CREED - L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA - la critique

Creed, écrit par Ryan Coogler & Aaron Covington, d'après une histoire de Ryan Coogler. Réalisé par Ryan Coogler. Avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson. USA - 133mn. Sortie le 13 janvier 2016.

Adonis Johnson n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d'être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D'abord réticent, l'ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…

CREED - L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA - la critique

Les critiques, tant au niveau de la presse que du public, avaient beau être sacrément bonnes, on partait quand même un peu méfiant... On vantait l'interprétation exceptionnelle de Sylvester Stallone et la mise en scène inspirée de Ryan Coogler ? Oui, peut-être. Mais méfiants étions-nous. Oui, je parle comme Yoda et ça aura son importance dans quelques instants.

Donc, on partait méfiant alors que je disais un peu le contraire au moment où j'écrivais une news consacrée au film, il y a de cela deux mois (ici) ?.. Forme de schizophrénie ? Démence ?.. Non, rien de ça. C'est juste qu'entre le moment où j'ai écrit cet article et la sortie de Creed, un autre film franchement très bien reçu par les critiques est venu squatter les écrans : Star Wars - Le réveil de la Force de J.J. Abrams.

Et ce septième volet de la saga culte de George Lucas m'a déçu. Alors, quand un autre septième épisode d'une franchise elle-aussi née dans les années 70 et présente dans le coeur de millions de cinéphiles de par le monde, débarque sur les écrans précédé d'avis dythirambiques, moins d'un mois après la douche tiède produite par Disney : méfiant je suis.

CREED - L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA - la critique

Et bien, j'avais tort.

Parce que Creed réussit tout simplement là où le film de J.J. Abrams échoue : dans son rapport à une saga mondialement connue, dans son rapport aux fans, dans les émotions véhiculées. Bref, Creed est clairement la claque annoncée. Pardon, l'uppercut.

En nous amenant à suivre le combat d'un homme déterminé à écrire son propre destin, en nous contant une très belle histoire d'amour entre deux êtres beaux et simples et en portant un regard juste sur la société américaine et ses déséquilibres à travers une ville marquée par les difficultés économiques, Ryan Coogler renoue brillamment avec les éléments qui ont fait la force des meilleurs épisodes de la franchise, à savoir Rocky I, II et Rocky Balboa et fait de Creed un film tout simplement humain. Profondément humain même tant les émotions véhiculées sont d'une force, d'une puissance galvanisante. Si la trame narrative de ce faux spin-off semble beaucoup calquée sur celle du premier volet de la saga, Coogler et son co-scénariste ne jouent pourtant pas la carte de la facilité et de la fainéantise, bien au contraire : ils offrent à cette franchise que l'on croyait close après le bouleversant Rocky Balboa sorti en 2006 un nouveau chapitre absolument passionnant et qui ne se révèle jamais opportuniste. A une époque où des films comme A Good Day to Die Hard, Terminator Genisys ou, dans une moindre mesure, Jurassic World et Star Wars - Le réveil de la Force se montrent incapables de proposer autre chose qu'un simple coup de coude soi-disant complice dans les côtes des spectateurs, Creed fait l'effet d'une bombe par son écriture efficace et, c'est sûrement là l'une des plus grandes qualités de ce film qui n'en manque clairement pas, par son appropriation d'un univers tellement associé à son unique scénariste (Sylvester Stallone) qu'on imaginait pas que quelqu'un d'autre puisse en tirer un film aussi fort et sincère.

CREED - L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA - la critique

En se saisissant à pleines mains des thèmes de la filiation et de la transmission, très chers à Sylvester Stallone (Rocky V, Driven, Rocky Balboa), Ryan Coogler vise juste du début à la fin : la lutte d'Adonis pour s'affranchir du mythe que représente son père et mériter son nom, le passage de flambeau entre lui et un Rocky vieillissant et un peu "fané" qui va voir là l'occasion de se relever une nouvelle fois, l'effet de miroir que représente le double-combat mené par les deux héros... C'est bien simple, tout fonctionne du feu de Dieu ! Appuyé par une mise en scène solide et traversée de plusieurs fulgurances (le combat en plan-séquence, la façon dont la relation amoureuse entre Adonis et Bianca est traitée...), porté par une B.O. énergique qui rappelle le meilleur de Bill Conti, Creed ne serait néanmoins rien sans ses comédiens principaux. Et là...

Malgré ses excellents rôles dans The Wire ou bien entendu Fruitvale Station, on pouvait se demander si Michael B. Jordan était capable de porter sur ses épaules une franchise aussi lourde (comme son personnage serait-on tenté de dire...), notamment après un Fantastic Four tout miteux... Rengainez vos plumes assassines, il est parfait, imprimant chaque photogramme de son implication et de son enthousiasme. Et ne se laisse jamais bouffer par son partenaire.

Couronné par le Golden Globe du meilleur second rôle, nommé aux Oscar dans la même catégorie, Sylvester Stallone est tout bonnement ahurissant. On pensait qu'il avait déjà tout dit et tout montré dans le crépusculaire Rocky Balboa, il n'en est rien : véritable alter-ego pelliculé qu'il aura vu vieillir et qu'il aura accompagné avec une sincérité désarmante, ce rôle d'une vie offre une nouvelle fois à l'acteur l'occasion de prouver à ses détracteurs (qui ne voient en lui qu'un bourrin tout juste bon à distribuer des mandales) qu'il est bien un putain de comédien. Un vrai de vrai. Sa partition y est déchirante, vraiment. 

Avec Creed, Ryan Coogler a démontré de manière éclatante qu'il savait faire du cinéma populaire : l'oeil du tigre, il l'a clairement et Creed II, c'est quand il veut !

CREED - L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA - la critique

Crédits photos et résumé : MGM, Warner Bros. Pictures , AlloCiné.

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