BATMAN v SUPERMAN : L'AUBE DE LA JUSTICE - la critique

Batman v Superman : Dawn of Justice, écrit par Chris Terrio et David S. Goyer. Réalisé par Zack Snyder. Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Amy Adams, Jesse Eisenberg, Gal Gadot, Diane Lane, Laurence Fishburne, Jeremy Irons, Holly Hunter. USA - 151mn. Sortie le 23 mars 2016.

Craignant que Superman n'abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l'affronter : le monde a-t-il davantage besoin d'un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d'un justicier à la force redoutable mais d'origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l'horizon…

BATMAN v SUPERMAN : L'AUBE DE LA JUSTICE - la critique

Alors que se profile à l'horizon le Captain America - Civil War des frères Russo (27 avril), une autre guerre civile fait actuellement rage : celle opposant les défenseurs de Zack Snyder (et de son boulot sur ce Batman v Superman attendu comme le Messie) à ses détracteurs, une nouvelle fois convaincus de l'absence totale de talent du metteur en scène de Watchmen. Et on peut dire sans exagérer DU TOUT que cette seconde catégorie est on ne peut plus représentée ! Descendu en flèches par la critique américaine, par une bonne partie de la critique française et moqué sur le Net à travers notamment le (malheureusement) fameux Sad Affleck, Batman v Superman : Dawn of Justice pourrait donner du grain à moudre à tout conspirationniste qui se respecte : pourquoi ce film s'en prend-il autant dans la tronche alors que certains poulains issus de la concurrence (Marvel pour ne pas le nommer qui est une propriété de Disney, pour ne pas la nommer non plus... tiens donc...) tels que Avengers 2 de Joss Whedon ou bien encore Ant-Man de Peyton Reed semblent bénéficier d'une bonne grosse dose de bienveillance alors qu'ils sont clairement plus mauvais que le blockbuster de notre ami Zack Snyder ? Hein, pourquoi ? Pourquoi un truc aussi insipide que Thor 2 n'a pas été conspué avec la même hargne que BvS ?

Qu'est-ce qu'il a fait Snyder pour mériter un tel traitement ? Il a publié la vidéo d'un chaton qui explose au ralenti ? Je ne vois que ça pour justifier la volée de bois vert qu'il se mange depuis la semaine dernière.

Ah oui, j'ai dit quelques phrases plus haut "notre ami Zack Snyder" : parce que oui j'adore le cinoche de Snyder (300, L'Armée des Morts, Watchmen, Sucker Punch) et que, malgré bon nombre de scories et d'imperfections, j'aime son Batman v Superman : l'Aube de la Justice.

 

BATMAN v SUPERMAN : L'AUBE DE LA JUSTICE - la critique

Forte d'une richesse à la fois visuelle et narrative assez hallucinante, la première partie de Batman v Superman : Dawn of Justice aligne les morceaux d'anthologie avec un timing de dingue : d'une intro revenant certes encore une fois sur le trauma fondateur de celui qui deviendra le Chevalier Noir de Gotham, à savoir le meurtre de ses parents, mais mise en scène avec toute la classe et l'insolente maîtrise de celui qui nous avait scotchés à nos fauteuils dès le sublime générique de son Watchmen à une séquence de cauchemar grandiose annonciatrice d'un futur apocalyptique qu'il nous tarde de découvrir, Zack Snyder fait de son blockbuster à 250 millions de dollars l'un des meilleurs films de super-héros vus sur un écran de cinéma depuis un petit moment, incontestablement l'un des plus puissants.

On avait beaucoup reproché à Man of Steel son (trop) long combat final où Superman semblait se contrefoutre des humains qui périssaient : cette responsabilité de ce dieu tout-puissant devient justement ici le moteur de la narration, le coeur des enjeux. Comment agir face à un être surpuissant tel que le fils de Krypton ? Peut-on réellement vénérer, sans jamais remettre en cause ses actions, un alien capable de nous anéantir en quelques instants ? Pour un individu tel que Batman, présenté ici dans une version plus mâture et plus désabusée que dans les versions précédentes du personnage, la réponse est claire : non. Il doit être détruit, tout simplement. Et à Snyder d'orchestrer avec brio une réflexion sur la place des super-héros face à une humanité en position de faiblesse, de réinvestir une nouvelle fois les thématiques qui le passionnent et qui prennent ici une nouvelle ampleur.

Et si cette lutte entre un sauveur venu d'ailleurs aux allures christiques mais capable de détruire l'Humanité en quelques instants et un vigilante humain, fatigué de sa croisade contre le crime et voyant dans le fils de Krypton une indéniable menace à éliminer coûte que coûte est bien entendu un énorme moment de jouissance pour tous les fans de comics, il n'en demeure pas moins qu'elle brille d'un écho politique indéniable, questionnant de manière détournée la position de l'Amérique dans le Monde (Superman) et sa peur de l'Autre (Batman).

Bien loin du fun-à-tous-les-étages mis en avant par Marvel (et qui a parfois tendance à livrer des oeuvres ronronnantes et désespérément plates telles que Thor 2 ou Ant-Man), cette thématique chère à Snyder (on se repenchera avec plaisir sur Watchmen pour voir à quel point son cinéma est aussi politique) se trouve au coeur d'une séquence d'introduction absolument dantesque, à savoir le final de Man of Steel du point de vue du sol, du point de vue des humains et en l'occurence du point de vue de Bruce Wayne, totalement impuissant face au carnage causé par le combat Superman / Zod. Zack Snyder nous balance ainsi comme hors d'oeuvre un gros morceau de cinoche sidérant de brutalité, captant avec une maestria qui laisse pantois l'effarement et la panique qui anime tout un chacun face à ce déferlement de fureur divine mais convoquant aussi et surtout une imagerie directement issue du trauma du 11/09, achevant ainsi de nous tétaniser pour de bon. 

Opéra de bruit et de fureur, de réalisme et de symbolisme, propulsé par une rage palpable et à laquelle Ben Affleck apporte une profondeur et une justesse de jeu hallucinante de charisme, Batman v Superman est une sorte d'oeuvre gargantuesque, se refusant à rentrer dans un moule disneyien devenu norme, impossible à arrêter et capable de nous cueillir via des moments d'émotion sacrément casse-gueule (je ne spoilerai pas cette histoire de prénom...) et qui pourtant fonctionnent parce que Snyder ne plie pas et assume pleinement ce jusqu'au-boutisme.

Vous l'aurez compris, une oeuvre forcément jouissive.

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Se refusant à rentrer dans un moule disneyien ? Se refusant presque devrions-nous plutôt dire...

Car, en voulant rattraper son retard quant à son univers étendu (là où Marvel s'apprête à lancer la phase 3 avec Civil War, Warner er DC n'en sont qu'à la première...), Batman v Superman : Dawn of Justice trébuche très clairement et atteint sa limite. Et comment pourrait-on l'en blâmer tant la tâche qui reposait sur les épaules de ce film paraissait insurmontable ? Devant à la fois servir de suite à Man of Steel, d'introduction au "nouveau Batman" et enfin d'épisode de lancement des futurs Justice League, BvS pâtit donc d'un sentiment de trop plein manquant malheureusement de fluidité dans son traitement. Ne bénéficiant pas de la grande classe avec laquelle Snyder nous amène à découvrir Wonder Woman (et dont le film solo est attendu pour 2017), les autres personnages faisant partie de l'univers DC et devant par la suite constituer la Justice League (l'équivalent des Avengers pour Marvel) sont ici lancés assez maladroitement... via des fichiers vidéos appartenant à Lex Luthor... Bref, de vrais petits teasers au sein-même du film qui cassent le rythme général et qui auraient été beaucoup plus à leur place en séquences post-générique (ça a très bien fonctionné pour Marvel) afin de donner un minimum envie de voir ces aventures solos mettant en scène Aquaman, The Flash ou bien encore Cyborg, et ce sans fragiliser la densité du métrage de Snyder.

A retenir tout de même dans cette introduction à l'univers étendu DC, et j'en parlais un peu plus tôt, le cauchemar de Bruce Wayne : mettant en scène une Terre du futur où Superman semble être devenu l'ennemi de l'humanité et où Batman (qui pète la classe dans son costume), aidé par une troupe d'hommes armés, se fait attaquer par des démons... que l'on imagine, le sourire et la bave aux lèvres, comme étant à la solde d'un des plus redoutables méchants de l'univers DC, Darkseid... Et là, par la grâce d'une mise en scène absolument géniale et redoutable d'efficacité, le contrat est rempli : on veut voir ça maintenant, tout de suite, sans attendre !

 

BATMAN v SUPERMAN : L'AUBE DE LA JUSTICE - la critique

Le voilà donc le fameux blockbuster laminé par la presse, cloué au pilori via des articles qui tiennent plus de la rage post-ado que de la critique (faut vraiment se les farcir les réflexions du genre : "Oh mais Batman, il tue ! C'est nul !"... Merci mon grand, tu vas me faire le plaisir de remater les Burton et on rediscutera après... Ou bien encore les "C'est le pire film de super-héros jamais fait !"... Merci encore mon grand mais tu vas me faire le plaisir de revoir Spawn) et qui semblait porter en son sein le pire d'Hollywood... Et bien, non.

Si je regrette l'introduction à la Justice League faite au forceps, un manque de fluidité dû à de trop grands enjeux pour tenir sur seulement 151 minutes et un combat final trop long, trop fouilli et noyé sous des CGI dispensables (réitérant ainsi le malheureux final de Man of Steel), Batman v Superman : Dawn of Justice déboîte bien comme il faut par son audace tant narrative que visuelle : la richesse thématique de l'oeuvre de Snyder trouve sa force décuplée par une mise en scène d'une ampleur sans commune mesure dans l'univers des films de super-héros et, porté par des comédiens excellents (notamment un Ben Affleck qui pourrait bien être le meilleur Batman vu sur un écran de ciné, tout simplement), permet de guetter avec une impatience non feinte le prochain jalon de l'univers DC.

Gageons également que le director's cut promis par Snyder, plus long de trente minutes, saura effacer ces vilains défauts, satisfaire les haters (bon ça c'est pas sûr...) et nous offrir la grosse claque tant espérée !

BATMAN v SUPERMAN : L'AUBE DE LA JUSTICE - la critique

Crédits photos et résumé : Warner Bros. Pictures, DC Comics, AlloCiné.

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