LA MOMIE - la critique

The Mummy, écrit par David Koepp, Christopher McQuarrie et Dylan Kussman d'après une histoire de Jon Spaihts, Alex Kurtzman et Jenny Lumet. Réalisé par Alex Kurtzman. Ave Tom Cruise, Annabelle Wallis, Sofia Boutella, Russell Crowe, Jake Johnson. USA / 107mn. Sortie le 14 juin 2017.

Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités, dépoussiérant au passage un mythe vieux comme le monde.

 

LA MOMIE - la critique

Marvel et son MCU (Iron Man, Captain America, Les Gardiens de la Galaxie), DC Comics (Man of Steel, Batman v Superman : Dawn of Justice, Wonder Woman), Disney et ses Star Wars (Le Réveil de la Force, Rogue One), Warner avec Les Animaux Fantastiques, bientôt Transformers et le film solo centré sur Bumblebee...

Hollywood ne jure plus que par les franchises et les univers étendus : il était hors de question qu'Universal soit à la traîne et c'est donc après une grosse séance de brainstorming que le studio s'est décidé à retenter le coup des Universal Monsters.

Mmm... Kézako ?

LA MOMIE - la critique

Entre 1923 et 1960, les studios Universal produisirent une série de films de SF et d'horreur dans ce qu'on a appelé les Universal Monsters (ou Universal Horror) avec notamment des franchises telles queDraculaFrankensteinLa MomieL'Homme Invisible et L'Étrange Créature du lac noir. Mis en scène par des grands noms comme Jack Arnold, Tod Browning ou James Whale et interprétés par des géants tels que Boris Karloff, Lon Chaney Jr et Bela Lugosi, ces oeuvres restent encore aujourd'hui des références incontournables pour tout fan de fantastique qui se respecte.

Après le très raté Dracula Untold qui avait déjà tenté de redémarrer la machine, les pontes du studio décident de faire appel à Jon Spaihts (Passengers), Chris Morgan (la saga Fast and Furious) et Alex Kurtzman (Star Trek Into Darkness) pour mener leur projet à bien, à savoir ressusciter l'horreur d'antan dans un cadre moderne. Le tout sous l'appellation prometteuse de Dark Universe

Ça, c'était sur le papier. Résultat des courses après s'être enfermé dans une salle climatisée ?

LA MOMIE - la critique

J'aurai vraiment dû me dépêcher d'écrire ma critique ! Vu il y a maintenant plus d'une semaine, The Mummy s'est déjà auto-détruit dans ma tête : il ne m'en reste quasiment plus rien si ce n'est quelques vagues souvenirs de péripéties qui fonctionnent plutôt pas mal (le début notamment avec son côté Uncharted pas déplaisant), d'effets spéciaux assez soignés, de cascades impressionnantes (dont la fameuse séquence en avion dévoilée dans tous les trailers bien avant la sortie), d'une Sofia Boutella charismatique et d'un Tom Cruise qui se donne à fond. Comme d'habitude me direz-vous, tant il est vrai que l'ami Tom est un de ces rares acteurs qui savent encore ce que veut dire le mot "investissement" et qui n'hésitent pas à mouiller la chemise pour satisfaire le spectateur.

Mais ça ne suffit pas toujours.

Parce que si vous avez un peu lu la presse ces derniers temps, vous avez sûrement entendu parler des accusations émises à l'encontre de l'interprète d'Ethan Hunt quant à sa mainmise sur le projet au point d'en faire un nouveau véhicule à sa gloire au lieu d'en faire le point de départ d'une méga-franchise horrifique... Si on y ajoute une pluie de critiques catastrophiques et des résultats au box-office américain qui se révèlent encore plus désastreux que les pires prévisions, La Momie a de quoi ressortir les bandelettes pour retourner se cacher parce que ça sent moyennement bon pour le Dark Universe d'Universal !

Mais tout cela est-il bien justifié ?

Bah oui, on ne va pas y aller par quatre chemins : le film d'Alex Kurtzman est un des plus mauvais blockbusters de cette année 2017. Impersonnel au possible et partagé entre son désir d'offrir un film d'aventures qui se tienne et la nécessité de mettre en place les bases de l'univers étendu chéri par les pontes du studio qui avaient déjà sorti la calculette et réservé la nouvelle Porsche, La Momie a constamment le cul coincé entre deux chaises et n'offre finalement rien sinon du vide...

Parce que si le début est relativement efficace et permet de présenter avec panache le personnage de Tom Cruise (c'est la partie Uncharted dont je parlais précédemment...), le reste du film se perd dans une intrigue paresseuse (et menée tambour battant pour qu'on ne se rende pas compte de sa vacuité) et qui oublie que les films qu'elle tente de remettre au goût du jour sont quand même supposés faire peur (!). Malgré ses trois scénaristes, dont quand même David Koepp (Mission : Impossible) et Christopher McQuarrie (Usual Suspects), La Momie ne capitalise jamais sur la nouveauté que représentait son point de départ, à savoir ancrer cette histoire horrifique légendaire dans le monde contemporain. Une idée somme toute plutôt pas mal et qui avait le mérite d'intriguer : on se plaisait même à croire pendant un moment que Kurtzman réussisse le même coup que Stephen Sommers qui avait su réactualiser avec brio la mythique histoire dans son très sympa La Momie avec Brendan Fraser en 1999. Mais c'était avant que Russell Crowe, alias le Docteur Jekyll, n'apparaisse : là, c'est le drame. On hésite alors entre rire ou courir vers la sortie de secours tant la gêne qui s'installe durant toute la séquence où il est à l'honneur est forte...

Et le reste du film de s'enfoncer dans les limbes du divertissement bas de gamme totalement oubliable, parfois vraiment rageant (le sidekick insupportable, le récit torché n'importe comment et qui évite consciencieusement d'offrir le moindre début de surprise au spectateur blasé) et surtout indigne de son acteur principal. Et ça me fait vraiment de la peine d'écrire ça... Je l'avais déjà fait au moment de la sortie du poussif Jack Reacher : Never Go Back et j'avais espéré qu'il s'agissait d'un léger coup de mou de la part de la star qui venait quand même de nous offrir coup sur coup les excellents Edge of Tomorrow (Doug Liman) et Mission : Impossible - Rogue Nation (Christopher McQuarrie)... Las, voilà qu'il enchaîne avec cette Momie faisandée ! Bon sang, pas lui ! Avec une carrière à faire baver d'envie pas mal de monde durant laquelle il a côtoyé quelques-uns des plus grands metteurs en scène du monde (Scorsese sur La Couleur de l'argent, Oliver Stone sur Né un 4 juillet, Kubrick sur Eyes Wide Shut, Mann sur Collateral, P.T. Anderson sur Magnolia, De Palma sur Mission : Impossible... la liste est sacrément longue !), Tom Cruise est longtemps apparu comme une des dernières vraies stars à l'ancienne capables de monter un projet sur son nom, le garant d'un divertissement honnête, bien foutu et avec comme optique principale d'offrir au spectateur un vrai bon moment de cinoche... et voilà qu'il nous enchaîne deux DTV fadasses bien éloignés de la qualité attendue.

Alors ok, il court , il saute, il glisse et il s'amuse dans un avion en gravité zéro : il s'investit, on va rien dire là-dessus. Mais qu'il choisisse des projets qui vaillent le coup, qui soient dignes de son talent et qui ne sentent pas l'opportunisme à plein nez et la fainéantise. 

Fainéantise. Je pensais vraiment pas écrire ça à propos d'un film avec Cruise. On le reverra à la rentrée dans American Made de Doug Liman (hâte quand même) et surtout dans MI6 de son pote McQuarrie (je compte les mois !) : et il aura redressé la barre. Forcément.

J'espère.

LA MOMIE - la critique

Crédits photos et résumé : Universal Pictures, AlloCiné.

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