ROGUE ONE : A STAR WARS STORY - la critique

Rogue One : A Star Wars Story, écrit par Chris Weitz et Tony Gilroy. Réalisé par Gareth Edwards. Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendehlson, Donnie Yen, Mads Mikkelsen, Alan Tudyk, Riz Ahmed, Jiang Wen, Forest Whitaker. USA - 134 mn. Sortie le 14 décembre 2016.

Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

Les frissons qui remontent le long du dos, les poils des bras qui se dressent, un sourire béat et l'envie de se planquer sous les sièges pour se faire la séance suivante : c'est, après 134 minutes de pur bonheur, l'effet Rogue One.

Et dire qu'on ne l'espérait plus serait un euphémisme. Petit retour en arrière.

ROGUE ONE : A STAR WARS STORY - la critique

Lorsque Disney rachète Lucasfilm en octobre 2012 pour la somme de 4 milliards de dollars, le studio déjà propriétaire de Pixar et Marvel Entertainment frappe un très grand coup... suivi d'un deuxième :  le studio annonce un septième épisode pour 2015. Ainsi que deux autres volets pour 2017 et 2019. Une déclaration qui suscite alors pas mal d'inquiétudes... de même que celle qui nous annonce qu'il y aura des films isolés entre chaque épisode, regroupés sous le nom de Star Wars Anthology (maintenant réunis sous le bannière A Star Wars Story).

Que vont devenir ces héros qui ont traversé le temps et marqué au fer rouge des millions de personnes, toutes générations confondues ? Que va devenir la saga initiée en 1977 par George Lucas et devenue l'une des franchises les plus populaires de l'Histoire ? Va-t-elle se retrouver broyée par la machine Disney, marvelliséé au point de perdre toute sa saveur et ressembler au blockbuster lambda sorti la semaine précédente ?.. 

La suite, on la connaît : l'excellent J.J. Abrams (Lost, Star Trek Into Darkness) est engagé pour relancer la machine et explose les records au box-office international avec Star Wars : Le Réveil de la Force. Si ce septième épisode parvient sans mal à faire oublier les nombreux errements narratifs et visuels de la prélogie (terme désignant la nouvelle trilogie initiée par George Lucas en 1999 et formée de l'Épisode I : La Menace Fantôme, l'Épisode II : L'Attaque des Clones et l'Épisode III : La Revanche des Sith), il n'en reste pas moins une belle déception. Trop soucieux de bien faire, trop soucieux de ne pas se mettre les fans à dos et handicapé par sa déférence au matériau original, J.J. Abrams (qu'on avait pourtant connu plus inspiré au moment de rebooter la saga Star Trek) livre une copie impersonnelle et beaucoup trop sage. S'il convient de sauver les nouveaux personnages que sont Rey, Finn et le droïde BB-8, solides et attachants, cela n'empêche pas Le Réveil de la Force de sombrer dans la léthargie et d'accumuler les facilités scénaristiques (un script que l'on doit pourtant à Abrams et Lawrence Kasdan, clairement pas des manchots !) dès que Han Solo et la princesse Leia apparaissent... Bref, une belle douche froide.

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Alors bien entendu, l'idée de découvrir ce spin-off tout juste un an après n'avait pas forcément de quoi nous faire sauter au plafond. Et même si le réalisateur Gareth Edward (Godzilla) promettait un film vraiment différent, un ton plus sombre et mélancolique, on ne pouvait s'empêcher de se dire que Mickey n'allait pas laisser passer ça, qu'un produit non-standardisé ne cadrerait pas avec sa vision "globale" du divertissement, tels tous ces Marvel qui commencent à tous se ressembler avec leur photo grisâtre et leurs scripts interchangeables. Les excellentes bandes annonces avaient beau envoyer du lourd, on avait peur. Un état renforcé par les reshoots confiés à Tony Gilroy (Jason Bourne : L'Héritage) et qui sonnaient comme le "désaveu" de la vision d'Edwards...

On avait bien tort. Méchamment tort même : Rogue One est une grosse claque, d'une intensité et d'une maîtrise folle.

En s'affranchissant d'une bonne partie de l'ADN Star Wars (à savoir les Jedi, la Force et les Skywalker) et en s'attaquant à une intrigue dont on connaît l'issue (on sait que les Rebelles arriveront à voler les plans, c'est écrit dans le texte déroulant de l'Épisode IV), Gareth Edwards s'offre paradoxalement une liberté dont il profite à chaque instant. Dès les premières minutes, où le père de l'héroïne est emmené par une escouade de l'Empire afin qu'il finisse de construire l'Étoile Noire, le ton est donné : caméra à l'épaule, brusque et heurtée, ambiance sombre et inquiétante... le spectateur est sorti de sa zone de confort en quelques secondes. Finis les mouvements de caméra amples de la première trilogie, finis les plans pétés de numérique et sans âme de la prélogie... Gareth Edwards place d'entrée de jeu sa volonté rebelle de casser le moule et ça fait un bien fou : si le titre Rogue One désigne le nom que se donne le commando-suicide du film, il désigne également le metteur en scène lui-même, totalement à contre-courant, à part des canons star warsiens.

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Brillamment exécutée, la première partie nous plonge dans un monde totalement nouveau : un monde en guerre. Et à ce niveau-là, le réalisateur de Godzilla n'avait pas menti (même si on peut se demander ce qui a été atténué par les reshoots opérés par Disney et Gilroy) : le film suinte le désespoir et la violence. Entre une Alliance Rebelle désorganisée et affaiblie par des actions qui ne mènent à rien, et dont les membres commencent à ressentir la culpabilité d'avoir eu à se salir les mains au moins autant que ceux qu'ils combattent (excellent personnage de Cassian interprété par Diego Luna), une Force qui n'existe plus que dans l'esprit de ceux qui y croient (très bon Donnie Yen) et un Empire bouffé par les luttes intestines et dont la soi-disant volonté de pacification de l'Univers tient surtout du totalitarisme le plus brutal, le ton n'est franchement pas à la rigolade. Et ça n'ira pas en s'améliorant.

Face à cet environnement anxiogène et violent, la faction rebelle qui se forme afin d'aller voler les plans de l'Étoile Noire provoque une forte empathie de par son évidente infériorité numérique face à l'imposante armée de l'Empire mais surtout de par sa "simplicité". En effet, qui sont-ils pour oser et espérer vaincre l'Empire et son armada ? La réponse est claire et claque comme une terrible évidence : des hommes, tout simplement. Aucunement destinés à sauver la galaxie ou désignés par une prophétie millénaire comme des "Élus". Non, tout simplement des individus avec leur failles. Magnifiquement captées par une caméra au plus près des corps et des émotions, ces faiblesses et ce bien funeste destin qui se dessine provoquent une empathie telle qu'on en avait pas ressentie depuis notre première rencontre avec Luke, Han ou la Princesse Leia.

Et de permettre à Rogue One d'offrir des moments réellement poignants et d'une rare intensité (je ne suis pas prêt d'oublier ce final sur la plage...).

ROGUE ONE : A STAR WARS STORY - la critique

Passée une première partie où Gareth Edwards développe lentement mais sûrement les thématiques qui sous-tendent son projet, à savoir la rébellion face à l'oppression, la notion de sacrifice et où les personnages, confrontés à leurs conflits intérieurs (c'est un drame personnel, intime qui va amener Jyn Erso à se soulever contre l'Empire), gagnent une épaisseur qui faisait défaut à l'Épisode VII signé Abrams, Rogue One enclenche la seconde et emmène le spectateur dans un final tout simplement hallucinant. En convoquant l'imagerie guerrière de films comme Platoon ou encore Apocalypse Now, en orchestrant une bataille ahurissante de maîtrise et se déroulant sur trois espaces (la terre, le ciel et l'espace), Edwards retrouve la géniale démesure qui avait fait de son injustement décrié Godzilla un spectacle exceptionnel. Brutalité des combats, mise en scène au diapason qui, entre de subtils jeux d'échelle et des plans d'une beauté renversante (le AT-AT qui sort de la brume !!), emmène la saga de George Lucas vers des sommets qu'on ne pensait plus la voir atteindre. On entend ici et là que Rogue One serait le meilleur Star Wars depuis L'Empire contre-attaque... Et bien oui, sans aucun doute.

En apportant une rugosité et un ton dépressif à une franchise qui, par un abus d'effets numériques (la prélogie) et une absence de prise de risque (le dernier épisode en date), avait perdu l'âme qui constituait le sel et le pouvoir toujours intact de la trilogie originale, Gareth Edwards réussit avec brio ce pari totalement fou : réinventer Star Wars. Faut en avoir des cojones pour s'imaginer faire ça : Edwards l'a fait.

Et quand, de surcroît, on se permet de redonner à l'un des plus grands méchants de l'Histoire, si ce n'est le plus grand (Darth Vader, je parle de toi...) toute sa puissance, son aura en quelques plans iconiques en diable et qui feront bondir de joie tout fan normalement constitué (la fin, bon sang... la fin !), on peut affirmer sans détour que la magie est toujours là. Intacte et bien vivante.

Vivement l'Épisode VIII, signé du petit prodige Rian Johnson (Looper, Brick) !

ROGUE ONE : A STAR WARS STORY - la critique

Crédits photos et résumé : Lucasfilm Ltd., Walt Disney Motion Pictures, AlloCiné.

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