On ne va pas se mentir, les rentrées télévisées sont chaque année de plus en plus compliquées tant l'offre est énorme. Et encore, le terme "rentrée" n'a plus tout à fait la même valeur qu'autrefois vu que des nouveautés débarquent chaque semaine, que ce soit sur les grands networks ou sur les chaînes câblées, et que l'amateur de fictions télévisées se retrouve à faire des choix cornéliens lorsqu'il s'agit pour lui de décider quelle série viendra, tant bien que mal, s'insérer dans son planning déjà surchargé.

Pourtant, il y des noms... à qui on ne dit pas "non". Joss Whedon (Buffy, Firefly), David Chase (Les Soprano), Matthew Weiner (Mad Men), David E. Kelley (notamment connu pour The Practice et Ally McBeal et qui opère un retour en grande pompe avec Goliath, Big Little Lies et Mr Mercedes) ou encore Steven Bochco (NYPD Blue, Murder One) sont parmi les créateurs à qui on offre une plage horaire sans problème.

Et David Simon fait bien entendu partie de ce club.

 

Le résultat est sans appel : c'est fort, très fort.

 

De la magnifique The Corner à la passionnante Show Me a Hero, en passant par Generation Kill et les deux chefs-d'oeuvre que sont The Wire et Treme, David Simon aura écrit écrit quelques-unes des plus belles pages de l'Histoire des séries télévisées... en parlant comme personne des plus sombres pages de l'Amérique. Le voir ainsi revenir en cette rentrée 2017 sur HBO, en association avec le romancier George Pelecanos, grand auteur de polar US et déjà à l'oeuvre sur The Wire ou bien encore The Pacific, avait de quoi susciter une attente fébrile. Au terme des 90 minutes qui constituent l'épisode pilote de The Deuce, le résultat est sans appel : c'est fort, très fort. De par la puissance de son écriture, la force de sa mise en scène et son interprétation fabuleuse, le nouveau show de HBO vient se tailler une place de choix dans cette rentrée télé 2017.

 

Un brio narratif d'une fluidité assez hallucinante

 

S'intéressant à l'émergence de l'industrie du porno dans le New York des seventies, The Deuce est, dès son incroyable pilote réalisé par Michelle McLaren (The X-Files, Westworld, Breaking Bad), une nouvelle occasion pour David Simon et George Pelecanos de prouver leur talent à brosser des personnages complexes et fascinants, profondément humains et émouvants, tout en les inscrivant avec un brio narratif d'une fluidité assez hallucinante au sein de leur environnement, à savoir la dangereuse, poisseuse mais on ne peut plus hypnotique, New York. Porté par une reconstitution à tomber qui rappelle, au détour des allées crasseuses et des trottoirs détrempés, le meilleur du cinéma de Martin Scorsese (Mean Streets), The Deuce ne cherche cependant jamais à plaire ou à prendre le téléspectateur par la main : on découvre une galerie impressionnante de personnages pas toujours sympathiques et dont on picore un bout de vie avant de passer à quelqu'un d'autre, les interactions se font (ou ne se font pas) naturellement sans que jamais le trait ne semble forcé, l'ambiance est sombre et pathétique entre passes sordides et macs violents... Exigeante The Deuce ? Oui, clairement. Mais ne sommes-nous pas nous-mêmes exigeants envers ceux qui nous ont livré des pépites telles que The Corner ou Show Me a Hero, désireux d'être de nouveau embarqué dans une histoire qui interroge avec souffle et rigueur les parts d'ombre de la société ?..

Simon et Pelecanos préfèrent, avant de lancer les grandes intrigues de la saison, faire vivre avec le plus de véracité possible ceux qui vont les incarner. Pour tous ceux qui ont succombé un jour ou l'autre aux récits humanistes et sociétaux de l'auteur de Treme, le procédé n'est certes pas nouveau mais force est de constater qu'il fonctionne encore une fois à plein régime. Dans le même ordre d'idée, les deux scénaristes n'entendent pas marteler leur propos à chaque scène ou au détour de chaque réplique : le sujet, à savoir l'explosion du cinéma porno, n'est ainsi pas directement évoqué au cours de cet épisode pilote, David Simon et George Pelecanos choisissant en effet de dessiner, de par leur étude de caractères et de la place du corps féminin comme marchandise, les contours qui permettront d'exposer leur thématique avec le plus de force et de justesse. 

 

Une fresque aux ambitions énormes

 

The Deuce marque cette rentrée 2017 du sceau de la haute qualité : qualité de l'écriture, du jeu (James Franco et la superbe Maggie Gyllenhaal y sont excellents) et de la mise en scène, la série de David Simon et George Pelecanos se présente déjà comme une fresque aux ambitions énormes. Inutile de dire que l'on attend fébrilement ses développements futurs, surtout lorsqu'on voit que Richard Price, scénariste de La couleur de l'argent de Martin Scorsese et de Clockers de Spike Lee, et qui en connaît un rayon sur la noirceur et les tréfonds de l'âme humaine, est venu prêter main forte dans la salle d'écriture.

Donc, pour faire simple, l'épisode 2 de The Deuce : c'est oui. Tout de suite. Maintenant.

 

Crédits photos : HBO.

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