LOGAN - la critique

Logan, écrit par Scott Frank & James Mangold et Michael Green, d'après une histoire de James Mangold. Réalisé par James Mangold. Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, Richard E. Grant, Stephen Merchant. USA / 137mn. Sortie le 1er mars 2017.

Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

 

LOGAN - la critique

Avec une année 2016 marquée par le très surestimé Captain America - Civil War, le franchement pas top Deadpool, l'inoffensif et très oubliable Doctor Strange et surtout le calamiteux Suicide Squad, on avait un peu eu tendance à oublier que les films de super-héros pouvaient aussi être de belles et franches réussites. Sans forcément remonter jusqu'au magnifique SpiderMan 2 de Sam Raimi, la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan ou encore les volets de la saga X-Men mis en scène par Bryan Singer (X-2, Days of Future Past ou même l'injustement boudé Apocalypse) ne cessaient de se rappeler au bon souvenir de spectateurs qui désespéraient un jour de revoir des adaptations de comic books avec un minimum de travail d'écriture et de mise en scène. Alleluia ! Après son très bon boulot sur Wolverine - Le Combat de l'Immortel, James Mangold rempile pour Logan... et signe une véritable petite bombe, tout simplement. 

Retour sur cette réussite qu'on n'espérait plus.

LOGAN - la critique

Réalisateur des très bons Copland, Identity ou Walk the Line, James Mangold est également connu des cinéphiles pour son remake absolument remarquable de 3h10 pour Yuma avec Christian Bale et Russell Crowe dans les rôles principaux, un western à l'ancienne subtil et sincère malheureusement boudé par le public lors de sa sortie en salles : toujours soucieux de ses personnages et de leur psychologie, capable de tenir son récit sans jamais lasser et en évitant toute surenchère, sachant mettre en boîte des séquence d'action d'une redoutable efficacité et désireux de livrer un spectacle visuellement splendide (le Scope est à tomber), James Mangold s'y révélait comme un très solide artisan, un raconteur d'histoire au langage cinématographique directement hérité du classicisme hollywoodien.

Un peu débarqué au dernier moment sur le projet Wolverine - Le Combat de l'Immortel, deuxième épisode solo du personnage issu de la franchise X-Men, il s'en était sorti avec les honneurs notamment dans une première partie mémorable, centrée sur son personnage principal et ses traumas et shootée avec une énergie et une rigueur communicative (la séquence d'action au Japon est un petit bijou à mes yeux). Si la suite tombait malencontreusement dans les travers des films de super-héros qu'il avait jusque-là réussi à brillamment éviter, à savoir un troisième acte prévisible et un climax assez raté, Le Combat de l'Immortel laissait toutefois entrevoir de très belles promesses quant à l'orientation plus noire voulue par Mangold et son comédien Hugh Jackman. Quatre ans plus tard, et alors qu'ils sont cette fois-ci maîtres du projet de bout en bout, les promesses nous explosent à la figure à la faveur d'un film radical, brutal et profondément émouvant.

Une claque dans la gueule, quoi.

LOGAN - la critique

En tournant le dos à tout ce qui se fait actuellement dans le genre du blockbuster super-héroïque, James Mangold frappe juste : pas de surenchère visuelle à base de grosses bastons numériques totalement impersonnelles (Avengers : Age of Ultron), pas de multiplication des personnages juste là pour avoir 10 minutes de gloire et qui ne servent sinon à ralentir l'intrigue (Captain America - Civil War), pas d'intrigues interchangeables (Iron Man/Doctor Strange) où les enjeux se résument à sauver le Monde et à empêcher qu'in gros truc ne tombe du ciel pour tous nous anéantir (Avengers, Thor 2, Les Gardiens de la Galaxie...). Bref, Logan trace sa propre route. Celle du resserrement : sur l'histoire, sur les émotions, sur l'humain. Une volonté à laquelle le premier plan du film, un gros plan sur le visage fatigué de Logan, allongé à l'arrière d'une voiture et qui se fait réveiller par une bande de voleurs, répond comme une véritable note d'intention : comment un individu "éteint", perdu dans sa noirceur et son aigreur va se retrouver chahuté par les événements extérieurs.

LOGAN - la critique

Étendues désertiques, rappel récurrent de la frontière à atteindre, citations directes (L'Homme des Vallées Perdues de George Stevens)... On peut le dire, Logan est un western. Abordant avec une justesse et une profondeur rarement atteintes dans la saga X-Men, et encore moins dans les blockbusters récents, des thématiques aussi passionnantes que la vieillesse, la rédemption, la violence ou encore la filiation, James Mangold emporte le film vers des rivages inédits et foncièrement jouissifs, rappelant à de nombreuses occasions le somptueux Impitoyable de Clint Eastwood, western crépusculaire et mortifère aux allures de testament. Dernier des grands cinéastes classiques hollywoodiens, Eastwood laisse son ombre bienveillante planer sur le projet Logan, le nappant d'une âpreté, d'une rugosité assez hallucinante... et sacrément bienvenue : corps abîmés et meurtris, âmes en peine et explosions de violence radicales, Logan va très loin. Enfin, serait-on tenté de dire tant on désespérait de voir un Wolverine aussi bestial, aussi sauvage traverser l'écran au gré de séquences d'action estomaquantes, renversantes.

Entièrement motivé par l'idée d'offrir au personnage de Logan une sortie digne de ce nom, au sein d'un VRAI film, c'est-à-dire avec une photo somptueuse, un score qui déchire, des acteurs investis et un scénario solide... Des notions pourtant basiques qui se retrouvent malheureusement de moins en moins dans les blockbusters pétaradants et sans âme dont les studios semblent vouloir sans cesse nous abreuver. Là, on ne peut que saluer la Fox d'avoir donné carte blanche à James Mangold et Hugh Jackman : les deux compères donnent tout, mettent leurs tripes sur la table et accouchent d'une oeuvre profonde, viscérale et bouleversante.

LOGAN - la critique

Jamais depuis la magnifique conclusion apportée par Christopher Nolan à sa trilogie The Dark Knight on avait ressenti autant d'intensité, autant d'ambition au sein d'un genre qui se repose trop souvent sur ses acquis au détriment de l'inventivité et de la réflexion qui devraient être ses principaux moteurs. Après 17 ans de bons et loyaux services au sein de la franchise X-Men, c'est avec une émotion non feinte que l'on fait nos adieux à Hugh Jackman : l'interprète génial de Wolverine aura toujours su donner le meilleur, même dans des opus clairement moins bons (X-Men 3, X-Men Origins : Wolverine), et Logan ne saurait être plus belle conclusion à son implication sans faille. Il s'y montre tour à tour fragile, brisé, violent, bestial mais plus que jamais touchant ; ses interactions avec un très grand Patrick Stewart et une prodigieuse Dafne Keen (cette gamine est juste incroyable !) font de ce road-movie barbare un superbe voyage au coeur de l'intimité et l'un des plus beaux films de la saga X-Men.

Et ce dernier plan, d'une simplicité et d'une beauté affolantes (résonnant parfaitement avec celui d'ouverture, la sérénité se substituant au chaos) : quel film, bordel !!

There's a man goin' 'round takin' names

An' he decides who to free and who to blame

Everybody won't be treated all the same

There'll be a golden ladder reaching down

When the man comes around

 

LOGAN - la critique

Crédits photos et résumé : Marvel, Twentieth Century Fox, AlloCiné.

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