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MILLENIUM : CE QUI NE ME TUE PAS - la critique

 

The Girl in the Spider's Web, écrit par Jay Basu, Fede Alvarez et Steven Knight d'après le roman de David Lagercrantz et les personnages créés par Stieg Larsson. Réalisé par Fede Alvarez. Avec Claire Foy, Sverrir Gudnason, LaKeith Stanfield, Sylvia Hoeks, Stephen Merchant. Canada/Allemagne/USA/Suède/Royaume-Uni - 115 mn. Sortie le 14 novembre 2018.

Frans Balder, éminent chercheur suédois en intelligence artificielle fait appel à Lisbeth Salander afin de récupérer un logiciel qu'il a créé et permettant de prendre le contrôle d'armes nucléaires. Mais la NSA ainsi qu'un groupe de terroristes mené par Jan Holster sont également sur la piste du logiciel. Traquée, Lisbeth va faire appel à son ami le journaliste Mikael Blomkvist qu'elle n'a pas vu depuis 3 ans.

 

Les fans de la saga littéraire créée par Stieg Larsson et les cinéphiles encore sous le choc de l'adaptation signée David Fincher s'étaient malheureusement fait une raison : les volumes 2 et 3 de la trilogie Millenium n'arriveraient pas sur nos écrans. Du moins, pas dans leur version américaine, portée par les excellents Daniel Craig et Rooney Mara.

La faute à quoi ? Un premier film raté ? Oh que non ! Loin de là, même ! Sombre, ténébreux et profondément malsain, Millenium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes est clairement un des thrillers les plus brillants vus sur un écran de cinéma ces dix dernières années. Malheureusement, le public ne suit pas vraiment et le projet de voir les deux opus suivants prendre vie sous la caméra du génial metteur en scène de Zodiac et Gone Girl devient rapidement une arlésienne à laquelle plus personne ne croit...

Mais.

 

Place à Claire Foy [...] dans le rôle ô combien risqué de la hackeuse Lisbeth Salander.

 

Hollywood ne pouvait pas en rester là... Pensez-donc ! La franchise Millenium, c'est une poule aux oeufs d'or et il était clair que l'Oncle Sam chercherait de nouveau à récupérer sa part du gâteau : c'est David Lagercrantz et sa reprise en main littéraire de la saga initiée par le regretté Stieg Larsson qui va se révéler comme la meilleure solution pour un retour de Lisbeth et Mikael sur les écrans du monde entier, toujours sous l'égide de Sony Pictures.

Exit donc Noomi Rapace et Rooney Mara : place à Claire Foy (Paranoïa de Steven Soderbergh, The Crown) dans le rôle ô combien risqué de la hackeuse Lisbeth Salander. Le résultat est, disons-le de suite, franchement convaincant. Et c'est un fan absolu de l'interprétation de Rooney Mara qui vous dit ça ! Prêt à cracher les pires vacheries sur celle qui lui succédait, j'ai vite rangé mes à-priori pour apprécier le jeu de Foy, toute en subtilité, fragilité et colère rentrée.

Un bon point pour Sony.

 

[...] ce n'est pas qu'il soit mauvais, c'est juste qu'il soit si "basique".

 

Un bon point... et puis c'est tout ? Non quand même pas.

Mais, il faut bien reconnaître que le fossé qualitatif entre le précédent volet signé Fincher et celui-ci, pourtant très correctement emballé par le sympathique réalisateur de Don't Breathe, a de quoi donner le vertige... Le thriller tordu, dérangeant et poisseux a laissé place... à un thriller d'espionnage mené tambour battant.

Soit. En soi, ça peut être considéré à la fois comme une injure pour tous les fans du travail de Stieg Larsson et comme un pari réussi pour tous ceux qui avaient trouvé le bouquin de David Lagercrantz imbuvable : rendre palpitant un livre aussi ch***t, chapeau les scénaristes !

Blague à part, ce qui gêne tant dans Ce qui ne me tue pas, ce n'est pas qu'il soit mauvais, c'est juste qu'il soit si "basique". Et ça fait mal d'écrire ça. Surtout quand on a encore en mémoire les intrigues ultra-riches tissées par Stieg Larsson, les personnages borderline qui les peuplaient, le ton désespéré et profondément malsain... Ici, une vague histoire à base de logiciel espion, la NSA et des mafieux qui s'en mêlent... et un Mikael Blomkvist aux abonnés absents, totalement transparent et vide de charisme.

Entièrement porté par son personnage féminin (bonne idée du scénario que d'inverser les rôles et de faire de Lisbeth le personnage moteur de l'intrigue), Ce qui ne me tue pas aligne donc sans temps mort les séquences d'action, les péripéties et les retournements de situation : aucun risque pour le spectateur de s'assoupir certes, mais aucune chance non plus de s'investir comme les précédents films (suédois comme américain) avaient pu le permettre.

Et si tout ce qui touche à Lisbeth et à sa famille redonne, lors d'un climax très réussi et traversé de plans iconiques tout droit sortis du cinéma horrifique, un supplément d'âme bienvenu à un film qui semblait jusqu'alors n'être motivé que par son souci d'efficacité maximum, le spectateur ne pourra que regretter "l'uniformisation" de l'univers Millenium. Là où le Fincher reste, six ans après sa sortie, d'une étrangeté radicale et salvatrice au sein de l'industrie hollywoodienne.

 

Ce qui ne me tue pas est juste un divertissement racé et efficace.

 

Nerveux et efficace : on pensait écrire ces mots pour le nouveau Jason Bourne ou la nouvelle aventure d'Ethan Hunt mais c'est finalement Millenium, dans sa mue vers une possible (et très souhaitée, vu qu'un cinquième roman est déjà sorti) franchise, qui s'y colle. Je le redis : loin d'être un ratage, de par sa mise en scène soignée (Alvarez sait cadrer et découper son action) et le jeu très fort de Claire Foy, Ce qui ne me tue pas est juste un divertissement racé et efficace. À une époque où Hollywood peine souvent à réunir ces critères avec bon nombre de films poussifs, on pourrait prendre cela pour une réussite.

Oui. Mais, de Millenium, on attendait tellement plus...

Crédits photos et résumé : Columbia Pictures, Metro-Goldwyn-Mayer, Regency Enterprises, AlloCiné.

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Moskau 08/05/2019 17:00

Pas convaincu qu'un cinquième volet se mette en place rapidement, le film de Fede Alvarez étant passé presqu'inaperçu. Double balle dans le pied pour Sony (Fincher et la franchise).

Sébastien Mardelay 08/05/2019 17:12

C'est clair que Sony s'est bien planté sur ce coup-là : ils avaient dans les mains un matériau en or (la trilogie originale de Larsson est vraiment excellente), un réalisateur parmi les meilleurs en activité (Fincher quoi !) et même ce reboot/suite n'arrive pas à faire redécoller la machine.
Le film d'Alvarez n'a pourtant rien de honteux, c'est ça le pire : un divertissement honorable mais on attend tellement mieux de Millenium...