Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

"TU TE RAPPELLES L'ÉPISODE OÙ ?.."

"TU TE RAPPELLES L'ÉPISODE OÙ ?.."

Cet article fait en quelque sorte suite à celui paru en décembre 2012, "Sériephile... et alors ?" 

Il y a un an de cela, je vous proposais l'article "La rentrée télé US 2018 - partie 1"... qui ne fut jamais suivi de la partie 2.

Pourquoi ? Flemme ? Censure ? Trou noir ?.. 

La flemme, en partie, et aussi et surtout parce que cette rentrée 2018 ne m'avait proposé aucune claque à même de me scotcher chaque semaine à mon canapé. À une époque où les propositions sérielles sont de plus en plus nombreuses, et où les plateformes de diffusion le sont aussi (et on attend Apple TV+ et Disney+ dans les prochains mois...), il devient de plus en plus difficile de s'imposer.

Et de tenir la distance. 

 

stumptown abc cobie smulders
"Stumptown", créée par Jason Richman - ABC

 

La question de la distance est primordiale dans l'offre sérielle actuelle. Alors que la plupart des plateformes de SVOS/streaming proposent l'intégralité d'une nouvelle série et/ou saison d'un coup, offrant ainsi au téléspectateur le loisir tout s'enfiler en quelques heures (le fameux bingewatching), il en reste encore pour qui l'ingurgitation massive ne relève absolument pas d'une nécessité et osent encore perpétuer une tradition de plus en plus absente lorsqu'on parle des fictions que l'on suit : celle du rendez-vous. 

Les futures plateformes d'Apple et de Disney semblent vouloir, à en croire les différentes annonces faites ces derniers mois, revenir à ce format de l'épisode hebdomadaire et c'est un bon point. Parce qu'en effet, combien de "super nouveautés", de "gros coups de coeur" balancés par Amazon Prime et/ou Netflix d'un bloc en fin de semaine, commentés par les singe-watcheurs pendant les deux jours qui suivent... puis totalement oubliés au profit d'une autre nouveauté et où le jeu va consister à voir qui va tout visionner en premier pour en parler le plus vite ? Une course à la consommation qui prend de plus en pus clairement le pas sur la qualité et qui a tendance à annihiler pas mal des spécificités de l'écriture sérielle, à savoir l'installation des personnages et des intrigues dans le temps, l'instauration d'un rendez-vous et la mise en place, sur le long terme, d'une "mémoire", d'une histoire à laquelle chaque téléspectateur pourra se raccrocher.

 

evil cbs robert michelle king
"Evil", créée par Robert et Michelle King - CBS

 

Quelques-uns résistent encore, telles les chaînes du câble HBO, Showtime ou FX ainsi que, bien entendu les networks (ABC, CBS, NBC)... et ils ont bien raison. Certes parce que ça fait des décennies que cette structure économique est en place, tout simplement mais surtout parce que c'est plus malin d'un point de vue stratégique de parler d'une série pendant plusieurs semaines/mois que pendant un week-end.

Et puis, je parle peut-être là d'un point de vue personnel, mais on s'en rappelle plus de ces séries dont on attendait la suite chaque semaine. Non ?

J'ai encore en tête beaucoup d'épisodes de différents shows qui ont forgé et marqué ma sériephilie : le final de la saison 1 de The West Wing, l'épisode Phase One d'Alias, le sort tragique de Lucy dans la saison 6 d'Urgences, l'épisode musical de Buffy, l'épisode des enveloppes de Seinfeld, Magnum (le vrai, le moustachu Tom Selles) qui dérive en pleine mer au début de sa saison 4, la fin de la saison 2 de Battlestar Galactica, le portail qui grince dans Sliders, le pilote des Soprano, le triple épisode final de Cheers (et les larmes qui ont suivi), la mort de Maddy dans Twin Peaks, le "We have to go back" de la fin de saison 3 de Lost, etc... De grands moments de pop culture sur lesquels on s'est arraché les cheveux, sur lesquels on a disserté jusqu'à plus soif, qui nous ont émus, traumatisés, transportés... pendant longtemps.

À contrario, combien de séries avalées en quelques soirs/jours et dont je ne me rappelle plus grand chose ou dont je ne me rappelle plus de quelle manière les événements s'imbriquaient. Parce qu'une série, ça a une écriture et un rythme propres que le visionnage intensif détruit : on y perd la respiration entre deux épisodes ou, à l'inverse, on perd la montée en puissance qu'un scénariste aura su installer dans l'agencement de son récit.

L'agencement, c'est peut-être là le noeud du problème : dans cette "nouvelle" manière de consommer (entre guillemets parce que c'est on ne peut plus ancré dans les moeurs maintenant), on se retrouve devant un gros bloc de fiction, presque informe, qui n'amène qu'une satisfaction, celle d'en être venu à bout. Avant tout le monde étant le bonus. Le plaisir de la série hebdomadaire est justement de se répéter.

Bien entendu, ça ne veut pas dire que je ne vais pas m'enfiler un paquet d'épisodes de certaines séries pour rattraper mon retard... Dernièrement, j'ai binge-watché les sept premières saisons de Game of Thrones pour être à jour au moment de la diffusion de la saison finale : j'ai passé d'excellents moments mais le plaisir de devoir attendre chaque semaine le nouvel épisode, lorsque j'ai eu rattrapé le train en route, était sacrement meilleur !

Avoir eu tout, tout de suite, m'avait enlevé ce goût inimitable de la frustration. 

 

"Emergence", créée par Tara Butters et Michele Fazekas - ABC

 

Tout ça pour dire que cette rentrée télé US 2019, celle des networks, celle des épisodes hebdomadaires, celle que certains esprits chagrins appelleraient peut-être la "télé à papa" pour bien insister sur le côté vieillot... et ben, elle me plaît vachement. EmergenceEvil ou bien encore Stumptown : j'ai regardé leurs premiers épisodes respectifs... et j'étais content de me caler sur le canapé la semaine suivante pour retrouver leurs héros et voir vers quoi ils allaient m'emmener. Et si tout se passe bien au niveau des audiences, j'en ai pour quelques semaines. Je croise les doigts.

Et je vous en reparle très vite de ces séries.

Promis, pas dans un an.

Crédits photos : ABC, CBS.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article