AFTER EARTH - la critique

After Earth, écrit par Gary Whitta & M. Night Shyamalan , d'après une histoire de Will Smith. Réalisé par M. Night Shyamalan. Avec Will Smith, Jaden Smith. USA - 2013. 100mn. Sortie le 5 juin 2013.

 

Sorti le 31 mai dernier aux USA, After Earth subit de violentes critiques qui marquent une nouvelle fois le profond désamour qui unit désormais M. Night Shyamalan, le public et la presse, et ce depuis maintenant plusieurs films. Pour l'auteur prodige qui avait mis Hollywood à ses pieds avec des oeuvres aussi puissantes que Sixième Sens et Incassable, la baisse de popularité s'est produite à partir de La Jeune Fille de l'Eau, film parfois prétentieux mais néanmoins bourré de moments magiques, avant qu'une très nette cassure n'intervienne avec le piteux Phénomènes et le très moyen Dernier Maître de l'Air (je me sens parfois seul sur ce coup mais j'ai un peu envie de défendre ce film)... Désespérément en quête d'un succès, à la fois auprès du public mais aussi des critiques, Shyamalan se lance donc avec After Earth dans sa première oeuvre 100% SF : blockbuster estival de 130 millions de dollars emmené par Will Smith et calibré pour cartonner, le film est finalement descendu en flèche depuis maintenant une semaine...

AFTER EARTH - la critique

Avec de tels retours négatifs, difficile d'entrer dans la salle le sourire aux lèvres : déjà que la campagne promo n'avait pas spécialement fait grimper l'attente (en occultant notamment le fait que c'était Shyamalan derrière la caméra, comme si le réalisateur se traînait une sorte de malédiction à même de plomber la sortie...), voilà qu'une autre affaire vient ternir l'image d'un film qui n'en demandait pas tant, à savoir les nombreuses références supposées faites à la Scientologie tout au long des aventures de Will Smith et de son fils, Jaden. Sur ce point, je me permettrai juste de dire que l'un des arguments avancés par les détracteurs du film de Shyamalan, à savoir que l'idée de vaincre sa peur véhiculée par le film serait proche des écrits scientologues, me paraît légérement exagéré : dans à peu près 95% des récits, la peur se doit d'être combattue par le héros s'il veut pleinement s'accomplir... De Star Wars à Matrix en passant par Le Roi Lion et 40 ans, toujours puceau... Doit-on y voir là aussi de la propagande?..

After Earth mérite-t-il cet acharnement et représente-t-il le dernier coup de pelle d'un réalisateur enterré une bonne fois pour toutes?.. Clairement, non. Sans atteindre le niveau de ses premiers travaux, le nouveau film de M. Night Shyamalan se révèle être une superproduction atypique et pleine de surprises. 

AFTER EARTH - la critique

Après un atterrissage forcé, Kitai Raige et son père, Cypher, se retrouvent sur Terre, mille ans après que l’humanité a été obligée d’évacuer la planète, chassée par des événements cataclysmiques. Cypher est grièvement blessé, et Kitai s’engage dans un périple à haut risque pour signaler leur présence et demander de l’aide. Il va explorer des lieux inconnus, affronter les espèces animales qui ont évolué et dominent à présent la planète, et combattre une créature extraterrestre redoutable qui s’est échappée au moment du crash.
Pour avoir une chance de rentrer chez eux, père et fils vont devoir apprendre à œuvrer ensemble et à se faire confiance…

De cette histoire très classique, qui suit les schémas narratifs proposés par Joseph Campbell dans son Hero With A Thousand Faces (essai de 1949 qui dévoile les principes archétypaux sur lesquels la plupart des récits mythologiques sont basés, à savoir l'appel à l'aventure, la confrontation avec un univers inconnu et dangereux et enfin le retour du héros, transfiguré et transformé par ses actions), M. Night Shyamalan tire un scénario plutôt intéressant qui lui permet de revisiter quelques-uns de ces thèmes de prédilection. Entre la difficile relation entre un père et son fils (Incassable), la survie dans une nature hostile (Phénomènes), la peur comme étape-clé à surmonter (Sixième Sens) ou plus simplement la naissance d'un héros (IncassableLe Dernier Maître de l'Air), c'est tout un pan de son univers cinématographique que le réalisateur aborde. D'un film de commande dont on aurait pu craindre le pire, M. Night Shyamalan parvient finalement à tirer le meilleur et à démontrer une nouvelle fois son très grand talent de conteur. Si After Earth n'est pas exempt de quelques défauts narratifs (un rythme parfois inégal et des flashbacks pas forcément nécessaires), le film n'en reste pas moins une très bonne surprise, bien loin de la honte annoncée.

AFTER EARTH - la critique

Se rapprochant d' Oblivion dans sa volonté d'être un blockbuster différent (en plus d'être aussi une fable portée par un message écologique), After Earth porte en lui tout ce qui fait aimer le cinéma de Shyamalan : ses longs plans fixes, sa mise en scène épurée, son sens du suspense... Bref, un pouvoir et une croyance en l'image (un plan en dit souvent bien plus qu'un mot chez Shyamalan) qui vient rappeler à quel point le cinéaste, malgré ses errements passés (Phénomènes en tête), est un des plus brillants de la décennie passée. Porté par un Will Smith très bon dans un rôle difficile (ne pas montrer ses émotions) qui a fait dire à certains qu'il jouait mal (...) et un Jaden Smith assez convaincant, After Earth ne mérite vraiment pas la volée de bois vert qui lui tombe dessus depuis maintenant une semaine. Tout en proposant un spectacle enthousiasmant (la séquence finale excellente) et jamais ennuyeux, M. Night Shyamalan offre donc une très belle réflexion sur l'Homme et la manière qu'il a de se construire à force d'obstacles à franchir : en revenant sur une Terre abandonnée, le réalisateur du Sixième Sens revient ainsi aux sources de la mythologie qu'il construit tout en permettant à un père et à un fils de se retrouver. Une belle leçon initiatique, loin de tout cynisme et qui touche au coeur.

Plutôt pas mal pour un blockbuster soi-disant affligeant, non?..

 
AFTER EARTH - la critique

Crédits photos et résumé : Sony Pictures, Allociné.

 
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