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LA MULE - la critique

LA MULE - la critique

The Mule, écrit par Nick Schenk. Réalisé par Clint Eastwood. Avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Alison Eastwood, Michael Peña, Dianne Wiest, Andy Garcia. USA / 116mn. Sortie le 23 janvier 2019.

À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d'être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s'est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain.

Extrêmement performant, il transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un "supérieur" chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s'intéresser à lui : l'agent de la DEA Colin Bates est plus qu'intrigué par cette nouvelle "mule".

Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre...

LA MULE - la critique

En 2009, Clint Eastwood mettait fin à sa carrière d’acteur dans le bouleversant Gran Torino, de la manière la plus symbolique possible : en filmant sa mort. S'il est apparu devant la caméra de son ami Robert Lorenz pour le sympathique Une nouvelle chance, impossible de nier le réel plaisir de le voir de nouveau s’afficher sur un grand écran… qui plus est devant sa propre caméra. 

L'événement est grand mes ami(e)s ! L'événement est grand. Et la tristesse qui m'étreint, au moment où s'éteignent les lumières de la salle et que le film débute, aussi...

Car si pour le metteur en scène d’Un monde parfait et d’American Sniper, l’histoire a toujours plus compté que le message, il s’avère très difficile de ne pas analyser sa filmographie à l’aune de sa propre personnalité, de son propre parcours. Tout au long de son hallucinante carrière, Eastwood n’aura en effet eu de cesse de prendre un malin plaisir à détruire et déconstruire son image de héros macho et violent : flic alcoolique et à la ramasse dans la jouissif L’Épreuve de Force, chanteur country mourant dans le fabuleux Honkytonk Man, pistolero vieillissant dans Impitoyable, photographe amoureux dans le poignant Sur la route de Madison, papy revanchard et colérique gagné par la rédemption dans le magnifique Gran Torino...  Alors, parce qu'on sait que malgré toutes nos prières de cinéphile Eastwood ne sera jamais éternel, on se dit que l'on va se prendre un nouveau coup au moral de la part de ce vieux briscard de 88 printemps qui a forcément mis dans cette Mule tout un aspect testamentaire qui risque de nous achever.

LA MULE - la critique

Et bien non ! Enfin si, mais pas autant que ce que la bande-annonce avait bien pu nous laisser croire avec son ambiance crépusculaire, sa musique lourde et son parfum de tragédie qui planait, inévitable et oppressante. Parce que si le nouveau film de Clint Eastwood délivre de très très grands moments d'émotions, aussi pudiques que dévastateurs, il est aussi et surtout marqué par une tonalité profondément cool et lumineuse, où notre mule avale le bitume au rythme des chansons country et jazzy de son autoradio ! On nous avait vendu deux heures de drame intimiste et solennel, on se retrouve devant un drame intimiste... très souvent fun et euphorisant. Bien joué, Clint. Bien joué.

Et finalement, quoi de plus logique à ça ?..

Comme je le disais auparavant, avec Gran Torino Eastwood avait mis un point définitif à l'auscultation de son image, à la déstructuration de sa légende de la manière la plus radicale possible : celle de la mort. Et les cinéphiles ne s'en sont toujours pas remis...

Avec La Mule, c'est l'homme qui parle. Tout simplement.

LA MULE - la critique

Et l’homme a des choses à dire. L’homme a des choses à rattraper.

Tiré d’une histoire vraie, comme tous les Eastwood depuis maintenant 10 ans, le récit de La Mule est bien entendu un miroir que se tend le metteur en scène à lui-même : trop occupé à façonner, défaire et interroger sa légende, il a, comme le héros qu'il met en scène et interprète, lui aussi fait passer sa carrière avant les siens. Mais le compteur tourne : il est temps de faire son mea-culpa et de retourner vers ce qui a réellement de l’importance : la famille, les amis. De ce constat impitoyable, Eastwood aurait pu tirer un drame sombre et torturé.
 

Il en fait un mélodrame plein de malice et d’irrévérence, traversé par un humour aussi jouissif que communicatif. Il faut voir Clint, avec un oeil pétillant qu'on ne lui connaissait plus, s'amuser devant sa caméra à balancer quelques répliques bien politiquement incorrectes... et qu'importe si certain(e)s s'en offusquent ! À presque 90 balais, il n'a plus rien à prouver et entend bien démontrer qu'il est capable de prendre et tordre les clichés qu'on lui a collés ici et là au fil des décennies (raciste, macho...) avec un entrain proprement jubilatoire. Yes, Clint !

Ce retour sur son image, mais cette fois-ci voulu à hauteur d'homme, il l'effectue littéralement via les trajets en pickup de son héros : traversant les États au son de standards blues, jazz et country, Eastwood revisite quelques-unes des figures les plus typiques de son cinéma (la filiation, la transmission, la relation qu'il entretient avec le flic joué par Bradley Cooper fait immanquablement penser au splendide Un Monde Parfait...) avec une gourmandise et une légèreté contagieuses. 

Mais la mort rôde : on le sait. Eastwood le sait et ne s'y dérobe pas : lorsque le drame refait surface, il nous cueille et ne nous lâche plus. Animé d'une bienveillance et d'une chaleur proprement bouleversantes, aidé en cela par la superbe photographie d'Yves Bélanger (Wild, Sharp Objects), le grand Clint orchestre avec l'élégance et la sobriété qui font toute la force de sa mise en scène un retour sur soi qui touche en plein coeur.

Sans misérabilisme mais avec humanisme.

La légende Eastwood est immense, l'homme l'est tout autant.

Crédits photos et résumé : Warner Bros. Pictures, Malpaso, AlloCiné.

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