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JUSTICE LEAGUE - la critique

 

Justice League, écrit par Chris Terrio et Joss Whedon d'après une histoire de Chris Terrio & Zack Snyder. Réalisé par Zack Snyder. Avec Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill, Amy Adams, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Jeremy Irons, Diane Lane, Connie Nielsen, J.K. Simmons. USA / 120 mn. Sortie le 15 novembre 2017.

Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d'une attaque apocalyptique…

JUSTICE LEAGUE - la critique

Aux rumeurs inquiétantes relayées par les médias depuis maintenant plusieurs mois, je préférais la prudence.
Aux rumeurs de catastrophe industrielle relayées par les critiques depuis plusieurs jours, je préférais là aussi la prudence, ayant encore en tête la bienveillance douteuse dont ont bénéficié certains films (Spider-Man : Homecoming) ou, au contraire, les tirs de Panzer injustifiés subis par d'autres (Valérian et la Cité des Mille Planètes).
 

Bref, je voulais voir de mes propres yeux Justice League, ce projet longtemps fantasmé par Hollywood… et au moins autant par moi-même !

 

Justice League est un ratage aussi rageant que fascinant.

 

Et j'ai vu... Entre les larmes de tristesse et de colère rentrée qui coulaient sur mes joues, j'ai vu un truc informe, mal écrit et profondément laid.

Supposé être l'apothéose du DCEU (DC Extended Universe), au même titre qu'avait pu l'être le premier volet des Avengers de chez Marvel au moment de sa sortie en 2012, Justice League se devait de venir conclure avec force la première phase initiée par Warner et DC en 2013 avec Man of Steel. Le raté est à la mesure de l'attente : énorme. Avec sa narration à la ramasse, son scénario bourré de raccourcis et d'incohérences grossières, ses interprètes qui n'y croient pas ou plus (Ben Affleck, pourtant excellent dans Batman v Superman, est ici totalement effacé) et ses effets spéciaux hideux, Justice League est un ratage aussi rageant que fascinant.

Alors qu'on pensait que la Warner et DC auraient appris de leurs erreurs, à savoir ne pas réitérer leur ingérence contre-productive dans les projets afin de copier la formule Marvel en cours de route (la version ciné de Batman v Superman), au risque bien sûr de tuer toute la cohérence que nécessite la création de ces univers étendus dont Hollywood est si friand (le fossé entre le ton sérieux de Man of Steel et la pantalonnade grossière de Suicide Squad en est un des tristes exemples...), le spectateur médusé se retrouve face à un spectacle encore plus dénué d'âme, un truc bâtard qui, ne sachant jamais sur quel pied danser, se casse finalement la gueule au bout de quinze minutes.

 

"Je n'écrirai rien sur ce film, c'est une merde !"

 

Oui, parce que si Justice League est une horreur, ses quinze premières minutes font encore illusion : un générique snyderien à la Watchmen sur une reprise de Leonard Cohen, une séquence d'action sympathique avec Wonder Woman (Gal Gadot, la seule qui y croit et qui amène un rayon de soleil dès qu'elle sourit) et une autre impliquant les Amazones... on en vient à se demander d'où vient ce méchant buzz. On se dit que les critiques professionnels ont pété un câble (les mêmes qui tressaient des louanges au récent Spider-Man : Homecoming de Jon Watts) et qu'ils ont une nouvelle fois décidé de se "payer DC". Pourtant, même en étant un adepte des complots et en croyant dur comme fer que "tout le monde est contre DC et qu'ils comprennent rien à toujours dire que c'est mieux chez Marvel et que de toute façon les gens c'est des cons", force est de reconnaître que les coups de mortiers lancés contre Justice League sont on ne peut plus justifiés.

À la sortie de la salle, une réplique revient en tête. Pas une tirée du film mais une de La Cité de la Peur d'Alain Berbérian : on marche d'un pas énervé dans les couloirs du multiplexe en fustigeant la Warner d'avoir gâché un potentiel si énorme en marmonnant "Je n'écrirai rien sur ce film, c'est une merde !".

Mais on écrit quand même sur ce film : parce qu'on veut comprendre les raisons du naufrage. Parce que la production on ne peut plus compliquée n'est pas à balayer d'un revers de la main face au résultat final, bien au contraire. Et cela, parce que Zack Snyder se doit d'être défendu : si seul son nom est crédité au poste de réalisateur, il ne reste malheureusement plus grand chose de sa vision dans ce triste produit informe qu'est Justice League.

Petit retour en arrière sur les atermoiements du DCEU...

JUSTICE LEAGUE - la critique

[...] sa vision, pourtant exaltante, de ce mythe indestructible n'est pas du goût de tout le monde

 

Chargé dès 2013 de faire oublier "l'échec" de la dernière apparition du héros de Metropolis sur grand écran, à savoir le très bon Superman Returns de Bryan Singer, et de mettre en place un DC Extended Universe à même de concurrencer Marvel qui engrange alors les billets comme s'il en pleuvait, Zack Snyder se heurte pourtant au moment de la sortie en salles de son Man of Steel à une partie de la critique et du public : sa vision, pourtant exaltante, de ce mythe indestructible n'est pas du goût de tout le monde et les résultats au box-office n'atteignent pas les scores ahurissants du MCU (Avengers et son milliard de dollars !). Ce qui fait que la suite se doit de frapper fort. Très fort. Et pour ça, rien de tel que de réunir les deux héros emblématiques de chez DC : Batman et Superman sont donc attendus dans les salles obscures pour 2015 afin de mettre tout le monde d'accord et asseoir une bonne fois pour toutes la vision sombre et réflexive du genre super-héroïque portée par la Warner.

Malheureusement, l'accueil est d'une violence assez inouïe, autant de la part de critiques pour qui le metteur en scène de Watchmen semble représenter une sorte d'Antéchrist tatoué que de la part du public, incapable d'accepter une vision du super-héroïsme qui ne ressemble pas à celle du voisin : les studios paniquent et assurent aux fans restants que le futur Justice League aura un ton plus léger que Batman v Superman : Dawn of Justice et fera oublier la vision trop pessimiste jusqu'ici mise en place. S'il est chargé de mettre en scène cette fameuse réunion tant fantasmé, impossible de ne pas voir dans ces déclarations un désaveu du travail accompli jusqu'alors par Snyder. Bref, c'est le début de la fin... et une façon pour le moins grossière de lui dire d'y aller mollo.

Prévu pour l'été de la même année, Suicide Squad de David Ayer est le résultat complètement pété du revirement opéré en urgence par DC et la Warner : les gens ont trouvé Batman v Superman trop sombre et pessimiste ? Pas grave, on va y aller franco dans la déconne et le divertissement fun ! Alors vendu comme un Douze Salopards ultra brutal, Suicide Squad devient donc un Club des Cinq affligeant, un nanar atomique rafistolé de tous les côtés et qui jette aux orties tout ce qui faisait le sel de l'approche du genre super-héroïque voulue au départ par les studios.

Réalisé par Patty Jenkins, le très sympathique Wonder Woman permet à la Warner et à DC de sortir enfin la tête de l'eau : l'accueil critique est très bon, le public suit et on parle enfin plus du film que de ce qui se passe en coulisses. Ouf. On se met à envisager le cas Justice League avec plus de sérénité, d'autant que Snyder semble lui aussi suivre la voie du divertissement plus léger avec l'adjonction de quelques scènes écrites avec l'aide de Joss Whedon (Buffy The Vampire Slayer, Avengers, Dollhouse), en accord avec la vision plus optimiste que le metteur en scène souhaitait donner au dernier volet de sa "trilogie" (Man of Steel, Batman v Superman et donc Justice League)...

Aquaman Justice League

 

Justice League fait [...] un joli doigt d'honneur à toute forme de cohérence, niant totalement ce qui avait été mis en place auparavant

 

Mais on apprend en mai que, suite au décès de sa fille, Zack Snyder préfère définitivement s'éloigner du projet afin de rester près de sa famille et c'est donc Joss Whedon, déjà "sur place", qui est chargé du tournage de quelques séquences supplémentaires... "Quelques", le terme est important parce que c'est comme ça que ça nous a été vendu : "Non, non, on ne touchera pas à la vision de Zack, promis !", "Joss fera tout pour ne pas dénaturer ce qui a été fait auparavant, re-promis !".

Pourtant, au sortir de la salle, il paraît bien difficile de nier la catastrophe qui s'est jouée devant nous... Si la réunion de super-héros venus d'horizons divers a réussi à venir à bout du méchant Steppenwolf, l'association de deux réalisateurs au style aussi différent l'un de l'autre n'aura pas réussi à transformer l'essai : les coutures sont visibles, grossières et on se met en tête, pour éviter de sombrer dans la plus profonde dépression à la vue de ces mythes tant vénérés (je pleure mon enfance et mes heures passées devant les séries Batman et Superman de Bruce Timm) à chercher qui est responsable de la scène à laquelle on assiste. Oh, un plan qui a de la gueule : c'est du Zack tout craché ! Oh, une vanne qui sent le réchauffé et un cadrage fadasse : ce serait pas Whedon par hasard ?.. Si j'aime beaucoup le travail de Joss Whedon (en tant que scénariste sur des oeuvres cultes telles que Firefly ou Buffy, mais également en tant que metteur en scène, sur Avengers ou sur les séries qu'il a créées), il faut admettre que son style est à cent coudées en dessous de celui de Zack Snyder, moins épique, moins visuellement marquante.

Et si ce style "snyderien" est très régulièrement moqué par les détracteurs du monsieur, force est de reconnaître qu'à l'heure où toute une palanquée de blockbusters se trouvent mis en scène par des yes-men sans aucune patte identifiable (Peyton Reed sur Ant-Man, Scott Derrickson sur Doctor Strange, Alex Kurtzman sur La Momie...), voir un film qui a de la gueule, ça fait du bien. Mais là, ça ne fait pas du bien : entre les ruptures de tons abruptes (toute tension dramatique se voit systématiquement réduite en miettes pas une vanne), le récit précipité pour tenir sur deux heures, les effets spéciaux tout bonnement honteux pour un film avec un tel budget (on parle quand même de 300 millions), on ne retrouve rien de ce qui nous avait séduit dans la proposition cinématographique de Snyder. La réflexion sur les super-héros ? Oubliée. La richesse des thématiques abordées, où le noirceur de l'âme côtoie l'espoir rêvé par une humanité perdue ? Idem, à la poubelle. Supposé comme l'aboutissement de l'univers DC mis en place depuis quatre films, Justice League fait justement un joli doigt d'honneur à toute forme de cohérence, niant totalement ce qui avait été mis en place auparavant (quid de l'incroyable vision cauchemardesque de Batman dans Dawn of Justice ?..). Un énorme gâchis donc, et dont on a certainement pas fini d'entendre parler : si les langues ont bien commencé à se délier (d'où il ressort notamment l'idée d'un montage original de Snyder de près de trois heures), il faudra sûrement encore quelques années avant que toute la vérité ne soit faite sur cette catastrophe industrielle monumentale. Seules choses à espérer pour le moment : que Snyder se sente la force de revenir vers ce projet dont il a été dépossédé et qu'il nous ponde un Ultimate Director's Cut qui tabasse ; que des têtes tombent chez Warner et DC, celles des costards-cravates sans respect, afin d'éviter qu'un tel fiasco ne se reproduise...

Ps : on croise très fort les doigts pour Aquaman de James Wan !

JUSTICE LEAGUE - la critique

Crédits photos et résumé : Warner Bros. Pictures, AlloCiné.

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