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MISSION : IMPOSSIBLE - FALLOUT - la critique

 

Mission : Impossible - Fallout, écrit et réalisé par Christopher McQuarrie d'après la série créée par Bruce Geller. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson, Simon Pegg, Ving Rhames, Sean Harris, Angela Bassett, Alec Baldwin, Michelle Monaghan. USA / 147mn. Sortie le 1er août 2018.

Les meilleures intentions finissent souvent par se retourner contre vous… 

Dans MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT, Ethan Hunt accompagné de son équipe de l’IMF – Impossible Mission Force et de quelques fidèles alliées sont lancés dans une course contre la montre, suite au terrible échec d’une mission.

 

Si l'on se doutait bien qu'Ethan Hunt ferait tout pour sauver le monde, on pouvait se demander si Tom Cruise avait encore les épaules assez solides pour sauver notre été cinématographique. Oui, parce qu'avec les sorties récentes de trucs aussi insipides qu'Avengers : Infinity War, Solo, Black Panther ou bien encore Jurassic World - Fallen Kingdom, il s'agit bien de sauver ce sentiment d'excitation folle qui fait que l'on se rend dans une salle obscure...

Après les échecs critiques et/ou commerciaux de Jack Reacher - Never Go Back, La Momie ou bien encore American Made, la côte de popularité de l'une des dernières grandes stars hollywoodiennes à l'ancienne s'était prise un sacré coup de plomb dans l'aile : et malgré le plaisir (toujours intact pour votre serviteur !) de le voir rempiler dans un nouvel opus de la saga Mission : Impossible, certains esprits chagrins pouvaient n'y voir que l'opportunité d'un succès facile, juste là pour dire "Hé ! Je suis encore là !"...

Verdict !

 

[...] Fallout ne cherche rien moins qu’à être le blockbuster de l’été. Le blockbuster de l’année.

 

Le souffle court, le palpitant qui ne s’en remet pas et les doigts encore accrochés à l’accoudoir : au terme de 2h28 de projection, le spectateur ne peut pas quitter la salle comme ça, tranquille, comme si de rien n’était. 

Non, il lui faut se remettre de ses émotions, essayer d’enlever le sourire de gosse qui orne son visage et qui risque bien de faire croire à tout le monde qu’il est victime d’un AVC s’il sort dans la rue et peut-être essayer, objectivement, de mettre des mots sur le spectacle auquel il vient d’assister.

S’il est comme moi, il s’écriera : « Oh put*** ! » 

S’il est américain, il s’écriera : « Oh my God, it was fucking awesome !! »

Finalement, et s’il est à peu près normalement constitué et que son cerveau n’a pas entièrement fondu devant les CGI des derniers Marvels, il se précipitera de nouveau vers la caisse du ciné pour reprendre une place. 

En 2015, Christopher McQuarrie nous balançait une grosse claque avec son Mission : Impossible - Rogue Nation. Trois ans plus tard, il nous démontre avec une énergie de malade qu’il en a encore sous le capot et que son Fallout ne cherche rien moins qu’à être le blockbuster de l’été. Le blockbuster de l’année.

Un idéal de film d’action comme on se plaît souvent à en fantasmer. Oui, je fantasme souvent des films d’action. 

Bref, mission on ne peut plus réussie pour McQuarrie : Fallout est une bombe. 

 

[...] la franchise M:I, comme un hommage aux masques portés par les héros de la série dont elle s'inspire, a eu de nombreux visages.

 

Initiée en 1996, la saga Mission : Impossible s'est installée dans le paysage cinématographique hollywoodien, et dans le coeur des spectateurs, comme l'une des plus solides et des plus appréciées. Pourquoi ?

Pour son incroyable générosité, sa volonté de toujours en offrir plus à ses spectateurs médusés ? Bien sûr.

Pour son ambition ? Sa faculté à toujours savoir se renouveler, tant dans son style que dans son écriture ? Assurément.

Et ce, grâce à la présence derrière la caméra d'un réalisateur différent à chaque opus, chacun y imprimant son style et ses obsessions. Du thriller paranoïaque de Brian De Palma (l'épisode inaugural) au virevoltant Protocole Fantôme de Brad Bird, en passant par l'actioner signé John Woo (M:I-II), l'épisode d'Alias gonflé aux hormones mis en scène par J.J. Abrams (M: I-III) et bien entendu le très classe Rogue Nation de McQuarrie, la franchise M:I, comme un hommage aux masques portés par les héros de la série dont elle s'inspire, a eu de nombreux visages. Et c'est, comme sur la saga Alien ou sur les derniers James Bond (Martin Campbell, Marc Forster et Sam Mendes), ce qui fait son incroyable force.

Pourtant, Fallout vient rompre ce pacte tacite passé avec le public et qui faisait de chaque opus de la saga l'échantillon d'une époque, l'échantillon d'une idée du divertissement prônée par le grand manitou Tom Cruise (producteur depuis le premier film) par ses meilleurs représentants (Woo, Abrams, Bird) : Christopher McQuarrie, déjà à l'oeuvre sur l'exceptionnel épisode précédent, remet donc le couvert.

 

Christopher McQuarrie donne à voir un épisode radicalement plus sombre et torturé [...] avec une aisance et une assurance absolument renversantes.

 

Scénariste émérite (Usual Suspects), réalisateur très solide (Way of the Gun, Jack Reacher) mais surtout fidèle collaborateur de Tom Cruise (il lui a écrit les excellents Edge of Tomorrow, Walkyrie et Jack Reacher), Christopher McQuarrie devient donc le premier réalisateur de la franchise à rempiler, qui plus est à la suite de son propre opus : doit-on craindre une sensation de redite ? Doit-on regretter que ce qui faisait une partie de l'intérêt de la franchise (un réalisateur par film) soit ainsi balayé ?.. Oui, on peut. 

Mais les premières minutes vont rapidement vous faire changer d'avis ! Très loin de se reposer sur ses lauriers, McQuarrie livre avec Fallout un épisode bien différent de Rogue Nation : au glamour et à l'élégance classieuse de la mise en scène du précédent opus (revoir la scène de l'opéra !), il  propose ici un divertissement beaucoup plus "rentre-dedans", un actioner épique et monumental.

Nerveux et tragique.

Avec sa photographie plus froide, sa caméra percutante, son montage plus sec et la musique très "zimmerienne"de Lorne Balfe (Ghost in the Shell), la forme de Mission : Impossible - Fallout épouse avec un brio renversant les thématiques qui sous-tendent son récit. Remise en question des motivations des personnages principaux et de leur engagement dans leur lutte contre le Mal, conséquences tragiques des actions passées, réflexion sur l'héroïsme et la place de l'intime dans le jeu de dupes qui se joue sur l'échiquier mondial... avec M:I - Fallout Christopher McQuarrie donne à voir un épisode radicalement plus sombre et torturé, héritier des plus belles heures du cinéma du grand Christopher Nolan (The Dark Knight en tête) auquel il se confronte volontiers avec une aisance et une assurance absolument renversantes.

En ramenant avec un plaisir on ne peut plus communicatif les personnages de Solomon Lane et d'Ilsa Faust, en offrant à Michelle Monaghan une partition bouleversante qui touche droit au coeur (d'Ethan et du spectateur) et en se permettant ici et là de rendre hommage aux épisodes précédents, il offre à la saga une vraie mémoire, une sérialisation que J.J. Abrams avait amorcée sur son injustement boudé M:I III et qui trouve ici un véritable aboutissement tant narratif qu'émotionnel. McQuarrie réussit en fait ce que le dernier opus des aventures de 007, Spectre, avait échoué à faire : il fait de Fallout une sorte de conclusion à un arc amorcé il y a de cela plusieurs années (les trois derniers pour être plus précis), justifiant ainsi son titre ("fallout" signifie "retombées") par l'exploration des conséquences que peuvent avoir certaines actions, au niveau mondial lorsqu'il s'agit de combattre les Apôtres et leur actes terroristes mais également au niveau intime lorsqu'il s'agit de réunir deux êtres qui se sont aimés mais que la violence et la peur ont fini par séparer et qui finalement les réunit une nouvelle fois, de la plus tragique des façons.

À ce titre, je reconnais m'être pris en plein poire la puissance romantique de la partie finale...

 

[...] le film de Christopher McQuarrie délivre à intervalles réguliers des morceaux d'action complètement fous, tous plus renversants les uns que les autres [...]

 

Cascades démentielles, séquences d'action renversantes d'efficacité et d'inventivité... le service marketing n'y est pas allé de main morte pour nous signifier que ce nouvel épisode de Mission : Impossible était un gros morceau de cinoche comme on en fait trop peu.

Mais le service marketing, justement... n'en a-t-il pas fait un peu trop ?

Oh que non. Fallout est un tour de grand huit dont on ressort haletant, des étoiles plein les yeux et avec l'envie folle d'y retourner de suite. Bâti sur un crescendo dont on se demande s'il va réussir à tenir la distance, le film de Christopher McQuarrie délivre à intervalles réguliers des morceaux d'action complètement fous, tous plus renversants les uns que les autres : entre une baston bien brutale dans les toilettes du Grand Palais, une poursuite hallucinante dans les rues de Paris à moto et un combat ahurissant  et vertigineux entre deux hélicoptères au-dessus des montagnes du Cachemire, l'amateur de blockbuster qui envoie du lourd ne saura plus où donner de la tête et ressortira de la salle en se disant que le prochain volet de la saga James Bond va bien galérer pour ne serait-ce qu'atteindre le niveau d'excellence de McQuarrie dans la gestion des ces séquences, dans leur grandeur, dans leur souffle.

Alors, pour ce qui est de le surpasser...

Et puis, finissons par enfoncer quelques portes ouvertes : je l'ai souvent écrit ici et là (au moment de la sortie de Jack Reacher ou de La Momie) mais je redis encore une fois toute mon admiration pour le travail de Tom Cruise. Véritable dernière star à s'impliquer comme un malade pour livrer au spectateur le meilleur divertissement possible, l'interprète d'Ethan Hunt est ici absolument remarquable. Il redonne enfin à voir de l'humain en action : atrophiés par tous les CGI qui abreuvent les blockbusters actuels, nos yeux ne peuvent que pleurer de joie devant ce spectacle au maximum fait "en dur", c'est-à-dire avec de vrais décors, de vraies cascades et un minimum de numérique. Bordel, qu'est-ce que c'est bon !

Et je peux vous assurer qu'à la troisième vision sur grand écran, Fallout n'avait toujours rien perdu de sa superbe et se révélait sans mal comme l'un des films d'action les plus fous et les plus grisants qu'il m'ait été donné de voir.

Oui, carrément.

Un film d'une beauté terrassante, d'une ampleur sans commune mesure et qui, s'il fait de l'action le moteur de sa narration (ce qui n'a rien de péjoratif hein, le cinéma c'est aussi et surtout le mouvement...), ne laisse jamais ses personnages sur le côté. Qu'il s'agisse de Simon Pegg ou de Ving Rhames, toujours là et toujours aussi essentiels à cette famille que constitue cette équipe de l'IMF, qu'il s'agisse d'Henry Cavill, brute de charisme, du toujours aussi flippant Sean Harris ou de la superbe (mais vraiment superbe) Rebecca Ferguson, tous ont une partition solide à incarner : la peur, les remords, les doutes...

À une époque où les scénarios se reposent sur des personnages prétexte à faire des vannes ou à lancer la séquence SFX, McQuarrie nous rappelle qu'un film n'est rien si le spectateur n'y trouve pas de quoi le transporter, l'émouvoir, le toucher.

 

Vous l'aurez compris, Mission : Impossible - Fallout vient rappeler, avec une énergie sidérante et un sens du spectacle que l'on croyait perdu, que les blockbusters à l'ancienne, c'est-à-dire incarnés et humains, sont encore possibles ! Vous cherchiez un antidote à la morosité actuelle du cinéma hollywoodien, de plus en plus étouffé par des films de super-héros creux et impersonnels ?

Embarquez !

Crédits photos et résumé : Paramount Pictures, Bad Robot, AlloCiné.

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