Spider-Man : Homecoming, écrit par Jonathan Goldstein, John Francis Daley, Jon Watts, Christopher Ford, Chris McKenna et Eric Sommers d'après une histoire de Jonathan Goldstein et John Francis Daley basée sur le comics créé par Stan Lee et Steve Ditko. Réalisé par Jon Watts. Avec Tom Holland, Michael Keaton, Marisa Tomei, Robert Downey Jr., Jon Favreau, Zendaya, Tyne Daly, Donald Glover. USA / 133 mn. Sortie le 12 juillet 2017.

Après ses spectaculaires débuts dans Captain America : Civil War, le jeune Peter Parker découvre peu à peu sa nouvelle identité, celle de Spider-Man, le super-héros lanceur de toile. Galvanisé par son expérience avec les Avengers, Peter rentre chez lui auprès de sa tante May, sous l’œil attentif de son nouveau mentor, Tony Stark. Il s’efforce de reprendre sa vie d’avant, mais au fond de lui, Peter rêve de se prouver qu’il est plus que le sympathique super héros du quartier. L’apparition d’un nouvel ennemi, le Vautour, va mettre en danger tout ce qui compte pour lui...

 

Tout amoureux de blockbusters intelligents et virtuoses a dans son petit coeur une place réservée à vie pour la trilogie portée par Tobey Maguire

 

Tout fan de comics a encore en mémoire l'adaptation faite par Sam Raimi (Evil Dead, Mort ou Vif) des exploits de Spider-Man à travers sa superbe trilogie. Tout cinéphile a encore en mémoire l'incroyable génie de la mise en scène (les cases de la BD qui semblaient prendre vie sous nos yeux embués), la puissance des émotions véhiculées (qui n'a pas succombé au charme de Kirsten Dunst ?..), la passionnante réflexion posée sur l'héroïsme et ses conséquences souvent dramatiques (le trauma de l'Oncle Ben). Bref, tout amoureux de blockbusters intelligents et virtuoses a dans son petit coeur une place réservée à vie pour la trilogie portée par Tobey Maguire.

Et donc, tout logiquement, tout cinéphile se souvient encore de la forte envie de meurtre qui lui était venue à la sortie de The Amazing Spider-Man 2 de Marc Webb... Si si, souvenez-vous c'est le film où Jamie Foxx devient méchant parce qu'on lui a pas souhaité son anniversaire. À noter que depuis, je fais très attention à ne rater aucun anniversaire de mes gamins ! Déçus des résultats au box-office d'un Spider-Man 3, certes plus faible que le monumental et définitif Spider-Man 2 mais qui mérite néanmoins une certaine réhabilitation, les exécutifs de chez Sony avaient en effet eu "l'idée" de rebooter les aventures de l'Homme araignée en 2012 avec The Amazing Spider-Man : très juste dans son approche romantique du personnage de Peter Parker et porté par un excellent Andrew Garfield, le film ratait néanmoins le coche à cause de son manque flagrant d'audace et d'inventivité. Deux ans plus tard, les pitreries de Jamie Foxx ("Mon anniversaire ?.. Ouiiinnn !!") viendront donc clouer au sol les projets futurs concernant le bondissant héros new-yorkais, dont un intriguant Sinister Six mis en scène par Drew Goddard (Daredevil, Seul sur Mars).

Mais Disney (qui détient Marvel) a besoin de Spider-Man pour ses futurs films : parce que Peter Parker a un rôle important à jouer dans le très attendu The Avengers : Infinity War des frères Russo mais aussi et surtout parce que c'est l'un des personnages les plus populaires de son catalogue et qu'il serait bon qu'il revienne à la maison (Homecoming quoi...) ! Non mais !

Hop, un accord est signé entre Sony et Marvel et roule Pedro : Spider-Man intègre enfin officiellement le MCU dans le très surestimé Captain America - Civil War sous les traits du juvénile et bondissant Tom Holland. Deux ans plus tard, le vrai retour à la maison se fait via une aventure solo et...

SPIDER-MAN : HOMECOMING - la critique

C'est lourd, pataud et dénué de toute la magie qui nous avait éclaté au visage lorsque Sam Raimi officiait derrière la caméra

 

Et bien, Sam Raimi peut dormir tranquille. Vraiment tranquille, c'est pas Jon Watts qui risque de lui faire de l'ombre : fade et sans saveur, Spider-Man : Homecoming s'oublie à une vitesse hallucinante et ajoute son nom à la liste des blockbusters récents dont l'âme a été oubliée en cours de route, sûrement sur un coin de la table des négociations des pontes de chez Marvel et Sony. Donc oui, Spidey est de retour à la maison...

À la Maison des Idées : celle qui, entre deux Gardiens de la Galaxie plutôt innovants et salvateurs, nous ressert encore et toujours la même soupe. Réjouissons-nous, dansons la carioca : Spider-Man fait sa véritable entrée dans le Marvel Cinematic Universe avec une aventure solo qui combine toutes les tares que les récents produits sortis du studio affichaient clairement : comme Ant-Man, Thor 2 ou Doctor Strange (encore que pour lui, les SFX étaient top), Homecoming est réalisé de manière anonyme, bénéficie d'un aspect visuel proche du téléfilm (bon sang mais cette photographie toute plate, c'est atroce !), joue la carte de l'humour à tous les étages (et qui ne fonctionne quasiment jamais) et développe sa narration avec la finesse d'un pétage de bras signé Steven Seagal. Bref, c'est lourd, pataud et dénué de toute la magie qui nous avait éclaté au visage lorsque Sam Raimi officiait derrière la caméra. Même Marc Webb, qui s'était pourtant bien planté sur son Amazing Spider-Man 2, réussissait à nous émouvoir au détour de quelques séquences soignées, notamment lors de son final bouleversant. Ici, rien de ça. Le mot d'ordre devant être de ne surtout pas se (re)mettre les fans à dos, Kevin Feige et ses assistants ont donc joué la facilité du divertissement lisse et propre sur lui avec Tony Stark en mode damage control

SPIDER-MAN : HOMECOMING - la critique

L'amateur de spectacle intelligent et maîtrisé [...] en sera donc pour ses frais

 

La volonté d'orienter ce Spider-Man vers quelque chose de plus humble et de plus modeste a beau être une très bonne idée (il n'y a que ceux qui n'ont jamais lu de comics qui crient à la trahison dès qu'un personnage est un peu traité autrement... Suffit de voir la variété de scénaristes et de dessinateurs qui se sont penchés sur l'univers du Tisseur pour lui offrir un ton et des aventures aussi riches et différentes les unes des autres), Jon Watts n'en fait rien et ne dépasse jamais le stade des bonnes intentions. C'est bien beau de citer John Hughes (les intemporels Breakfast Club, Sixteen Candles) comme étant l'une des inspirations principales de cette nouvelle "interprétation" du héros créé par Stan Lee, mais si ça consiste juste à passer un extrait de La Folle Journée de Ferris Bueller de manière aussi grossière, c'est-à-dire en envoyant un très gros coup de coude au spectateur, c'était franchement pas la peine. Aucune réflexion sur l'adolescence, sur la difficulté de grandir, bref aucune densité chez des personnages qui ne semblent être là que pour débiter des blagues et faire avancer comme ils peuvent une intrigue d'une mollesse folle à peine réhaussée par un troisième acte qui se décide enfin à faire apparaître des enjeux et à développer son histoire...

Et, en se recentrant ainsi sur ce seul aspect juvénile du personnage (ce qu'il était à la base et que les interprétations de Tobey Maguire et Andrew Garfield avaient peut-être eu tendance à nous faire oublier...), en se focalisant quasiment entièrement sur l'insouciance du personnage, son émerveillement constant (et lourd...) devant le moindre des gadgets fabriqués par Tony Stark, Watts et sa bande de costards cravate ne cachent aucunement que leur principale cible, ce sont les ados. Rien qu'eux.

L'amateur de spectacle intelligent et maîtrisé, sachant manier avec dextérité séquences d'action et réflexion en sera donc pour ses frais : plat, jamais spectaculaire, Homecoming se présente donc comme un nouvel avatar de ces blockbusters des années 2010, impersonnels, inoffensifs et plutôt laids.

SPIDER-MAN : HOMECOMING - la critique

Crédits photos et résumé : Columbia Pictures, Marvel Studios, Pascal Pictures, AlloCiné.

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