendant les deux premiers tiers de 007 - Spectre, les planètes sont bien alignées, les curseurs sont pointés dans la bonne direction... bref, ça fonctionne du feu de Dieu! C'est après que ça se gâte un peu. On en reparle un peu plus bas.

Les réussites de 007 - Spectre ? Elles sont légion et font honneur à tout un pan d'une mythologie exceptionnelle et intemporelle mais également à tout un pan du cinéma populaire que je vénère et dont j'aime tant parler. D'un point de vue formel, et en dépit du départ de Roger Deakins du poste de directeur de la photographie (revoyez Skyfall et savourez !), le film est d'une beauté et d'une classe folle grâce notamment à la lumière de Hoyte Van Hoytema (Interstellar de Christopher Nolan) qui nappe l'aventure de James Bond d'un superbe voile à la fois chaud et inquiétant, donnant une vraie et belle ampleur à des séquences tour à tour intimistes et raffinées (la séduction du personnage de Monica Bellucci, la scène du train avec 007 et Madeleine) ou spectaculaires (la poursuite nocturne en plein coeur de Rome, l'ouverture du film pendant la Fête de Morts à Mexico).

D'ailleurs, parlons-en de cette séquence d'ouverture.

C'est bien simple, c'est la meilleure du métrage et c'est certainement l'un des plus beaux prégénériques que la saga ait eu à nous offrir depuis ses débuts.

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C'est en effet par la grâce d'un plan-séquence absolument dantesque que Sam Mendes ouvre son 007 - Spectre et qu'il plonge le spectateur médusé en plein dans l'action : filature "aérienne" et virtuose au gré d'une caméra qui ne s'embarrasse d'aucune limite ou contrainte, explosion et effondrement d'un bâtiment et enfin combat dans un hélicoptère menaçant de s'écraser sur la foule...

On reste béat pendant quinze minutes de pur cinoche et on en ressort le souffle coupé, tout simplement!

La suite n'est bien sûr pas en reste et, entre une poursuite entre un 4x4 et un avion dans les montagnes autrichiennes, un mano à mano homérique et brutal dans un train, l'explosion d'une base secrète en plein Sahara et un final destructeur sur les ruines du MI6, Sam Mendes remplit parfaitement le quota spectaculaire de la franchise et s'affranchit sans peine de ce retour tant vanté vers l'ancienne formule bondienne, celle de l'aventure pleine de panache et d'adrénaline.

On ne nous avait donc pas menti, ce 24ème opus ressuscite bien l'esprit d'antan (le méchant a une base secrète !) et c'est un réel plaisir que de voir cette fibre nostalgique vibrer grâce à l'élégante mise en scène de Sam Mendes.

C'est fun, spectaculaire et il n'y a aucune raison de bouder son plaisir parce que oui, James Bond c'est aussi ça : on peut aimer le côté introspectif mis en place lors de cette "ère" Craig, ça n'empêche en rien de prendre son pied devant un 007 qui dézingue à tout va, qui fait de nouveau parler son flingue et ses poings et qui séduit les demoiselles en détresse !

007 SPECTRE - la critique

"Les morts sont vivants"

Si d'un point de vue formel, Sam Mendes réussissait brillamment à créer un lien entre aventure à l'ancienne à même de satisfaire les fans et mise en scène moderne, l'écriture joue elle aussi sur ces deux tableaux et se révèle souvent fascinante dans sa dualité, sa double lecture.

Comme je le mentionnais plus tôt, la séquence d'ouverture est clairement la meilleure du film, de par son ampleur visuelle donc, mais aussi et surtout parce qu'elle expose tout simplement la thématique qui sous-tend 007 - Spectre : ce retour sur le devant de la scène d'une icône déconstruite, ce retour à la vie d'un spectre. Et quoi de mieux pour illustrer tout cela que de faire apparaître James Bond costumé en squelette prenant en filature un homme entièrement vêtu de blanc, remontant le flot humain qui envahit les rues de Mexico ? Tel un fantôme revenu des morts, il fend la foule à contresens pour finalement se dévoiler dans son costume, en action, tel le 007 que l'on a toujours connu et aimé. Skyfall nous avait représenté un Bond, un mythe atteint jusque dans ses plus intimes fondements (sa maison d'enfance), 007 - Spectre le ressuscite une bonne fois pour toutes, tout simplement.

Et le film ne cessera par la suite de faire revenir devant nos yeux des personnages disparus (ou que l'on croyait disparus) afin de faire avancer une intrigue dont le moteur principal est la mort, qu'elle soit physique ou symbolique, que ce soit par le message de M qui lance Bond dans l'aventure, la veuve jouée par Monica Bellucci (magnifique), le retour de Mr White, la véritable identité d'Oberhauser...

007 SPECTRE - la critique

Comme le disait Moneypenny dans Skyfall, James Bond est "un vieux singe avec de nouvelles grimaces", un espion à l'ancienne au mode de pensée obsolète, à contre-courant et qui se doit d'évoluer s'il veut se montrer efficace face aux menaces d'aujourd'hui : dans 007 - Spectre, l'agent secret se trouve ainsi confronté à un ennemi venu de son passé en même temps qu'il se trouve menacé par un nouveau programme mis en place par C. (Andrew Scott, le Moriarty du Sherlock de Steven Moffat) destiné à remplacer la section 00 par un système de super-surveillance mondial.

Là aussi, le message est clair : vieille école vs espionnage moderne et technologique. Le thème n'est pas nouveau mais est traité avec efficacité et permet, avec l'un des aspects fondateurs du mythe bondien à savoir le fameux 00, de mettre en avant le facteur humain comme rempart à la toute puissante technologie : le double zéro est certes un permis de tuer (l'un des meilleurs films de la saga soi dit en passant...) mais c'est aussi un permis de ne pas tuer. Une question de point de vue comme le dit si bien Bond et qui prendra tout son sens lors d'un final plutôt atypique... 

Malheureusement, cette opposition, cette double lecture a aussi ses limites, notamment dans ce qui apparaît comme un artifice un peu grossier du scénario et qui fait se dégonfler l'aventure après deux tiers absolument excellents. En effet, en reliant le méchant du film (incarné par un Christoph Waltz qui prend un plaisir communicatif à en faire des caisses) au passé de James Bond, en en faisant une vraie némesis, intime et machiavélique, responsable de tous les malheurs vécus par notre héros, les scénaristes relient les différents points dispersés au gré des précédents épisodes (Casino RoyaleQuantum of SolaceSkyfall), concluent leur "saga au sein de la saga" en faisant de cette période Craig la première à jouer le feuilletonnant pur et dur.

Et se fondent dans le moule du blockbuster hollywoodien actuel où tout film ne semble être qu'un épisode en appelant un autre, un épisode de transition, une suite, etc...

Hunger Games, la trilogie The Dark Knight de Nolan, les films Marvel, Fast and Furious... tous ces films jouent la carte de la sérialisation et j'avoue que ce n'est pas très bien passé dans 007 - Spectre : le tout sonnait trop gros, trop artificiel au point de se demander si Waltz n'allait pas avouer qu'il était aussi responsable du dernier PV de Bond... N'est-on plus capable d'écrire un thriller d'espionnage qui se suffit à lui-même, sans chercher à vouloir absolument le raccrocher à ses prédécesseurs ?

Et c'est un fan de séries télévisées qui vous dit ça...

007 SPECTRE - la critique

Alternant le chaud et le froid, notamment via une écriture qui pêche par une ambition pas toujours maitrisée et un final qui aurait énormément gagné à être raccourci, 007 - Spectre ne réitère donc pas le petit miracle qu'était Skyfall. Il n'en reste pas moins un divertissement de haute volée, très fun, visuellement léché et porté par un Daniel Craig encore une fois génial : charismatique, sensible et impitoyable, l'acteur explose une nouvelle fois dans le rôle de 007 et retrouve le magnétisme de Timothy Dalton et de Sean Connery, les deux meilleurs interprètes du héros de Fleming.

Et si le final peut s'apparenter à un dernier tour de piste pour Craig, on se plaît à espérer qu'il endosse une nouvelle fois l'élégant costume du Commander Bond... Et peut-être venir tutoyer le meilleur film de la saga, celui qui mêle avec brio action, espionnage, romantisme tout en venant briser avec malice les codes de cette franchise : je parle bien entendu d'Au service secret de Sa Majesté.

En tout cas, merci Mr Mendes.

 

Crédits résumé et photos : MGM, Sony.

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