Valérian et la Cité des mille planètes, écrit et réalisé par Luc Besson, d'après les bandes dessinées "Valérian & Laureline" de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Avec Dane DeHaan, Clara Delevingne, Clive Owen, Rihanna, Ethan Hawke, Herbie Hancock. France / 138 mn. Sortie le 26 juillet 2017.

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES - la critique

À moins d'avoir passé vous-même les six derniers mois (et encore, je suis gentil...) dans le plus profond des sous-sols de la station spatiale Alpha, impossible d'ignorer que Valérian et la Cité des Mille Planètes débarque dans les salles obscures. Impossible : même ma grand-mère est au courant. Avec sa campagne marketing version XXL (Camping Car Magazine a hésité à faire un hors-série), les dossiers spéciaux sur le net et dans diverses revues, les interviews en pagaille et les ressorties chez Dargaud des bandes dessinées originales de Christin et Mézières, le nouveau blockbuster du wonderboy hexagonal Luc Besson jouait clairement des coudes pour occuper l'espace médiatique de cet été 2017 et s'assurer qu'on fasse un triomphe au plus gros budget du cinéma français : "Vous allez voir ce que vous allez voir !" semblait nous crier le papa de Nikita.

Et on a vu.

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES - la critique

Son ambition ? [...] faire rêver en proposant du cinoche populaire à grand spectacle

 

On a vu que, encore une fois, Luc Besson divise, Luc Besson énerve.

Si les années 80 et 90 furent marquées par des oeuvres fortes telles que Le Grand Bleu, Nikita, Leon ou bien encore Le Cinquième Élément et qui fédérèrent un public (et une partie de la critique) acquis à la cause de ce cinéaste du divertissement, baigné de pop culture et plus que tout désireux de prouver qu'en France, on pouvait aussi faire des blockbusters à visée internationale, les années 2000 et 2010 furent malheureusement plus problématiques avec des productions ratées, des scripts ineptes (YamakasiTaxi, Le Transporteur, Banlieue 13...) et des réalisations décevantes (la trilogie Arthur et les Minimoys, Malavita). Si une bonne part du public continuait à suivre, le fossé avec la critique ne faisait que s'agrandir et on ne compte plus les papiers à charge écrits à l'encontre du metteur en scène à chaque fois qu'un de ses films sortait : si les critiques étaient parfois justifiées (faut être très alcoolisé pour soutenir Taken 3), il faut toutefois reconnaître que l'objectivité n'était pas toujours de mise et qu'on semblait vouloir faire payer à Besson son ambition.

Son ambition ? Qu'en gros, le cinéma français pouvait aussi faire rêver en proposant du cinoche populaire à grand spectacle et qu'il ne se réduisait pas (en caricaturant bien entendu...) à des drames grisâtres ou des comédies beaufs éclairées comme une pub Cétélem. Le Mal, quoi. 

Et si l'accueil public de Valérian et la Cité des Mille Planètes sur notre territoire est sacrément bon (deuxième meilleur démarrage de l'année), force est de constater qu'une partie de la critique n'a que très modérément accroché aux aventures spatiales du duo de choc imaginé par Christin et Mézières et qu'elle ne s'est une nouvelle fois pas fait prier pour le faire savoir à grands coups de billets assassins et autres jugements bien féroces. Et cette haine est incompréhensible. Vraiment.

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES - la critique

Luc Besson [...] nous embarque, avec l'énergie d'un gosse dans un magasin de jouets, dans un voyage pétillant et original

 

Un poil bordélique et manquant quelque peu de rigueur et d'émotion au niveau de son scénario. Voilà, c'est à peu près les seuls défauts qui m'ont sauté aux yeux pendant la projection et, une semaine après, rien n'est venu faire baisser la note. Au contraire.

Parce que oui, tout aussi bordélique qu'il est, Valérian et la Cité des Mille Planètes n'en reste pas moins un divertissement franchement enthousiasmant, mené à un train d'enfer et bénéficiant d'une direction artistique à tomber. C'est bigarré, coloré, inventif... Bref, c'est à peu près tout ce que pas mal de blockbusters ayant récemment débarqué sur nos écrans (Spider-Man : Homecoming, La Momie pour ne citer que les plus récents) ne sont pas. Et c'est là que je me souviens de l'indulgence critique qui a entouré les nouvelles aventures du Tisseur de chez Marvel... et que je n'en remets toujours pas : plat, sans envergure, sans âme véritable, le film de Jon Watts avait pourtant su convaincre la critique et séduire le public alors que Valérian et la Cité des Mille Planètes, non. Pas d'indulgence, c'est Besson derrière la caméra serait-on tenté de penser... 

Le réalisateur du récent Lucy réussit pourtant le pari totalement fou qu'il s'était fixé : faire un space-opera à la française qui n'aurait rien à envier aux américains. Mission accomplie, y'a pas à tortiller à ce niveau-là. Plus riche, plus inventif que le Star Wars : le Réveil de la Force de J.J. Abrams ? Et comment ! Là aussi accueilli avec tapis rouge, pétales de roses et champagne coulant à flots par certains fans tout contents de ressortir la couette Han Solo qu'ils avaient en CM2, le septième volet de la saga initiée George Lucas apparaît pourtant comme un divertissement bien fade face au bulldozer pop et généreux de Luc Besson qui nous embarque, avec l'énergie d'un gosse dans un magasin de jouets un jour de soldes, dans un voyage pétillant et original.

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Un vrai régal de science-fiction, un tour de grand huit sensoriel, bluffant et euphorisant

 

Festin visuel démesuré qui démontre très clairement qu'en matière de grand spectacle, de costumes, de maquillages, de décors, ou tout simplement d'envergure, le cinéma français n'a pas à rougir face à la concurrence des blockbusters de l'Oncle Sam, le dernier né de Luc Besson aligne pendant deux bonnes heures un paquet de séquences mémorables : de la splendide ouverture nous contant la création de la station Alpha (avec Space Oddity de David Bowie en accompagnement, tranquille) à un combat spatial qui n'aurait pas démérité dans un Star Wars de la nouvelle trilogie, en passant par une séquence d'infiltration assez géniale et qui voit Valérian et Laureline enquêter dans un Big Market existant sur deux niveaux de réalité, Valérian et la Cité des Mille Planètes est un vrai régal de science-fiction, un tour de grand huit sensoriel bluffant et euphorisant qui vient concurrencer Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 sur le terrain du space-opera tendance fun. Et qui gagne.

Oui, je le clame haut et fort : le dernier Besson m'a plus emballé que la deuxième aventure des bras cassés de chez Marvel.

Pour autant, toutes ces péripéties menées sans temps morts, toutes ces séquences d'action et tous ces vaisseaux et autres créatures extraterrestres inondant l'écran auront peut-être raison de certains spectateurs venus là pour rechercher un frisson, celui de l'émotion. Ce frisson dont étaient parcourues certaines des influences (revendiquées ou non) de Luc Besson lorsqu'il s'est lancé dans cette aventure monumentale, de Star Wars (qui a beaucoup pompé sur les bandes-dessinées de Christin et Mézières, avouons-le) à Blade Runner, en passant bien entendu par l'incontournable Avatar de James Cameron.

Et c'est sur l'autel du divertissement vertigineux et complètement foufou que Luc Besson a tendance à sacrifier ladite émotion : on aurait ainsi aimé, en plus d'en prendre plein les yeux, être touché en plein coeur. On aurait aimé que le réalisateur du Cinquième Élément nous fasse ressentir le bouleversement, l'impact qu'a eu la BD lorsqu'il l'a découverte pour la première fois et ce qui l'a poussé à garder en lui cette volonté farouche de l'adapter.

Mais je n'ai vraiment pas envie de faire la fine bouche : parce que des films populaires français de cette trempe et de cette envergure, des blockbusters démesurés comme Valérian et la Cité des Mille Planètes, nous emmenant très loin et nous rappelant que le cinéma est également une invitation à rêver, on en veut plus.

Et tant pis pour ceux qui tiqueront sûrement à ces derniers mots : merci Mr Besson.

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES - la critique

Crédits photos et résumé : EuropaCorp, AlloCiné.

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