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GLASS - la critique

GLASS - la critique

Glass, écrit et réalisé par M. Night Shyamalan. Avec James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson. USA / 129mn. Sortie le 16 janvier 2019.

Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Depuis plusieurs mois, au fil des informations distillées au compte-goutte et des diverses bandes-annonces toutes plus excitantes les unes que les autres, Glass s'imposait sans difficulté comme l'une de mes plus grosses attentes de ce début d'année. Encore sous le choc de Split et des incroyables pistes narratives qu'offrait son final jubilatoire, toujours aussi marqué par son incroyable Incassable, sans aucun doute son meilleur film, je plaçais en M. Night Shyamalan de très grands espoirs. 

GLASS - la critique

[...] Glass, mix ultime des personnages et des thématiques d'Incassable et de Split, avait de quoi faire saliver tout spectateur normalement constitué.

 

Une semaine après voir vu la bête... et la Bête, il faut bien se rendre à l'évidence : Glass, c'est pas si génial que ça.

Et bon sang, que ça fait mal d'écrire ça !

Parce que Shyamalan, malgré quelques erreurs de parcours telles que Phénomènes ou Le Dernier Maître de l'air, est encore à l'heure actuelle l'un des grands metteurs en scène américains de la culture pop. Cette culture aujourd'hui traitée par-dessus la jambe par une bande d'actionnaires plus soucieux de se choper la dernière Porsche que de proposer aux spectateurs des divertissements exigeants et chiadés, Shyamalan l'a toujours traitée avec un respect profond, une volonté sans cesse renouvelée d'en décortiquer les codes et les fondements. Qu'il s'agisse du film de fantômes (Sixième Sens), de l'invasion extraterrestre (Signes) ou bien du film de monstre (Le Village), le metteur en scène de The Visit s'attachait sans relâche, à partir de postulats directement issus de la culture populaire et notamment du fantastique, à construire une oeuvre riche profonde, mélancolique et profondément humaine.

Incassable et sa relecture bouleversante de la thématique du super-héros, et ce bien avant que Marvel et Cie n'abreuvent nos écrans de leurs superproductions pétaradantes, reste encore à l'heure actuelle comme l'un des objets de réflexion les plus forts et aboutis sur le sujet, au même titre que le Watchmen d'Alan Moore. Vous imaginez donc bien que Glass, mix ultime des personnages et des thématiques d'Incassable et de Split, avait de quoi faire saliver tout spectateur normalement constitué.

GLASS - la critique

[...] le film s'effondre relativement vite et plonge le spectateur dans un semi-coma dont il ne ressortira que très sporadiquement.

 

Et, en sortant de la projection, je dois reconnaître que mon avis était plutôt positif : de par son rythme lent, ses ruptures de ton, ses acteurs impliqués (même Bruce Willis, c'est dire !) et quelques brillantes séquences, Glass m'avait convaincu.

Il y avait certes ici et là des raccourcis scénaristiques un peu grossiers, un ventre mou en milieu de film et une réflexion légèrement grossière et pompeuse sur les comics et leurs mécanismes narratifs... mais pas de quoi bouder son plaisir.

Est-ce que, parce l'attente avait été longue (Shyamalan promet une suite à Incassable depuis presque 20 ans...) et que les fantasmes que l'on avait plaqués sur Glass ne pouvaient décemment pas se voir réduits à néant, j'étais poussé à ne garder que le verre à moitié plein ?.. Il y a sûrement un peu de ça.

Et une semaine plus tard, ce sont malheureusement une bonne partie des défauts du film qui me restent en mémoire...

Passé une première partie vraiment excellente et exaltante, offrant une très bonne mise en place du postulat fort de Glass (réunir les trois personnages dans un asile psychiatrique) sous les apparats classieux d'une mise en scène souvent inspirée (la science du cadrage de Shyamalan est toujours intacte), le film s'effondre relativement vite et plonge le spectateur dans un semi-coma dont il ne ressortira que très sporadiquement.

On regarde, l'oeil mi-clos, les échanges sous Lexomil entre le personnage de Sarah Paulson et nos trois "héros", on se demande où le metteur en scène de Signes veut en venir avec ses questionnements sur l'authenticité des actions vues dans les deux précédents opus de la trilogie et on attend. Si l'idée de faire de Glass un miroir déformé d'Incassable (qui visait à convaincre un individu qu'il avait des super-pouvoirs) est attrayante, on sait pertinemment que ça ne peut pas durer sur deux heures.

Alors on attend le "truc", le petit retournement de situation qui nous indiquerait que Shyamalan, en interrogeant la véracité d'Incassable et de Split (et donc notre conviction en ce qu'on a vu) veut aller quelque part... mais non, rien.

Ce qui en soi est logique pour un metteur en scène qui a fait de la foi et de la croyance (en soi, dans les mythes populaires, dans le merveilleux...) le coeur de ses récits. Pourquoi, alors, essayer de nous faire croire que tout est faux ?.. Mystère. 

Par conséquent, à quoi se raccrocher ? La réflexion sur les comics et ses procédés narratifs ? 

GLASS - la critique

Méchamment en retard et méchamment énervant par son didactisme pour neuneus.

 

Bah non. Là aussi, c'est un peu la douche froide.

Écrit comme s'il ne s'était rien passé depuis Incassable (mis à part Split bien sûr), Glass tente de se la jouer super-malin en expliquant, décortiquant et analysant les ressorts scénaristiques... que n'importe quel spectateur connaît maintenant. Parce qu'il s'est justement passé des choses depuis Incassable. Une vingtaine de Marvel et autres DC notamment.

Une vingtaine de films qui ont posé des bases en terme de narration (et en abusent un peu-beaucoup maintenant...), de rebondissements, d'écriture, de caractérisation de personnages... Alors, quand Shyamalan déboule avec ses gros sabots et entend nous expliquer, toutes les dix minutes, quelque chose que l'on a déjà assimilé depuis pas mal de temps (on l'imagine l'air goguenard et le sourcil levé, persuadé de nous foutre sur le cul...), on se dit que Glass est en retard.

Méchamment en retard et méchamment énervant par son didactisme pour neuneus.

Alors, même si tout n'est pas à jeter, notamment grâce à James McAvoy et Samuel L. Jackson qui tirent clairement le film vers le haut en volant chacune des séquences dans lesquelles ils apparaissent, "l'effet Glass" ne cesse de se dégonfler au fur et à mesure que les jours passent.

M. Night Shyamalan a beau maîtriser avec une assurance certaine le langage cinématographique (cadrages et montage régulièrement percutants) et proposer quelques rebondissements pas dégueus (son final et sa manière de nouer l'intime au spectaculaire), on ne peut que se montrer déçu devant cette conclusion qui (nous) promettait tant.

Crédits photos et résumé : Universal Pictures, Buena Vista International, AlloCiné.

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