LOVING - la critique

Loving, écrit et réalisé par Jeff Nichols, d'après The Loving Story de Nancy Buirski. Avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon. USA/Grande-Bretagne - 123 mn. Sortie le 15 février 2017.

 

Mildred et Richard Loving s'aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu'il est blanc et qu'elle est noire dans l'Amérique ségrégationniste de 1958. L'État de Virginie où les Loving ont décidé de s'installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu'il quitte l'État. Considérant qu'il s'agit d'une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu'à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l'arrêt "Loving v. Virginia" symbolise le droit de s'aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine.

 

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J'ai découvert le cinéma de Jeff Nichols avec son prodigieux Take Shelter, réflexion passionnante et hallucinée sur la fin du monde, et ses deux films suivants ont confirmé avec une force rare toute l'importance de ce jeune metteur en scène dans le paysage américain : Mud, conte initiatique d'une beauté stupéfiante et surtout Midnight Special, subtile interrogation sur la paternité et la peur irriguée du meilleur du cinéma de Steven Spielberg et de John Carpenter. Ceux qui me lisent régulièrement ont d'ailleurs pu voir que Midnight Special trônait fièrement en première position de mon Top 10 2016.

Inutile donc de s'étendre sur l'état d'excitation qui était le mien lorsque les lumières se sont éteintes et que le premier plan du nouveau film mis en scène par Jeff Nichols, Loving, est venu frapper l'écran...

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Après le pataud The Birth of a Nation de Nate Parker et en attendant le Fences de Denzel Washington, c'est donc au tour de Jeff Nichols de plonger dans l'Histoire de l'Amérique et de ses démons, à savoir la ségrégation raciale. Mais, à une actualité récente (les émeutes de Ferguson) qui n'a malheureusement cessé de nous rappeler que la lutte pour l'égalité est un combat bien loin d'être achevé, Jeff Nichols répond par un récit loin de toute colère et nourri du plus beau des sentiments : l'amour. Celui que se portent un homme et une femme, tout simplement.

Scrutant le moindre regard, le moindre geste, Nichols ne laisse jamais Richard et Mildred sortir de son objectif : qu'il les filme au coeur des grandes étendues du Sud de la Virginie ou bien dans leur appartement de Washington, au sein de leurs familles ou dans leur intimité la plus pure, Nichols semble vouloir préserver les Loving du monde extérieur et des bouleversements qui y ont lieu. La lutte pour les droits civiques ou le racisme sont ainsi à peine effleurés par Nichols car, comme dans ses précédents travaux, c'est le cocon familial qui intéresse le metteur en scène. Par la force de l'intimité, le réalisateur de Mud entend faire ressortir l'universalité du propos.

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Malheureusement, passée la beauté de cette histoire d'amour d'une simplicité et d'une humilité désarmantes, et au delà d'une mise en scène qui respire une nouvelle fois l'héritage gracieux des plus grands cinéastes classiques hollywoodiens (John Ford en tête), le film ne parvient jamais vraiment à décoller. Principalement par manque d'implication et par manque de souffle .

Chaque plan, chaque scène semblent ainsi avoir été conçus sous le précepte de la retenue avec pour fâcheux résultat de laisser le spectateur sur le bas-côté, touché certes par le combat de ce couple mais jamais vraiment ému. En voulant éviter le mélo larmoyant, Jeff Nichols pousse le curseur à l'extrême opposé : trop épurée, trop illustrative serait-on même tenté de dire, sa mise en scène ne réveille jamais les émotions incroyables qui nous avaient pris à la gorge à la vision de Mud ou Take Shelter, ou encore plus certainement de Midnight Special, chef d'oeuvre absolu du serrement de coeur.

De même, en se focalisant entièrement sur son couple, et en mettant de côté leur combat judiciaire au profit d'un combat du quotidien, Jeff Nichols se prive d'une ampleur qui aurait permis au film de sortir d'une certaine torpeur : s'il évite par ce parti-pris les écueils du film-dossier à charge blindé de violons larmoyants, il rate selon moi la portée politique du cas Loving et de l'impact que leur lutte a pu avoir. Pourtant emmené par les prodigieux Joel Edgerton (Strictly Criminal) et Ruth Negga (Marvel's Agents of SHIELD), Loving se révèle donc comme une petite déception de la part d'un des auteurs les plus passionnants du cinéma actuel : si le film s'inscrit dans les thématiques abordées par ses précédents films, il n'en reste néanmoins que trop sage, bien loin de l'originalité qui prévalait dans ses travaux antérieurs.

 

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Crédits photos et résumé : Focus Features, AlloCiné.

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