Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

BLADE RUNNER 2049 - la critique

 

Blade Runner 2049, écrit par Hampton Fancher & Michael Green d'après une histoire de Hampton Fancher, basée sur "Do Androids Dream of Electric Sheep" de Philip K. Dick. Réalisé par Denis Villeneuve. Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Jared Leto, Mackenzie Davis, Dave Bautista. USA / 163 mn. Sortie le 4 octobre 2017.

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...

 

 

Ça y est, la voilà. Aussi attendue que redoutée, la suite du chef-d'oeuvre de Ridley Scott débarque sur nos écrans auréolée d'un accueil critique très chaleureux et bien décidée à nous prouver qu'il est encore possible, 35 ans après les aventures originelles de Rick Deckard, d'apporter quelque chose à cette pierre angulaire de la SF.

Alors, Denis Villeneuve a-t-il réellement réussi l'impossible ?

Verdict !

 

Il s'évertue [...] à offrir un regard neuf sur une mythologie on ne peut plus fascinante

 

Quête existentialiste et philosophique baignée dans une atmosphère de film noir, réflexion passionnante sur un futur désenchanté et oppressant, oeuvre novatrice à la force visuelle estomaquante et dont l'héritage se révèle encore aujourd'hui incroyablement riche (Ghost in the Shell, Matrix, Johnny Mnemonic, Soldier, Dark City...), Blade Runner est à n'en pas douter l'un des films les plus importants de la SF au même titre que 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick ou bien Alien... de Ridley Scott.

Et oui, déjà lui.

Pourtant, le regard émerveillé et fasciné que l'on porte sur cette oeuvre tirée d'une nouvelle de Philip K. Dick ne s'est pas directement imposé au moment de sa sortie. Éreinté par les critiques, notamment US, le film de Ridley Scott a mis du temps avant de se forger la réputation qui est maintenant la sienne : la sortie en vidéo d'abord, puis les montages successifs (Director's cut, Final cut...) opérés au fil des ans par Scott lui-même, permettent à Blade Runner de gagner, enfin, ses galons mérités de film-culte et indétrônable.

Et c'est ce dernier terme, "indétrônable", qu'il est bon de souligner afin de bien mettre en avant à quel point l'approche de Denis Villeneuve sur ce Blade Runner 2049 est on ne peut plus humble et salutaire. Tout à fait conscient de l'aura qui entoure le film de Scott, le réalisateur des excellents Prisoners et Sicario n'essaie à aucun moment de faire mieux que l'original ou de faire son petit malin : il s'évertue au contraire à enrichir l'univers lancé en 1982, à défricher de nouvelles pistes et à offrir un regard neuf sur une mythologie on ne peut plus fascinante. À une époque où les suites ne semblent avoir pour credo que celui de rejouer la même formule, de peur que le public ne réponde pas présent si on ne lui sert pas exactement la même chose qu'avant (Avengers : l'ère d'Ultron, Captain America : Civil War, Fast and Furious 8...), la démarche de Villeneuve s'apparente à un geste fort qu'on ne peut que saluer et encourager !

 

Blade Runner 2049 met à l'amende une bonne partie des grosses productions sorties récemment sur nos écrans

 

Balayant d'un revers de la main l'idée d'un recyclage nostalgique qui a tendance à sérieusement gangréner la production hollywoodienne actuelle (Jurassic World, Star Wars - Le réveil de la Force...) et en s'affranchissant de quelques-uns des aspects les plus forts du film original (l'ambiance noire, l'intrigue polar...), Denis Villeneuve fait sien, dès les premières minutes, l'univers créé par Philip K. Dick et adapté ici par Hampton Fancher (co-scénariste du Blade Runner de Scott) et Michael Green (l'excellent Logan de James Mangold).

Ne cédant jamais aux sirènes du blockbuster pétaradant et privilégiant un rythme lent et contemplatif, le réalisateur offre au spectateur médusé un spectacle d'une force et d'une richesse hallucinantes. Esthétiquement déjà, Blade Runner 2049 met à l'amende une bonne partie des grosses productions sorties récemment sur nos écrans : la photographie de Roger Deakins est d'une beauté extraordinaire et nous propose des plans d'une splendeur et d'une grâce renversantes, qu'il s'agisse des étendues désertiques d'une Californie ravagée, d'une ville baignée par la pluie et les néons ou bien encore d'un climax étourdissant de par sa gestion de l'obscurité. Son alliance avec le chef décorateur Dennis Gassner (Skyfall) fait des merveilles et accouche de photogrammes qui risquent bien de marquer durablement la rétine des spectateurs ayant accepté le voyage (la séquence à Las Vegas avec Elvis...). À une époque où on se demande souvent où est parti le budget des superproductions, Blade Runner 2049 expose sur l'écran chacun des dollars investis !

Au niveau de la narration, Denis Villeneuve réussit là aussi son pari : en faisant de la quête de réponses du personnage de K une quête identitaire, le réalisateur canadien prolonge avec intelligence les thématiques du premier film (qu'est-ce qui définit l'humanité, les rapports créateur/créature...) mais offre surtout un renversement qui démontre bien la volonté de Blade Runner 2049 de ne jamais se reposer sur ses acquis mais au contraire d'ouvrir plus largement les questions posées par son aîné. Si le film de Ridley Scott nous amenait à suivre un chasseur de réplicants qui vient à douter de sa condition humaine, cette suite nous donne quant à elle à voir un être artificiel se rêvant humain. Incarnée par un Ryan Gosling absolument remarquable (non, je ne fais pas partie des haters !), cette recherche identitaire, cette soif de croire à la réalité qui nous "constitue" se révèle à plusieurs moments profondément bouleversante et prend des proportions bibliques (K est-il l'Élu ?..) absolument passionnantes. 

 

 

Un tourbillon sensitif, traversé de réflexions passionnantes sur le corps, la mémoire ou encore la religion

 

Véritable anomalie dans le paysage hollywoodien actuel, Blade Runner 2049 est une expérience de cinéma intense et viscérale qui se doit impérativement d'être vécue dans une salle obscure : en prolongeant avec brio les thématiques et les enjeux posés par Ridley Scott en 1982, Denis Villeneuve signe un grand film SF métaphysique et se révèle comme l'un des cinéastes les plus passionnants du moment. Si l'auteur de ces lignes avait eu quelques réserves quant à la première incursion du metteur en scène dans le genre (le très surestimé Premier Contact), Blade Runner 2049 vient balayer ces doutes avec force, intelligence et émotion (la relation entre K et sa femme de synthèse Joi se révèle ainsi d'une profondeur remarquable et extrêmement troublante), faisant de cette aventure un tourbillon sensitif, traversé de réflexions passionnantes sur le corps, la mémoire ou encore la religion.

Et si quelques menus défauts, notamment au niveau d'un rythme parfois trop mou et peut-être trop "conscient" de sa lenteur, empêchent de crier au chef-d'oeuvre total, on ne peut que saluer et soutenir la démarche jusqu'au-boutiste de Villeneuve, ainsi que celle des studios qui ont osé donner 150 millions de dollars pour un blockbuster aussi complexe et atypique.

Un très grand moment de cinéma dont on n'a certainement pas fini d'analyser les tenants et les aboutissants... 

Rendez-vous est donc pris pour le prochain Villeneuve, à savoir la nouvelle adaptation de la saga culte de Frank Herbert Dune, déjà portée à l'écran en 1984 par David Lynch. Mon petit coeur bat déjà !

BLADE RUNNER 2049 - la critique

Crédits photos et résumé : Warner Bros. Pictures, Columbia Pictures, AlloCiné.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article