War of the Planet of the Apes, écrit par Mark Bomback & Matt Reeves, d'après des personnages crées par Rick Jaffa & Amanda Silver, inspirés de "La Planète des Singes" de Pierre Boulle. Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn, Amiyah Miller, Toby Kebbel. USA / 140mn. Sortie le 02 août 2017.

Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE - la critique

En mars dernier, James Mangold nous offrait à travers son formidable Logan la démonstration flamboyante selon laquelle les franchises hollywoodiennes pouvaient encore accoucher d'oeuvres intenses et viscérales. À une époque où les blockbusters interchangeables s'alignent avec une régularité métronomique sur le calendrier des sorties, où les remakes succèdent aux reboots, suites et autres spin-offs, le dernier opus centré sur l'un des personnages-phares de la saga X-Men se révélait être une anomalie d'une audace et d'une radicalité rafraîchissantes.

Et s'il n'a rien à voir avec la série de films consacrés aux mutants de chez Marvel, La Planète des Singes - Suprématie de Matt Reeves s'avère être de la même trempe : un blockbuster profond et courageux, emmené par une superbe caractérisation de ses personnages et ne cédant jamais aux sirènes du spectaculaire à tout prix.

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE - la critique

Revoilà donc Matt Reeves aux commandes de cet ultime (?) chapitre, attendu, redouté

 

Un petit retour en arrière s'impose...

C'est en 2001, avec la version de La Planète des Singes réalisée par le grand Tim Burton que la 20th Century Fox tente de relancer l'une de ses plus célèbres sagas : malheureusement, en dépit de résultats très honorables au box-office, les retours critiques sont très mitigés et ne persuadent pas les producteurs de continuer l'aventure. Dommage tant le film de Burton, pas aussi mauvais que certains esprits chagrins veulent bien le dire, se montrait à la fois spectaculaire, pertinent et même virtuose.

Dix ans plus tard, sur un scénario de Rick Jaffa et Amanda Silver, la Fox retente le coup et... banco. En reprenant la saga à zéro, en mettant de côté l'aspect voyage temporel/planète du futur et en se concentrant sur la naissance de la "communauté" des singes, Rupert Wyatt livre avec La Planète des Singes : les origines un film très solide et sachant toujours ménager au sein de son dispositif de blockbuster estival une large place à l'émotion.

En 2014, Matt Reeves (Cloverfield) enfonce le clou et livre l'un des films de studio les plus brillants vus sur un grand écran depuis bien longtemps : La Planète des Singes : l'affrontement est une petite merveille d'intelligence où le récit, tendu et maîtrisé de A à Z, ne se trouve jamais parasité par des effets spéciaux proprement hallucinants. Bien au contraire.

Et revoilà donc Matt Reeves aux commandes de cet ultime (?) chapitre, attendu, redouté.

Et qu'il convient de célébrer.

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE - la critique

Un incroyable voyage, aussi éprouvant que poignant, aussi intime qu'épique

 

De célébrer, tout à fait.

Parce que voir débarquer un blockbuster aussi différent a quelque chose de foncièrement jouissif pour toute personne ayant baissé les bras devant la pauvreté des superproductions hollywoodiennes de ces dernières années. Parce que même si le deuxième opus nous avait sacrément touché, on ne pouvait imaginer que le troisième volet d'une franchise, qui plus est reboot (soit la lie du cinéma américain actuel, incapable de penser autrement qu'en terme de nostalgie et d'univers étendu), serait finalement l'un des moments les plus forts de cette année 2017. Et c'est pourtant bien ce qu'offre Matt Reeves à travers l'incroyable épopée que représente La Planète des Singes : Suprématie. Mû par une ambition qu'on ne retrouve que malheureusement trop peu, le metteur en scène du remarqué Cloverfield entend bien emmener le spectateur dans un incroyable voyage, aussi éprouvant que poignant, aussi intime qu'épique.

Et la tout, sans chercher à jouer au malin.

Évitant avec brio le piège du bigger and louder, Matt Reeves préfère au contraire se concentrer sur l'art de livrer la meilleure conclusion possible : et si l'histoire de Suprématie n'a en soi rien de révolutionnaire (deux clans s'affrontent pour leur survie), force est de reconnaître que le réalisateur, assisté de Mark Bomback au scénario (Wolverine), sait surprendre par les différentes strates, les différentes orientations qu'il fait prendre à son récit. Tantôt film de guerre (Apocalypse Now en tête) puis western crépusculaire (le grand Clint et son Impitoyable ne sont jamais très loin...), tantôt film d'évasion puis aventure biblique, La Planète des Singes : Suprématie navigue entre les genres avec une aisance imparable, en cela aidé par ce qui manque également à beaucoup de films récents : des personnages qui sonnent vrai, qui sonnent juste et qui nous font vibrer.

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE - la critique

Des personnages avec du corps, de la chair, du vécu

 

Et des vibrations, il y en aura beaucoup dans ce dernier volet.

Qu'il s'agisse des anciens que nous connaissons déjà des épisodes précédents ou bien des nouveaux qui viennent s'intégrer avec bonheur dans le récit concocté par Matt Reeves, La Planète des Singes : Suprématie offre à voir des personnages avec du corps, de la chair, du vécu. De César, toujours aussi formidablement interprété par un Andy Serkis en état de grâce et qui donne une profondeur bouleversante à sa quête de vengeance et de liberté, à la touchante petite Nova (joli clin d'oeil au film original de Franklin J. Schaffner), en passant par leurs compagnons de route (les excellents Maurice, Rocket et Luca), l'illuminé Colonel McCullough (génial Woody Harrelson) ou bien encore l'émouvant Bad Ape, ce troisième volet de la saga est une fois de plus la confirmation, qu'en dépit de ses incroyables effets spéciaux (le réalisme des singes est hallucinant), c'est bien le coeur qui en est le véritable moteur.

Les relations entre les personnages prennent donc avec intelligence le pas sur le spectaculaire et continuent d'inscrire cette saga comme un électron libre dans la marasme du divertissement populaire actuel. Un blockbuster estival qui place la consistance de ses personnages et la véracité de leurs interactions au-dessus de tout ? Un blockbuster qui n'oublie pas que le spectateur n'est jamais plus impliqué que lorsqu'on lui donne à voir des êtres faits de chair et de sang et desquels se dégage une authenticité malheureusement trop souvent bazardée sur l'autel de la pyrotechnie ? Et qui n'oublie pas qu'une histoire bien racontée, c'est aussi un peu la base. 

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE - la critique

La Planète des Singes : Suprématie ressuscite [...] le cinéma populaire tel qu'on l'aime

 

Narration puissante, personnages forts et à l'écriture exemplaire, effets spéciaux prodigieux... En 2h22 de grand spectacle tel qu'Hollywood ne nous a plus habitués à en voir, La Planète des Singes : Suprématie ressuscite, son sens de l'ambition et l'émotion qui transparaît de chacun de ses photogrammes, le cinéma populaire tel qu'on l'aime. Avec cette conclusion grandiose d'une saga qui ne l'est pas moins, Matt Reeves convoque avec panache les codes du cinéma épique et livre, simultanément à ce qui se révèle être très clairement sa meilleure réalisation à ce jour, une aventure à la fois violente, désespérée et profondément touchante : guidé par l'héritage rassurant de Francis Ford Coppola, Clint Eastwood ou bien encore Kevin Costner à travers le classicisme somptueux de sa mise en scène, il nous donne à voir l'implacable et inévitable déchéance de l'Humanité au sein d'un divertissement inspiré et délicat.

Ce cinéma, terni par quelques superproductions récentes totalement fades (Spidey, je crie ton nom !), se doit d'être défendu lorsque des petites pépites d'intelligence telles que le film de Matt Reeves viennent enfin nous sortir de la torpeur estivale. Offrons donc à cet ultime volet les louanges et le succès qu'il mérite car c'est sûrement la meilleure manière de NOUS offrir, à l'avenir, les divertissements qu'on mérite.

Crédits photos et résumé : 20th Century Fox, AlloCiné.

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