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STAR WARS - L'ASCENSION DE SKYWALKER - la critique

STAR WARS - L'ASCENSION DE SKYWALKER - la critique

Star Wars - The Rise of Skywalker, écrit par J.J. Abrams et Chris Terrio d'après une histoire de Derek Connolly, Colin Trevorrow, J.J. Abrams et Chris Terrio, et des personnages créés par George Lucas. Réalisé par J.J. Abrams. Avec Daisy Ridley, Adam Driver, John Boyega, Oscar Isaac, Carrie Fisher, Mark Hamill, Keri Russell. USA - 142 mn. Sortie le 18 décembre 2019.

La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épiqie pour la liberté.

Ça y est, le moment fatidique est arrivé : tout ce qui a commencé doit finir.

« Enfin! » se diront les plus réfractaires à ce que Disney a fait de la saga initiée il y a de cela 42 ans par George Lucas ; « Grmbl… snif... » pour celles et ceux qui ont été conquis par les pistes lancées par J.J. Abrams avec Le Réveil de la Force et qui vibrent dès que l’on évoque le nom de Star Wars ; « T’as intérêt à relever la barre, J.J. ! » lanceront les fans toujours en PLS depuis que Rian Johnson a osé aller à l’encontre de ce qu’ils voulaient dans l’opus précédent, le toujours injustement boudé Les Derniers Jedi ; « T’as pas intérêt à effacer ce qu’a fait Johnson pour nous repondre un truc aussi fadasse que l’Episode VII, hein J.J. ?! » pour celles et ceux qui ont justement goûté avec plaisir aux excitantes pistes lancées par l’Épisode VIII et qui craignent le rétropédalage

Verdict ?

STAR WARS - L'ASCENSION DE SKYWALKER - la critique

Trois générations de spectateurs sont partis à l’aventure aux côtés de Luke, Han, Leia, Obi-Wan, Jar-Jar (pour les plus déviants), Rey, Finn, Padmée ou Poe ; tout le monde se souvient de son point d’ancrage dans la saga, ce moment qui l’a fait basculer et embrasser avec passion l’univers mis en place par Lucas : y apporter un point final, à même de satisfaire tout le monde, apparaissait donc comme quasiment insurmontable.

En écrivant ces quelques lignes, on pourrait croire que je tente de « calmer le jeu » et de prévenir toute forme de déception, du genre : « Oui mais vous savez, J.J. il pouvait pas faire de miracles, on ne peut pas plaire à tout le monde. Chacun des spectateurs de cette saga s’est improvisé scénariste depuis bien longtemps maintenant, et semble être le seul à même de parfaitement la conclure… Et puis... »

Et puis non, en fait. Ce serait trop facile.

Ce serait nier qu’en plus d’être un Star Wars médiocre, L’Ascension de Skywalker est aussi et surtout un film médiocre, tout simplement. Monté à la truelle, réalisé sans génie aucun et privilégiant la vitesse au véritable rythme, croyant ainsi cacher le plus longtemps possible les coutures craquelantes d’un script tout pété, cet Episode IX est un des ratages les plus fascinants de l’industrie hollywoodienne récente, sûrement amené, lorsqu’on connaîtra tous les tenants et aboutissants de sa création, à devenir un cas d’école.

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Ratage, donc ? Oui, et ce dès les premières secondes, au moment du fameux texte déroulant. « Les morts parlent !... » À la lecture de ces quelques mots écrits en jaune, et des suivants annonçant le retour de Palpatine, c’est le spectateur qui rit. Jaune, lui aussi. Parce que face à ce qui s’apparente à l’une des plus grosses paresses scénaristiques vues depuis un bail, on ne peut que prendre ça à la rigolade : « Ok, chez Disney, ils s’en tapent, c’est clair. Ils sont partis en mode balek total »..

J’étais entré dans la salle avec un espoir : il aura suffi de quelques lignes (si ça se trouve, c’est la retranscription de ce que Terrio et Abrams ont écrit sur le coin d’une table, bourrés au Cointreau…) pour qu’il s’éteigne, telle la dignité chez les actionnaires de chez Disney, plus préoccupés par la couleur de leur nouvelle Porsche que de travailler leur film.

Palpatine est donc de retour. On avait entendu son rire sinistre dans les bandes-annonces et on se demandait bien ce que le maléfique Empereur, grand méchant pourtant mort à la fin du Retour du Jedi, allait apporter à cet ultime opus.

La réponse, j’en ai bien peur, est : rien.

Ou pour être plus précis, rien de bon. Ce retour de Palpatine, introduit n’importe comment et dont les explications sur son "grand-plan-pour-conquérir-l’univers-et-en-fait-je-me-cache-depuis-tout-ce-temps-parce-que-je-suis-trop-maléfique-et-c’est-moi-qui-ai-créé-Snoke-aussi-parce-que-je-suis-trop-maléfique-bis" sont à se facepalmer de honte, symbolise de manière on ne peut plus alarmante le regard final à porter sur cette dernière trilogie, à savoir un truc écrit au burin, faisant fi de toute logique interne et ne sachant jamais comment, tout en fermant les portes d’un univers, s’ouvrir vers l’avenir.

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Dans le précédent, et injustement décrié, volet de cette postlogie, Rian Johnson avait réussi à nous offrir un spectacle visuellement incroyable et thématiquement très riche : en proposant une réflexion sur le poids du passé et sur le besoin d’en briser les idoles, il permettait de sortir du carcan de la saga originelle, carcan dont le timide Épisode VII signé Abrams était encore trop prisonnier. Sa manière de répondre aux origines de Snoke et de Rey, ainsi que les ouvertures sacrément excitantes que lançaient son final, participaient du même mouvement : faire table rase des acquis d’antan pour enfin transmettre le cœur de la saga à une toute nouvelle génération.

Une génération qui n’a pas besoin de lien avec les Skywalker ou ses descendants pour exister et entrer dans l’aventure. Ce terreau créatif, véritable travail d’un scénariste désireux de ne pas se reposer sur ses lauriers, J.J. Abrams et Chris Terrio n’en font rien. Si, en fait : ils passent leur temps à en effacer, à en gommer tout ce qui en faisait le sel et la pertinence.

Pourquoi ?

Parce que les fans ont râlé à la sortie de l’Episode VIII : « Comment avez-vous osé faire ça au sabre de Luke ?! », « Quoi ?! Rey n’est la fille de personne ? C’est une gueuse ?! », « Il est nul le personnage de Rose ! On l’aime pas ! ».. Bref, pas du tout à l’aise quant à la réception critique de cet opus par certains fans (je précise bien certains), Kathleen Kennedy (à la tête de Lucasfilm) et Bob Iger (big boss de Disney) ne l’entendent pas de cette oreille et appuient des deux pieds sur la pédale de frein : Colin Trevorrow (Jurassic World), prévu pour conclure sur l’Episode IX, est limogé et J.J. est rappelé à la rescousse pour contenter tout le monde.

Peut-on voir dans ce pathétique retournage de veste l’état actuel de l’industrie hollywoodienne ? Oui. Une incapacité incroyable à ne jamais aller de l’avant (on fait une liste de tous les remakes/reboots en cours ?), à proposer, de peur de froisser ou de bousculer. Le fléau de la créativité en somme.

Et à voir ce qu’Abrams opère dans la première partie de L’Ascension de Skywalker, il est on ne peut plus acteur/fossoyeur de cet état de fait morbide : entièrement construite dans l’optique de défaire ce que l’opus précédent avait bâti, on peut la voir comme une gifle. Tout simplement.

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Abrams et sa clique ont sorti leur petit carnet, ont noté les doléances des vrais fans et s’en sont servi pour écrire le scénario : pratique ! Cet Épisode IX revient donc sur le geste de Luke qui balançait son sabre, rétropédale sur les origines de Rey, envoient Rose dans un coin de l’écran et la font ressortir pour amener les cafés, fait revenir Lando alors qu’il ne sert à que dalle… La liste est longue.

Au petit garçon qui rêvait des étoiles à la fin du VIII, Abrams envoie un taquet : « Laisse tomber l’avenir petit ! C’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe ! »..

Sauf que sa soupe, elle a un méchant goût de renfermé.

Obnubilé par l’idée de plaire au plus grand nombre, au détriment de la logique interne que cette trilogie aurait méritée (le film est quasiment une suite directe du VII, l’opus de Johnson n’existe plus…), le metteur en scène des pourtant excellents Super 8 et Star Trek Into Darkness nous donne à voir un spectacle tout ce qu’il y a de plus triste, à la structure narrative branlante, aux personnages en mousse et aux séquences spectaculaire…ment incapables de marquer la rétine durablement.

Créant de nouveaux personnages au lieu de se concentrer sur ceux que nous suivons depuis Le Réveil de la Force (Finn et de Poe deviennent de vagues seconds rôles vides de sens et de développement dramaturgique) ; enchaînant les péripéties et les rebondissements avec un rythme qui se voudrait héritier de celui d’un serial (n’est pas Spielberg qui veut…) mais qui n’aboutit qu’à une forme d’abrutissement du spectateur, inerte devant des images qui ne font que bouger, L’Ascension de Skywalker est, comme je le disais en préambule, tout autant un mauvais Star Wars qu’un pathétique divertissement.

Si l’on peut reconnaître à Abrams d’avoir un certain sens de l’image (oui, il y a des plans qui claquent et qui seront parfaits pour tester votre futur écran 4K), cela ne dépasse que très rarement le stade de l’illustration basique : où est l’ampleur, où est le gigantisme que l’on attendait de cet opus final, conclusion de toutes les conclusions ? Où est l'émotion que devrait susciter les adieux que l'on fait à ces compagnons de route et de cinéphilie ?

Où est le cinéma en fait ?

Pas un combat amené à rejoindre les plus marquants de la saga (celui d’Obi-Wan contre Dark Maul par exemple), pas une bataille spatiale qui ne nous scotche au siège telle celle du final de Rogue One de Gareth Edwards, pas un moment qui nous fait dresser les poils sur les bras (le passage avec Chewie dans le vaisseau : facepalm bis), pas un endroit où on se dit qu'un cinéaste est à la barre et non pas un faiseur qui assemble deux plans pour faire joli…

Là où le réalisateur de Mission : Impossible 3 nous avait habitués à créer de vrais moments de cinéma, il se révèle ici incapable de marquer les esprits, d’émouvoir ou d’émerveiller. Le final, grosse bataille que l’on espérait épique et monumentale, est à ce titre d’une mollesse et d’une tristesse insondables, et d'où ne ressort jamais la moindre trace de peur ou de tension.

STAR WARS - L'ASCENSION DE SKYWALKER - la critique

Bilan très peu glorieux d’une trilogie qui aura fait couler beaucoup d’encre, entre ceux qui craignaient la récupération de ce symbole pop par le méchant Disney et ceux qui espéraient le renouveau de cette saga interstellaire, cet Épisode IX reflète malheureusement ce qu’est devenu, en grande partie, le divertissement hollywoodien : un truc désincarné qui, en se tournant vers un passé dont il est incapable de tirer quoi que ce soit si ce n’est une nostalgie mortifère et vide de sens, ne parvient plus à faire rêver.

C’est triste.

Encore plus quand on parle de Star Wars.

Crédits photos et résumé : Lucasfilm Ltd., Walt Disney Motion Pictures, AlloCiné.

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