THE BIRTH OF A NATION - la critique

The Birth of a Nation, écrit par Nate Parker, d'après une histoire de Jean McGianni Celestin & Nate Parker. Réalisé par Nate Parker. Avec Nate Parker, Armie Hammer, Colman Domingo, Aja Naomi King, Penelope Ann Miller. USA/Canada - 120 mn. Sortie le 11 janvier 2017.

Trente ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un esclave cultivé et un prédicateur très écouté. Son propriétaire, Samuel Turner, qui connaît des difficultés financières, accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, et en avoir lui-même souffert avec son épouse, Nat conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté…

THE BIRTH OF A NATION - la critique

Si le titre du film de Nate Parker résonne bien entendu comme un écho vengeur à celui de David W. Griffith (The Birth of a Nation - 1915), fresque épique à la mise en scène prodigieuse mais à l'idéologie raciste et ségrégationniste assez nauséabonde, il se veut surtout comme un miroir tendu à l'Amérique d'aujourd'hui : une nation qui s'est forgée dans le sang, la violence et l'asservissement d'êtres humains. L'importance du message de Nate Parker sonne comme une évidence dans une période aussi troublée pour les États-Unis, en proie à de très forts conflits raciaux et dont les récents et tragiques événements (les émeutes de Ferguson, la tuerie dans une église de Charleston en 2015...) prouvent que la fracture ne semble pas sur le point de se refermer : l'Amérique est, encore et toujours, malade de son passé.

L'industrie hollywoodienne, jamais en reste lorsqu'il s'agit d'interroger et disséquer l'Histoire de son pays, s'est dernièrement beaucoup penchée sur la question de l'esclavage au travers de séries comme Underground (diffusée sur WGN America), le remake de Racines (History) ou bien entendu de films comme Django Unchained de Quentin Tarantino ou 12 Years A Slave de Steve McQueen. Précédé d'un très fort buzz (la longue et douloureuse gestation du film par Nate Parker - il lui aura fallu sept ans pour réussir à monter le projet-, standing ovation au Festival de Sundance) lui conférant une aura toute particulière, The Birth of a Nation, en contant l'histoire vraie de Nat Turner, s'annonçait comme LE film-référence et essentiel sur l'esclavage. 

Pourtant, et je n'apprendrai rien à personne sur ce coup-là : les bonnes intentions ne suffisent pas.

 

THE BIRTH OF A NATION - la critique

En effet, si l'on ne peut que louer la volonté farouche de Nate Parker (acteur, producteur, scénariste et réalisateur de The Birth of a Nation) de balancer au visage de l'Amérique les horreurs commises en son sein, on ne peut également que constater, malheureusement, la pauvreté de l'ensemble. D'un sujet potentiellement fort, à savoir comment la lecture des textes religieux et l'instrumentalisation qui en est faite peut aussi bien amener à cautionner de manière "divine" l'esclavage qu'appeler à la révolte, Nate Parker ne tire rien : aucun questionnement réel sur la foi et ce qui pourrait relever, in fine, du fanatisme religieux, aucune subtilité dans le traitement de la violence (celle des esclavagistes est à vomir tandis que celle des esclaves est à encourager, point barre)... Quand on voit le dernier film de Mel Gibson (Tu ne tueras point) et son passionnant questionnement sur ces deux sujets, on se met à regretter encore plus amèrement le vrai regard d'un cinéaste.

Quel rapport avec Gibson ? Tout simplement qu'il apparaît impossible de ne pas voir planer sur The Birth of a Nation l'ombre de Braveheart, puissante épopée barbare et cri de révolte poignant à laquelle le film de Nate Parker tente désespérément de ressembler.

En vain.

THE BIRTH OF A NATION - la critique

Avec son montage paresseux, sa mise en scène pataude traversée de rares instants de cinéma (le prologue ou la séquence de la bougie) et sa musique en mode "pleurez, y'a des violons !", The Birth of a Nation rate également le coche sur sa forme et se révèle très loin de la grande fresque historique exaltante espérée. Nate Parker tente bien de bousculer le spectateur avec quelques moments chocs, à la violence frontale et radicale mais l'ensemble ne prend jamais vraiment, la faute à un manque d'identification avec les personnages, trop stéréotypés pour pleinement convaincre.  

Ainsi, quand arrive la bataille finale, celle qui se veut comme l'expression physique de la volonté divine à laquelle obéit le héros Nat Turner, celle supposée mettre un terme à l'épopée que l'on vient de nous conter... rien. Pas d'émotion (ou si peu) car rien ne nous a fait attendre, espérer cette décharge : on assiste, un peu indifférent, à une révolution qui s'achève aussi rapidement qu'elle a commencé. En clair, il manque un souffle, un élan dans lequel on aimerait être embarqué avec la même ferveur que celle qui habite son acteur/réalisateur. 

Là aussi, on pense très fort à Braveheart (modèle avoué et revendiqué) et à la puissance incroyable de sa mise en scène ou encore au lyrisme bouleversant de 12 Years A Slave... Et on pleure : déjà parce qu'on s'en veut de ne pas aimer plus que ça un film au propos pourtant si essentiel et qui semble porté le plus sincèrement du monde par son auteur mais aussi, et surtout, parce qu'un sujet aussi grave que l'esclavage mérite d'être traité par un vrai cinéaste. Ce que Nate Parker, malgré ses bonnes intentions, n'est pas...

Crédits photos et résumé : Fox Searchlight Pictures, AlloCiné.

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