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1917 - la critique

1917 - la critique

1917, écrit par Sam Mendes & Krysty Wilson-Cairnes. Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strog, Andrew Scott, Benedict Cumberbatch, Colin Firth, Claire Duburcq, Richard Madden. GB / USA - 119 mn. Sortie en salles le 15 janvier 2020.

Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

1917 - la critique

Impossible de parler de 1917 sans parler du défi technique mis en place par Sam Mendes ? 

Oui, très clairement. 

Dans toutes les interviews du réalisateur, de son directeur de la photographie (le génial Roger Deakins) ou des comédiens, on y revient encore et encore : 1917 a été conçu comme un unique plan-séquence et on ne compte plus les fois où on a lu et/ou entendu les termes "virtuosité" et "immersion" .

Déjà, à l’annonce du projet et de ce que ce challenge allait représenter, l’excitation grandissait jour après jour : ça allait être complètement fou, c’était certain.

Mais pourquoi, donc ? 

1917 - la critique

Parce que le plan-séquence, c’est un peu un acmé esthétique, tant pour les cinéphiles que pour les réalisateurs qui semblent voir dans ce procédé un passage obligé pour être reconnu comme un formaliste qui compte… 

Fait de filmer une action en un seul plan, sans coupe aucune et sans montage (ou du moins en apparence selon les exemples), le plan-séquence a délivré au cours des décennies passées quelques-uns des plus grands moments de l’histoire du 7ème Art, embrassant par son concept les idées d’immersion, de temps réel et de prouesse technique. Comme je le disais un peu plus tôt, certain(e)s y voient un passage obligé afin d’obtenir le statut de "vrai" metteur en scène alors que, s’il sert un réellement un propos plutôt que d’être une manière d’en foutre plein la vue, ce procédé peut se révéler on ne peut plus pertinent. 

The Player de Robert Altman, La Soif du mal d’Orson Welles, Magnolia de Paul Thomas Anderson, L’Impasse de Brian de Palma, Les Affranchis de Martin Scorsese… nombreux sont les films qui ont su faire du plan-séquence de véritables morceaux d’anthologie, tant d’un point de vue esthétique que d’un point de vue narratif (le pouvoir de Ray Liotta lorsqu’il déambule dans le les cuisines puis le restaurant dans le film de Scorsese - ici : https://youtu.be/OJEEVtqXdK8, la déconstruction du mythe hollywoodien dans celui d’Altman…). 

1917 - la critique

Point de jonction, tant théorique (gommer l'artificialité du montage) que physique (l'absence de coupe comme regard continu), entre le réel et la fiction, le plan-séquence est une des figures stylistiques les plus fascinantes et spectaculaires du langage cinématographique.

Spectaculaire. Le mot est lâché. 

Pendant près de deux heures, je n'ai vu qu'une prouesse technique, un gros coup de coude perpétuel qui m'incitait à m'émerveiller devant le taf accompli. Jamais l'immersion. Enfin si, un petit peu au début et puis, au fur et à mesure que le film avançait et ne proposait aucun point de vue si ce n'est le plus tape-à-l'oeil, l'intérêt n'a fait que s'émousser. Complètement en dehors d'un film qui semblait paradoxalement me crier sans arrêt "C'EST IMMERSIF ! VIENS !", je n'ai eu d'yeux que pour les mouvements de caméra, la lumière, la difficulté de tel ou tel plan, etc... Pour un film utilisant un procédé visant au "réel-dans-ta-face", je n'ai finalement vu qu'un spectacle son et lumière d'où l'émotion pointait quasiment toujours aux abonnés absents : alors oui, c'est beau (la séquence du village en pleine nuit est magnifique) mais c'est raté.

Quand on commence à ne s'intéresser qu'au comment plutôt qu'à ceux qui vivent l'action, quand on attend de voir si la caméra arrivera à passer au-dessus du ravin sans coupe ou si, justement, tel passage devant un poteau signifie une coupe "masquée", c'est que l'idée d'impliquer le spectateur à 100% s'est égarée en cours de route. De ce formalisme qui selon moi tourne à vide, Christopher Nolan avait déjà été accusé au moment de la sortie de Dunkerque, film qui jouait lui aussi sur la temporalité pour donner à vivre une représentation viscérale de la guerre : sauf que le réalisateur du récent Tenet délivrait au spectateur exactement ce pour quoi il était venu, c'est-à-dire du cinéma.

Ne se cachant jamais derrière l'artifice du "faire vrai", Nolan usait des techniques propres à son medium (le montage notamment, soit l'antithèse du plan-séquence ici présenté) et offrait une expérience autrement plus passionnante et bouleversante...

Et immersive.

Crédits photos et résumé : Universal Pictures, AlloCiné.

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