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STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

Star Wars - The Last Jedi, écrit et réalisé par Rian Johnson. Avec Mark Hamill, Carrie Fisher, Adam Driver, Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Andy Serkis, Lupita Nyong'o, Domhnall Gleeson, Kelly Marie Tran, Laura Dern, Benicio del Toro. USA / 152 mn. Sortie le 13 décembre 2017.

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine...

Quelques mots qui ont à jamais changé la face du cinéma hollywoodien et ouvert la voie d'un imaginaire sans limites à même de toucher le coeur de millions de spectateurs de par le monde : deux ans après Le Réveil de la Force de J.J. Abrams, c'est au tour des Derniers Jedi de venir perpétuer l'héritage de George Lucas.

Verdict !

STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

[...] comme dirait Yoda : "choisir ton camp, il te faudra"

 

Sorti depuis maintenant deux semaines dans quasiment toutes les salles du monde entier, le huitième volet de la saga interstellaire initiée par George Lucas en 1977 cartonne. Presque trois millions d'entrées pour sa première semaine d'exploitation en France, deuxième meilleur démarrage de tous les temps aux USA (derrière... Le Réveil de la Force !)... pas de doute, l'amour du public pour les aventures de Finn, Rey ou Kylo Ren ne semble aucunement faiblir et les actionnaires de chez Disney ont de quoi continuer à se frotter les doigts et à envisager sereinement une troisième Porsche pour le Nouvel An.

Pourtant, force est de reconnaître que si les critiques professionnelles (notamment celles venues d'outre-Atlantique) ont, dans une grande majorité d'entre elles, loué le travail exemplaire de Rian Johnson, la réaction du public s'est montrée beaucoup moins enthousiaste. Ou en tout cas, plus divisée. Entre les "pro" et les "anti", entre ceux qui considèrent que le metteur en scène de Looper a réussi son pari haut la main et fait des Derniers Jedi l'un des meilleurs opus de la saga et ceux qui, au contraire, pensent que Johnson a ruiné leur enfance et mérite d'être exilé sur une planète désertique, la guerre est déclarée.

Et, comme dirait Yoda : "choisir ton camp, il te faudra".

STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

Là où on espérait un vrai passage de relai plein d'audace et de modernité, J.J. Abrams[...] jouait la carte de l'hommage un peu trop appliqué.

 

Je suis dans le camp des conquis. Voilà, c'est dit : adieu donc à ceux qui viennent de partir à la lecture de ces quelques mots et salutations distinguées aux autres.

Emporté par le souffle et par l'ampleur du spectacle qui venait de m'être proposé, je suis ressorti tout chancelant de la salle de cinéma : une sensation qui devient de plus en plus rare, à mesure que les salles obscures se retrouvent envahis par des divertissements sans âme et formatés (Spider-Man : Homecoming, Justice League) ; une sensation que je pensais perdue en ce qui concerne Star Wars.

Si Rogue One, le spin-off signé Gareth Edwards, m'avait hautement enthousiasmé, c'est sur le "fil" canonique de la saga officielle (celle des épisodes I à VII) que mes réserves se portaient. 

En 2015, la sortie du Réveil de la Force avait eu l'effet d'une petite douche froide pour tous ceux qui trépignaient à l'idée de voir enfin leur saga reprendre vie sur grand écran : après une prélogie (La Menace Fantôme, L'Attaque des Clones, La Revanche des Sith) très diversement appréciée, l'arrivée du papa d'Alias et de Lost et du revival réussi de Star Trek sonnait comme la meilleure des nouvelles. On le pensait alors être le plus à même de créer le lien entre l'ancienne et la nouvelle génération, tant pour ceux se trouvant sur l'écran (l'aventure réunissant les héros d'antan Han Solo, Leia et les héros naissants qu'étaient alors Rey, Finn ou encore Kylo Ren) que pour ceux se trouvant devant (les jeunes spectateurs appelés à s'approprier la saga). Malheureusement, en dépit d'un récit mené sans temps mort et d'une mise en scène s'éloignant avec bonheur du tout numérique de la prélogie, Le Réveil de la Force se révélait finalement beaucoup trop sage. Là où on espérait un vrai passage de relai plein d'audace et de modernité, J.J. Abrams, comme pour ne pas risquer de froisser qui que ce soit, jouait la carte de l'hommage un peu trop appliqué (intrigue pompée sur celle de l'Episode IV)... Dommage.

J'attendais donc de voir, avec autant de crainte que d'excitation, ce que Rian Johnson allait m'offrir avec cet Episode VIII : allait-il enfin emmener la franchise vers le futur que l'on espérait tant lors de la sortie du précédent opus ? Allait-il faire des Derniers Jedi le Star Wars de la nouvelle génération, le Star Wars qui s'affranchit de son passé pour écrire enfin les bases de son avenir ?..

STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

[...] audacieux travail sur l'échec comme moteur narratif et personnel

 

La réponse est un grand "oui".

Là où l'Episode VII ne proposait, au terme d'une aventure qui se voulait avant tout rassurante (tant pour les spectateurs que pour les actionnaires désireux de voir si la saga avait encore le potentiel pour séduire), que très peu de surprises, Rian Johnson entend bien faire de son opus celui du renversement, celui de l'ouverture vers le futur. Et, pour le brillant metteur en scène de Brick ou de Looper, cela passe par la destruction du passé, par la remise en cause de ses idoles. D'un Luke qui remet en cause les fondements de l'héritage Jedi et de la Force à un Kylo Ren qui appelle littéralement à laisser mourir le passé pour se trouver une place, Les Derniers Jedi se pose comme le prolongement parfait, et audacieux, de ce que J.J. Abrams n'avait fait que mettre précédemment en branle.

À une époque où la nostalgie est devenue un des fonds de commerce de l'industrie hollywoodienne (Jumanji, Ça, Stranger Things, Ghostbusters...), le pari de Johnson est plutôt osé et s'avère maîtrisé avec une aisance et une profondeur remarquables. En imbriquant cette démystification des mythes à un remarquable travail sur l'échec comme moteur narratif et personnel, le jeune metteur en scène nous livre l'un des blockbusters les plus réjouissants et surprenants de 2017, au même niveau qu'un Logan ou qu'un La Planète des Singes : Suprématie, eux aussi capables de réfléchir et d'apporter au spectateur autre chose qu'une succession de CGI et d'explosions en tous genres.

Qu'il s'agisse de Luke, que son échec à faire de Kylo Ren un Jedi, a poussé à l'exil ; de Poe qui ne parvient pas encore à se définir comme un leader ; de Leia qui n'a pas réussi à faire revenir son fils du bon côté ; de Kylo Ren lui-même qui échoue dans sa tentative à être le nouveau Dark Vador ("Détruis-ce masque ridicule" lui assène Snoke)... tous les personnages des Derniers Jedi sont définis par leurs échecs respectifs. Pour autant, cette vision pessimiste n'est pas juste là parce que "la noirceur ça marche, ça fait sérieux comme The Dark Knight et on va avoir deux TT dans Télérama" : si les personnages sont sur la voie de la maturité de par leurs défaites (comme le dit Yoda : "The greatest teacher, failure is"), si elles leur permettent de se révéler comme les nouveaux héros que la saga (et la Galaxie) attend, elles offrent au spectateur le privilège d'être embarqué dans une histoire dont, alleluia !, il ne devine pas les tenants et les aboutissants au bout de deux minutes. Face à des blockbusters aux péripéties interchangeables et aux scripts en carton (La Momie, Spider-man : Homecoming), Rian Johnson préfère jouer la surprise et emprunter un chemin non-balisé sacrément revigorant !  

Et à voir les réactions extrêmes que suscitent cet opus, alors que la puissance de la dramaturgie développée ici devrait être louée et notamment les nombreux conflits moraux qui hantent les personnages (Luke qui se sent coupable d'avoir créé un monstre, Kylo Ren et sa prise de pouvoir), certains ne lui ont clairement pas pardonné de ne pas leur avoir donné le Star Wars qu'ils voulaient.

Qu'ils espéraient. Qu'ils fantasmaient. 

Comme dans un élan métatextuel hautement excitant, Johnson fait comprendre que si ses héros se doivent de tourner la page quant aux légendes du passé, le spectateur serait bien avisé d'en faire autant et d'accepter de prendre des chemins qu'il n'avait pas envisagés... 

STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

Star Wars - The Last Jedi est un pur régal de SF, une grosse production qui montre à chaque instant où chaque dollar a été investi

 

Thématiquement très riche, Les Derniers Jedi n'est pas en reste au niveau de la forme. Véritable festival pour les yeux, le blockbuster de Rian Johnson contient quelques séquences qui s'annoncent comme parmi les plus belles de cette année 2017 et comme parmi les meilleures de toute la saga Star Wars. Et ouais, rien que ça !

Entre une introduction remarquable de tension et filmée avec une ampleur qui laisse pantois à peine le film commencé, en passant par un combat au sabre laser hallucinant de beauté opposant la garde prétorienne de Snoke à Rey et Kylo Ren, une explosion silencieuse tétanisante et amenée à marquer les rétines de bon nombres de spectateurs ou encore une bataille finale sur une planète au sol rouge recouvert de sel et qui permet à Johnson de faire preuve d'un sens de la composition renversant, Star Wars - The Last Jedi est un pur régal de SF, une grosse production qui montre à chaque instant où chaque dollar a été investi. Loin des blockbusters impersonnels où les séquences d'action semblent avoir intégralement été conçues par le département des effets spéciaux sans l'aval de celui qui signe le film, le metteur en scène de Looper appose au contraire son regard de cinéaste fait de cadrages affirmés, de gros plans audacieux (ce plan sur le regard de Poe Dameron lors de l'attaque en début de métrage est très fort) et d'idées visuelles et sonores totalement à contre-courant du tout venant des grosses productions actuelles (ce qui me permet de mentionner de nouveau l'explosion silencieuse, moment de cinéma tout simplement incroyable...).

Tout ça nous amenant bien entendu à ce climax de fou furieux : la confrontation entre Luke et les troupes du Nouvel Ordre. Avec ses plans renversants à la photographie sublime, sa thématique de la transmission (cet héritage dont on doit se débarrasser afin de créer l'étincelle pour la nouvelle génération) incarnée à l'écran, la puissance du jeu d'Adam Driver (son personnage de Kylo devient l'un des plus passionnants de la saga) ou encore cette bouleversante manière d'amener le personnage de Luke (le charisme de Mark Hamill !) à accepter son statut légendaire appelé à mettre en branle le futur... pfiou, c'est du grand Art tout simplement, d'une force qui vous rappelle pourquoi on aime le Cinéma.

Pour vibrer, trembler, s'extasier.

STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

[...] pour le plus grand bonheur de ceux prêts à faire un pas vers l'avenir et à laisser reposer en paix les icônes du passé

 

Iconoclaste dans sa manière de prendre à rebours les attentes des spectateurs et dans sa façon de faire siennes les pistes lancées précédemment par J.J. Abrams (le passé de Rey, le développement inattendu de Snoke...), Rian Johnson s'approprie la saga avec un courage exemplaire, pour le plus grand bonheur de ceux prêts à faire un pas vers l'avenir et à laisser reposer en paix les icônes du passé. Tel un Yoda mettant le feu à l'Arbre renfermant tout ce qui reste de la sagesse des Jedi, le réalisateur n'hésite pas, et c'est tant mieux !, à faire table rase des acquis d'antan pour enfin transmettre Star Wars à une toute nouvelle génération, désireuse elle aussi de se frotter à cet univers qui na eu de cesse d'exciter l'imaginaire de millions de spectateurs depuis maintenant 40 ans.

À J.J. Abrams maintenant, alors qu'il a entre les mains les clés de l'Episode IX, de conclure brillamment ce qui vient de nous être donné : on espère de tout coeur qu'il saura prendre des risques et évitera la retenue qui avait fait de son Réveil de la Force une demi-réussite. Parce que ça y est : la Force est réveillée (et ce dernier plan de toute beauté nous indique que tout le monde, s'il y croit, peut en être l'héritier) et Star Wars est réveillé !

May the Force be with us !

STAR WARS - LES DERNIERS JEDI - la critique

Crédits photos et résumé : Walt Disney Pictures, LucasFilm, AlloCiné.

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