Alors que sa diffusion s'achève très prochainement sur M6 (qui aura gratifié ses téléspectateurs de quelques coupes et quelques flous pour ne pas choquer mémé), petit retour sur ce que j'attendais justement comme... un grand retour.

X-Files is back baby !!! Yeah... mais est-ce que c'est groovy ?..

 

Comme je l'avais déjà dit dans un précédent article consacré aux 20 ans de la série créée par Chris Carter, X-Files (ou Aux frontières du réel pour des traducteurs qui avaient choisi l'espagnol en LV1) a indéniablement marqué ma sériephilie : attente démesurée entre chaque épisode, quête sans fin du moindre article consacré au show, posters sur tous les murs de ma chambre... Je vivais X-Files.

Et, contrairement à un Mulder ostracisé pour ses croyances, je n'étais pas le seul : la planète entière vibrait au rythme des aventures de nos agents préférés du FBI, cherchait les réponses aux questions lancées par un Chris Carter sadique et frissonnait de plaisir devant les histoires concoctées par des scénaristes entièrement dévoués à nous coller des nuits blanches chaque semaine. Pendant neuf saisons, David Duchovny et Gillian Anderson ont captivé des millions de téléspectateurs de par le monde en incarnant avec brio les rôles d'une vie.

Pour être honnête, on va plutôt dire : pendant quasiment neuf saisons. En effet, la série s'était achevée en 2002 dans une relative indifférence, loin de l'engouement médiatique des cinq premières saisons et le retour sur grand écran en 2008 s'était révélé un gros pétard bien mouillé, mou du genou et filmé avec les pieds. Un gros truc cheap franchement indigne d'une sortie ciné...

Finalement, Chris Carter décide de redonner vie à X-Files en offrant à ses personnages principaux l'écrin qui leur sied le mieux : la petite lucarne.

 

24 heures chrono, Heroes Reborn, La Fête à la Maison : 20 ans après... Bientôt Gilmore Girls, Prison Break, Twin Peaks, une nouvelle série Star Trek chapeautée par Bryan Fuller et peut-être même Charmed : pas de doute, la télé, à défaut d'originalité, a de la mémoire. L'annonce d'un retour d'un feuilleton aussi important que X-Files avait clairement suscité un enthousiasme mêlé de crainte : Chris Carter allait-il réussir son comeback et faire de ce pari une belle et franche réussite ? Allait-il remettre les affaire non-classées sur le devant de la scène et redonner à sa série la place qu'elle occupait jadias dans le coeur de milions de téléspectateurs ?..

La réponse est simple : non. Je suis bien embêté d'écrire ça mais X-Files saison 10, c'est pas top. Vraiment pas.

 

Et pourtant, comme un célèbre poster que tout le monde a eu au moins une fois dans sa vie, je voulais y croire. Pensez donc : Chris Carter aux commandes de SA série, David Duchovny, Gillian Anderson, William B. Davis, Mitch Pileggi de retour devant les caméras, Darin Morgan, James Wong et Glen Morgan à la rédaction des scénarios... Bref, toutes les planètes semblaient alignées pour prouver au monde entier que X-Files n'avait pas usurpé sa place dans le panthéon des séries télévisées et qu'elle pouvait encore être pertinente à notre époque. 

Pendant tout le premier épisode intitulé My Struggle, on y croit. Certes, on sent que Chris Carter (scénriste et réalisateur) y est allé à coups de forceps pour tout caser en 42 petites minutes, mais il y a ce petit truc qui fonctionne : le script nous plonge avec plaisir dans le complot si cher à la série tout en lui donnant une nouvelle envergure, et ce de manière plutôt habile, les acteurs retrouvent avec conviction les costumes qu'ils avaient rangé au placard il y a de cela plusieurs années et la mise en scène en retenue nous rappelle les bons moments passés devant notre écran de télévision dans les 90s. Une entrée en matière plutôt bien fichue, autant pour les fans de la première heure que pour les nouveaux arrivants et qui aurait dû être la clé de voute de cette entreprise de résurrection...

 

Je m'explique.

La volonté de Chris Carter d'alterner épisodes mythologiques et épisodes indépendants dans une saison 10 ne comportant que six épisodes correspond selon moi à la plus grande faiblesse de ce revival : cette formule qui a fait le succès de X-Files fonctionnait parfaitement à l'époque parce que les saisons étaient tout simplement plus longues (plus de 20 épisodes) et se construisaient lentement mais sûrement.

On attaquait avec un gros épisode mythologique (comme ici me direz-vous...) qui faisait suite à une fin de saison (ce qui n'est pas le cas ici...) elle aussi placée sous le signe de la conspiration et on enchaînait avec quelques épisodes indépendants, pas du tout moins intéressants mais au contraire là pour montrer les différentes facettes d'un show unique, capable de passer de l'horreur pure à la SF et au fantastique poétique en l'espace de quelques épisodes et rendre encore plus fortes les incursions mythologiques qui suivaient durant le reste de la saison. C'est ce que Chris Carter a reproduit ici : un épisode mythologique, quatre indépendants et une conclusion de nouveau liée au complot gouvernemental. L'idée est louable mais ça ne fonctionne clairement pas sur six petits segments, c'est beaucoup trop court. Avec My Struggle, cette saison 10 d'X-Files démarre fort et vite et il aurait ainsi été préférable de continuer sur cette lancée et proposer une intrigue 100% feuilletonnante afin d'exposer les tenants et aboutissants de cette nouvelle variation mythologique. Bref, j'aurai aimé voir une vraie construction dramatique qui aurait fait monter la pression avant de me mettre à terre avec un finale intense et explosif, comme aux grandes heures de la série.

Ainsi, avec une pression savamment mise en place, le dernier épisode intitulé My Struggle II n'aurait pas eu cet aspect précipité qui nuit à sa totale appréciation (et qui nuit à l'ensemble de la saison) : intéressant dans sa thématique et dans la manière dont il se révèle être un miroir à un premier épisode "propulsé" par Mulder, My Struggle II donne la part belle à Scully en la plaçant de manière convaincante comme une pièce indispensable du puzzle que Carter et ses complices nous donnent à voir mais rate le coche dans son exécution. Trop rapide, usant de raccourcis scénaristiques un peu gênants (même les analyses ADN dans CSI ne vont pas si vite...), cet épisode de conclusion donne l'impression d'avoir été tronqué, d'avoir été privé de son introduction et amène le téléspectateur à vérifier qu'il n'aurait pas manqué un truc en cours de route.

 

Bien entendu, faire une nouvelle saison 100% mythologique implique un risque certain... Quid des nouveaux téléspectateurs ? Vont-ils vouloir s'investir dans une série au passé si imposant, si complexe ? Chris Carter a beau avoir rebooté son intrigue avec une certaine intelligence, on imagine que la Fox a préféré jouer la prudence. Et au créateur de la regrettée Millennium (de laquelle il reprend d'ailleurs le final de sa saison 2 placé sous le signe de la pandémie... merci James Wong et Glen Morgan!) de proposer un menu best of, un catalogue un peu trop facile et fragile de tout ce qu'on peut faire avec X-Files (de l'horreur, de l'absurde, de l'émotion, de la paranoïa...) en lieu et place d'une résurrection que l'on attendait autrement plus palpitante et solide. Un constat d'autant plus rageant que ce retour n'est pas avare en très bons moments, qu'il s'agisse des deux épisodes mythologiques, d'une Gillian Anderson excellente, d'un segment très sympa signé James Wong et d'une intéressante réflexion sur l'absence de William (le fils de Mulder et Scully) et du rôile capital qu'il a à jouer, X-Files - saison 10 rate le coche.

Je suis un amoureux des feuilletons donc mon objectivité en prend un coup mais je pense sincèrement que l'orientation "mini-série" événementielle avec une seule et même intrigue de six heures aurait été préférable à ce coup de coude en direction des fans de loners.

Ben oui, moi aussi je suis un fan : alors pourquoi ne pas me faire plaisir à moi aussi ?..

 

Crédits photos : 20th Century Fox Television.

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