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CARBONE - la critique

 

Carbone, écrit par Emmanuel Naccache et Olivier Marchal. Réalisé par Olivier Marchal. Avec Benoît Magimel, Idir Chender, Michael Youn, Laura Smet, Dani, Gringe, Gérard Depardieu. FRANCE - 104 mn. Sortie le 1er novembre 2017.

Menacé de perdre son entreprise, Antoine Roca, un homme ordinaire, met au point une arnaque qui deviendra le casse du siècle. Rattrapé par le grand banditisme, il lui faudra faire face aux trahisons, meurtres et règlements de compte.

 

On attendait le retour d'Olivier Marchal sur grand écran de pied ferme ! 

Révélé en 2002 par le très efficace Gangsters avec Richard Anconina et Anne Parillaud, l'ancien flic devenu scénariste pour la télévision (Commissaire Moulin, Police District) avait explosé aux yeux du grand public avec le formidable et brut de décoffrage 36, Quai des Orfèvres (2004) et le poisseux MR-73 (2008), poème macabre d'une noirceur étouffante un peu mal reçu par la critique. En 2011, Marchal passe de l'autre côté de la barrière pour conter les exactions du gang des Lyonnais dans l'excellent Les Lyonnais, magnifique fresque à hauteur d'hommes, intense et brutale... Donc oui, pour tout amoureux de polar à la française, le nom d'Olivier Marchal sonne comme une évidence. Passé l'essai peu concluant de Section Zéro, sa série SF produite pour Canal+ (une saison seulement malgré des qualités esthétiques et narratives certaines), le réalisateur est donc de retour dans les salles obscures avec Carbone, polar tiré d'un faits réel et porté par une distribution quatre étoiles.

Verdict ?

 

[...] c'est le piège de la patte Marchal qui se referme sur le spectateur.

 

Que c'est bon.

Bon sang que c'est bon un polar qui vous attrape, lentement mais sûrement, pour ne plus vous lâcher avant que les lumières de la salle ne se rallument. Alors qu'on se demandait si le metteur en scène du puissant 36, Quai des Orfèvres allait réussir à sortir des "rails" parfois trop visibles de ses oeuvres précédentes (flics torturés, noirceur et dramaturgie hypertrophiées, code d'honneur...), Carbone vient sonner comme une vraie bouffée d'air frais dans le cinéma marchalien.

Débarrassé, du moins dans sa première partie, des flics et des gangsters burnés qui peuplent habituellement ses péloches, Carbone permet à Olivier Marchal de verser dans une veine plus sociale du film policier : empreint d'une sobriété qui sera peut-être enfin l'occasion pour ses détracteurs de poser des yeux autrement moins condescendants sur ses films, le premier tiers de Carbone est une vraie réussite qui nous accroche et nous présente de manière extrêmement efficace les rouages d'une arnaque qui n'a, de prime abord, rien de bien palpitant. Mais le savoir-faire du bonhomme est là et le tout passe comme une lettre à la Poste. Mise en scène carrée, acteurs au top (on ne le dira jamais assez souvent mais le réalisateur de MR-73 est un excellent directeur d'acteurs), photographie soignée... on est agrippé sans que l'on s'en rende compte et, à mesure que le piège de l'argent facile et des dérives en tous genres (coke et alcool) se referme sur les personnages, c'est le piège de la patte Marchal qui se referme sur le spectateur. 

 

La deuxième partie de Carbone fait rugir le Marchal des grands jours. Tragique, noire et inéluctable.

 

Si le début nous avait montré le metteur en scène sortir de sa zone de confort, de par son sujet (la finance), son casting "neuf" (Magimel, Gringe, Laura Smet...), la deuxième partie de Carbone fait rugir le Marchal des grands jours. Tragique, noire et inéluctable.

Après l'ascension, après l'euphorie... la chute. Et si possible, bien violente. C'est bien entendu la structure classique et ultra codifiée du "rise and fall movie", et dont l'un des plus fameux exemples (Scarface de Brian De Palma) est directement cité dans Carbone, et il est indéniable qu'Olivier Marchal la maîtrise et se trouve totalement dans son élément lorsqu'il s'agit de faire causer les flingues et de broyer ses personnages sous les coups d'un funeste destin.

Alors oui, les rageux diront qu'il ressort les grosses bagnoles et les blousons en cuir, qu'il ne peut s'empêcher de convoquer les flics et les gangsters... bref, qu'il retombe dans les travers de son cinéma que certains qualifient d'un peu trop prévisible. Pourtant, ce serait faire la fine bouche que de ne pas apprécier le talent avec lequel Olivier Marchal orchestre la déchéance brutale, sanglante et totalement incontrôlable de ses personnages. Il rejoue certes une partition connue mais bordel, il la maîtrise ! Chef de file d'un renouveau du polar hexagonal opéré pendant les années 2000 aux côtés, pour le meilleur, de Fred Cavalé (Pour Elle) ou Nicolas Boukhrief (Le Convoyeur) et, pour le pire, de Frédéric Shoendoerffer (Truands) ou Richard Berry (L'Immortel), Marchal revient, remonté et en pleine forme, nous prouver qu'il a toutes les bonnes raisons de proclamer que c'est encore lui le patron. 

 

[...] notre beau pays n'a pas à rougir de ses voisins américains ou espagnols lorsqu'il s'agit d'investir le cinéma de genre

 

Moins définitif que ce qui reste pour l'instant son chef-d'oeuvre, à savoir le magnifique 36, Quai des Orfèvres, Carbone n'en reste pas moins un divertissement hautement recommandable. En ces temps de disette pour tout amateur de cinéma populaire français, squatté par les comédies avec Christian Clavier et les nouvelles aventures de Cendrillon et Compagnie (rien que les affiches donnent envie de se crever les yeux...), le nouveau film d'Olivier Marchal rappelle que notre beau pays n'a pas à rougir de ses voisins américains ou espagnols (l'excellent Que Dios Nos Perdone est à voir impérativement !) lorsqu'il s'agit d'investir le cinéma de genre. Porté par des comédiens en grande forme (Michael Youn, Laura Smet, Gérard Depardieu... tous très bons mais on retiendra bien sûr la prestation hallucinante de Benoît Magimel, d'une justesse et d'une profondeur rares), nerveux et rythmé, Carbone est un polar puissant et redoutablement efficace. 

Et qui n'a rien d'une arnaque.

 

Crédits photos et résumé : Les Films Manuel Munz, AlloCiné.

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