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Publié par Sébastien Mardelay

ALIEN : COVENANT - la critique

Alien : Covenant, écrit par John Logan & Dante Harper, d'après une histoire de Jack Paglen & Michael Green. Réalisé par Ridley Scott. Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Danny McBride, Billy Crudup, Carmen Ejogo, Demian Bichir. USA / 123 mn. Sortie le 10 mai 2017.

Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

 

ALIEN : COVENANT - la critique

1979. Sortie d'Alien : un jeune réalisateur britannique, Ridley Scott, balance à la face du monde entier l'un des monstres les plus effrayants de l'Histoire du cinéma. Née de l'imagination du scénariste Dan O'Bannon (Dark Star de John Carpenter) et du designer H.R. Giger (La Mutante), cette créature extraterrestre lancée aux trousses de l'équipage d'un vaisseau spatial aura fait cauchemarder des millions de spectateurs à travers le monde, permis à Ridley Scott de devenir l'un des metteurs en scène les plus influents d'Hollywood et mis en en place un univers riche et foisonnant, via trois suites sorties respectivement en 1986 (Aliens de James Cameron), 1992 (Alien 3 de David Fincher) et 1997 (Alien, la résurrection de Jean-Pierre Jeunet) mais également via des jeux vidéos (Alien : Isolation), des romans ou des comics.

Trente ans plus tard (et après que les honteux Alien vs Predator et Alien vs Predator : Requiem aient pollué les écrans du monde entier...), le papa de la franchise, Ridley Scott en personne, retourne aux fourneaux avec l'excellent Prometheus, un prequel signé Jon Spaihts (Passengers, Doctor Strange) et Damon Lindelof (Lost, À la poursuite de demain) revenant sur les origines du monstre et de l'Humanité elle-même à travers une intrigue passionnante questionnant la foi et la création. Malheureusement, ce péplum galactique mâtiné d'horreur et d'interrogations philosophiques reçoit un accueil mitigé de la part d'une bonne partie de la critique et du public. Ce qui ne l'empêchera pas pour autant de récolter près d'un demi milliard de dollars de recettes de par le monde : une suite est ainsi mise en route dès 2012, avec toujours Ridley Scott aux commandes... D'abord intitulée Alien : Paradise Lost, cette suite du prequel (vous suivez ?) se voit finalement renommée Alien : Covenant et se voit confiée la lourde tâche de redonner espoir à tous les déçus de Prometheus tout en faisant le pont entre ce dernier et le film original Alien...

Verdict ?

ALIEN : COVENANT - la critique

À la sortie de la salle, c'est une drôle de sensation qui nous envahit : celle de l'incertitude. On a aimé ou pas ? En fait, pour être honnête, ce sentiment d'incertitude quant à savoir quoi penser du nouveau bébé de Ridley Scott s'est fait ressentir dès la projection, au fur et à mesure que les idées géniales et les réflexions passionnantes autour de la création et de l'évolution alternaient avec des moments bas du front et un poil honteux (la séquence de la douche...) : Alien : Covenant cultive tellement bien l'entre-deux qu'il est difficile de se faire un avis catégorique.

Tout avait pourtant si bien commencé.

De l'introduction sous forte influence kubrickienne (2001, l'Odyssée de l'espace) reprenant avec un certain brio les thématiques mises en place par Prometheus (la relation créateur/création) à la découverte du nouvel équipage amené à combattre la créature, en passant par l'exploration somptueuse d'un décor inédit dans la saga (la forêt), le premier tiers d'Alien : Covenant flatte la rétine et le cerveau dans une sorte de mix parfait entre les pistes lancées par Prometheus et le côté série B du film original.

Sans aucun temps mort, superbement rythmé et laissant filtrer un pur sentiment de gêne et de peur... il nous faut peu de temps pour nous laisser embarquer dans l'entreprise de réappropriation assez jubilatoire de Scott : son sens du cadre, ses plans d'une beauté renversante (le Covenant déployant ses voiles, l'arrivée sur la planète...) et  sa science du suspense font oublier les réserves que l'on pouvait avoir sur certains aspects de Prometheus, notamment son scénario pas toujours très bien structuré et manquant parfois de souffle (je dis ça pour chipoter, j'aime beaucoup le film) et on attend avec fébrilité le premier gros choc horrifique. Parce que oui, on n'est pas là (que) pour jouer les Nietzsche en goguette, on est aussi venu pour que ça charcle !

Et bim, ça ne rate pas : contamination, stress, mutation, bestiole prête à s'extraire (violemment, cela va sans dire...) de son hôte... En une séquence de vingt minutes hardcore, Ridley Scott se lâche et nous propose de contempler ce qu'est un blockbuster à plus de 100 millions de dollars bien brutal : caméra à l'épaule nerveuse, montage cut oppressant et explosion dorsale ultra-saignante. Le cocktail SF/horreur concocté par le réalisateur de Blade Runner prend une tournure vénère et on redemande sans hésiter !

ALIEN : COVENANT - la critique

Mais c'est malheureusement à partir du deuxième acte que les choses vont commencer à légèrement se gâter et finalement emmener Alien : Covenant vers les rivages de la semi-déception. La confrontation entre David, seul rescapé de l'aventure Prometheus, et l'équipage du Covenant apportent quelques très très beaux moments de cinéma, notamment en ce qui concerne le développement des thématiques lancées par Damon Lindelof dans le précédent film de la saga : Ridley Scott fait vriller sa narration vers des questionnements métaphysiques vraiment passionnants (la foi, la création, la filiation...), justifiant avec brio sa volonté d'utiliser l'ADN de la saga Alien pour l'emmener ailleurs, et offre ainsi au spectateur médusé un blockbuster hors norme et protéiforme se permettant, entre effets bien gore et gros moments de flippe, de citer Mary Shelley et son célèbre Frankenstein ou le Prométhée moderne, le poème Ozymandias et même Blade Runner. 

Une réflexion qui n'a cessé de traverser l'oeuvre de Scott (Blade Runner donc mais aussi Gladiator, Kingdom of Heaven ou encore le récent et sous-estimé Exodus : Gods and Kings) et qui trouve ici un écrin d'une noirceur abyssale et dérangeante.

Mais alors, qu'est-ce qui fait que ça déconne ?

ALIEN : COVENANT - la critique

Les personnages.

Vaguement définis, pas très intéressants, Daniels (Katherine Waterston - Inherent Vice), Tennessee (Danny McBride - Tropic Thunder) ou encore Oram (Billy Crudup - Watchmen) ne parviennent quasiment jamais à toucher le spectateur. Là où les précédents films avaient toujours réussi à offrir des personnages pour lesquels trembler (Ripley bien entendu mais également les marines de l'opus de James Cameron, Ash, l'androïde Bishop...), Alien : Covenant n'a que de la chair fraîche à proposer, de la "chair à xénomorphe" amenée à se faire déchiqueter et pour laquelle on ne ressentira rien. Hop, au suivant... Certes, Michael Fassbender (X-Men : Apocalypse) se révèle prodigieux dans sa double interprétation David/Walter, mais il ne parvient pas à sauver cet aspect vraiment raté du métrage.

L'autre point qui fâche ? Le scénario.

Comme je le disais plus tôt, Alien : Covenant joue intelligemment sur des thématiques passionnantes, amène une noirceur et une violence extrême assez inhabituelles de nos jours dans une grosse production et offre à une saga vieille de près de quarante ans un nouveau départ bienvenu (surtout après les deux daubes Alien vs Predator)... mais le tout est agencé avec un manque de rigueur assez hallucinant. Raccourcis, grosses ficelles, personnages cons comme la lune (Oh, y'a quoi dans l'oeuf ?), intrigues honteusement sous-développées (le traitement d'Elizabeth Shaw... je veux un director's cut !) ou traitées par-dessus la jambe (la foi du personnage d'Oram qui n'est jamais mise en opposition avec celle de David) et rebondissements prévisibles (le cliffhanger qu'on a vu venir depuis vingt minutes...), le troisième acte d'Alien : Covenant aligne les moments fâcheux avec une telle régularité qu'il en vient presque à détruire ce qui avait été si bien mis en place auparavant ! Si on rajoute à ça une séquence de douche tout droit sortie d'un mauvais slasher, on se dit qu'on aura vite fait d'oublier les qualités de l'oeuvre pour n'en retenir que les défauts les plus rageants... 

ALIEN : COVENANT - la critique

On sort donc de la salle avec la sensation un peu désagréable d'avoir assisté à un semi-ratage. Selon l'humeur, on préférera s'attarder sur les aspects négatifs d'une oeuvre qui n'arrive pas à la cheville des deux chefs-d'oeuvre de la saga que sont Alien et Aliens ou, comme pour votre serviteur, au fur et à mesure que le film laisse son empreinte dans notre esprit, on se plaira à contempler une oeuvre imparfaite mais viscérale, bancale mais tellement jouissive dans les pistes qu'elle lance et dans sa manière qu'elle a d'étendre son univers.

Ridley Scott a annoncé que Covenant serait le premier opus d'une trilogie amenée à faire le pont vers le film original de 1979 (avec un Alien : Awakening en tournage dès l'année prochaine) et, si l'on peut légitimement regretter que l'Alien 5 qu'envisageait Neill Blomkamp (District 9, Elysium) ne se fasse finalement pas, on reste très intrigué de voir vers quoi le père entend mener sa création...

Surtout au vu des pistes très excitantes lancées ici.

ALIEN : COVENANT - la critique

Crédits photos et résumé : 20th Century Fox, AlloCiné.

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