JASON BOURNE - la critique

Jason Bourne, écrit par Paul Greengrass & Christopher Rouse d'après les personnages créés par Robert Ludlum. Réalisé par Paul Greengrass. Avec Matt Damon, Alicia Vikander, Tommy Lee Jones, Vincent Cassel, Julia Stiles, Riz Ahmed. USA - 123mn. Sortie le 10 août 2016.

La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas...

En 2007, Paul Greengrass concluait brillamment la trilogie Bourne avec La Vengeance dans la peau, gros morceau de péloche de 116 minutes mené pied au plancher et amené à être maintes fois copié mais jamais égalé. Avec son héros flottant dans l'East River puis se mettant en mouvement sur la musique de Moby, le film bouclait la boucle : à la séquence inaugurale de la saga qui voyait le corps de Bourne inerte dans la mer (La Mémoire dans la peau - 2002), Greengrass répondait par un savoureux effet de miroir déformé et offrait enfin à son personnage les réponses à son mystérieux passé et la liberté tant recherchée.

Pourtant, en 2012, Bourne était de retour. Enfin, pas tout à fait. Même si Matt Damon et Paul Greengrass estimaient avoir tout dit dans les deux précédents volets et déclaraient qu'ils en avaient fini, Universal ne pouvait décemment pas laisser tomber cette si juteuse franchise : scénariste depuis le premier volet, Tony Gilroy se voyait donc confié la lourde tâche de perpétuer la saga... sans Jason Bourne mais avec Aaron Cross (Jeremy Renner), un autre super-agent qui se voit menacé suite aux événements survenus dans les films précédents. Résultat ? Un Jason Bourne : L'Héritage narrativement pas mauvais mais handicapé par une réalisation beaucoup trop sage et dont les résultats au box-office se révèleront plutôt mitigés.

Et puis, en 2014, le sourire revient, à la fois sur le visage des déçus par les aventures d'Aaron Cross et sur le visage des actionnaires d'Universal : Paul Greengrass et Matt Damon annoncent qu'ils sont partants pour revenir sur la franchise. Deux ans plus tard, Jason Bourne débarque sur les écrans. Verdict ?

JASON BOURNE - la critique

On aurait pu craindre le film de trop... On aurait pu craindre le blockbuster sans âme seulement là pour amasser la thune en capitalisant sur un nom et une franchise qui a ses fans... On aurait pu craindre pelin de choses, en effet. Mais toutes ces craintes s'envolent dès les premières minutes, dès les premières notes de musique : en quelques plans seulement, la mise en scène de Paul Greengrass vient nous frapper par son urgence et son rythme. Un gros plan, bam, un zoom, bam, plan large suivi d'un dézoom... La nervosité de la caméra de Greengrass, qui nous avait déjà collé au siège dans La Mort dans la peau, La Vengeance dans la peau mais également dans le trop sous-estimé Green Zone (porté lui aussi par un Matt Damon impeccable) nous attrape de nouveau et va s'évertuer avec une énergie absolument folle à ne jamais nous lâcher. Et là, ce n'est pas une formule à l'emporte-pièce : pendant deux heures, le rythme ne faiblit jamais.

Jamais.

Constamment en flux tendu, Jason Bourne rejoue avec un certain brio et une efficacité indéniable la partition qui a fait de la trilogie originale (je mets volontairement de côté l'épisode annexe de Gilroy, trop en deçà en comparaison de la claque qu'avait été La Vengeance dans la peau) une étape fondamentale dans le cinéma d'action moderne. Et de Greengrass un des ses plus brillants représentants.  

La captation de l'urgence, cette faculté de dingue à vous immerger dans un récit ou une action, cette façon jubilatoire de vous impliquer sont des ressorts directement issus du passé de documentariste de Greengrass : en les utilisant d'une manière aussi instinctive et rugueuse, au sein d'un cinéma de genre dont on peinait depuis longtemps à voir ressortir des noms aussi prestigieux que ceux de John McTiernan (Die Hard 1 & 3), James Cameron (Terminator 2, True Lies) ou Tsui Hark (The Blade, Time and Tide), le metteur en scène de Vol 93 et de Capitaine Phillips s'impose de nouveau, et de manière éclatante, dans la cour des grands. Et ce grâce à deux gros morceaux de bravoure dantesques : la première partie du film située à Athènes est un pur bijou de mise en scène d'une ampleur et d'une maîtrise ahurissantes. Avec sa caméra au plus près des corps, sa gestion incroyable de la foule et du chaos, Paul Greengrass imprime sur la pellicule un bon gros morceau de suspense qui laisse littéralement sans voix.  

Le deuxième morceau de bravoure de Jason Bourne, c'est sa poursuite en voiture finale. Oui, encore une poursuite comme dans les trois premiers. Oui, encore... Mais non, là Greengrass et son équipe de cascadeurs se lâchent et nous livrent une séquence de dingue, un festival de tôle froissée totalement et follement jubilatoire, monté à la perfection et atteignant quasiment le niveau des poursuites de La Mort dans la peau et La Vengeance dans la peau. A une époque où les effets spéciaux en dur se font de plus en plus rares, c'est un bonheur de se retrouver devant un spectacle qui fait la part belle aux cascades à l'ancienne. Un spectacle intense et viscéral qui ne s'est pas laissé aller aux CGI faciles : alléluia !!

JASON BOURNE - la critique

Vous l'aurez compris, le retour de Jason Bourne frappe très fort et ce malgré un scénario un poil faiblard comparé aux précédents opus. La manière de réintroduire Matt Damon dans l'histoire en lui ajoutant un nouveau trauma personnel n'est pas forcément l'option la plus folle mais le tout est mené sans aucun temps mort : pas de gras, pas de superflu, tout file droit. C'est de la bonne série B, carrée, efficace et qui se permet, via son intrigue qui se rapproche de celle du dernier James Bond Spectre, de questionner notre société et la course à la sécurité qui l'obsède ainsi que les collusions entre pouvoir et argent (commencer le film à Athènes en pleine émeute anti-gouvernementale et le finir dans la ville qui symbolise peut-être le mieux le capitalisme n'a sûrement rien d'anodin...). Emmené par un Matt Damon toujours nickel, un Tommy Lee Jones très bon et un Vincent Cassel franchement crédible en tueur sans pitié, Jason Bourne permet aussi de mettre en avant une nouvelle fois la sublime Alicia Vikander (déjà vue dans Des Agents très spéciaux de Guy Ritchie et surtout Ex-Machina d'Alex Garland), parfaite de froideur dans le rôle d'une agent de la CIA prête à tout pour ramener Bourne "à la maison".

Intrigue simple mais solide, scènes d'action nerveuses (le mano a mano final entre Damon et Cassel est bien brutal !), réalisation incroyable de maîtrise dans l'illustration du chaos et du désordre : la remise en route de la franchise s'avère haletante et épique et démontre avec brio que si Jason Bourne n'a peut-être pas (plus ?) sa place dans ce monde, nous nous avons désespérément besoin d'un héros de sa trempe. Un héros capable de réveiller un été cinématographique sacrément insipide...

Inutile de dire que le prochain volet, c'est quand ils veulent !

JASON BOURNE - la critique

Crédits photos et résumé : Universal Pictures, AlloCiné.

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