DIE HARD : Belle journée pour mourir - la critique

A Good Day To Die Hard, écrit par Skip Woods. Réalisé par John Moore. Avec Bruce Willis, Jai Courtney, Sebastian Koch, Cole Hauser. USA - 2012. 96mn. Sortie le 20 février 2013.   

Les lumières de la salle se rallument et les portes s'ouvrent : je me lève en poussant un hurlement et me précipite à toute vitesse vers la sortie... Arrivé sur le trottoir, je regarde à gauche : rien. A droite : un camion de surgelés déboulé à vive allure... J'hésite à me jeter sous les roues afin d'oublier le triste spectacle qui vient de me faire saigner des yeux, puis je me ravise : si je le fais, aucune chance que je croise un jour la route de John Moore, l'un des responsables de ce naufrage artistique et donc aucune chance que je puisse lui cracher à la figure en lui disant "Yippikaye Motherfucker!"... Pourquoi lui cracher à la figure? Parce que c'est exactement ce qu'il vient de faire à John McClane et son public.

DIE HARD : Belle journée pour mourir - la critique

En 1987, John McTiernan (Predator, A la poursuite d'Octobre Rouge) réalise le film d'action ultime des 80s, celui qui va redéfinir les codes d'un genre et faire de son héros un des plus poulaires du cinéma : Piège de Cristal et son flic poissard, John McClane. Avec ce personnage de flic désabusé au mauvais endroit au mauvais moment, McTiernan propose au public un héros faillible et débrouillard, loin des gros bras qui tiennent alors le box office dans leurs poches, à savoir Sylvester Stallone ou encore Arnold Schwarzenegger. Avec sa mise en scène inventive et dynamique, le futur réalisateur du 13ème Guerrier livre un divertissement intelligent et imparable qui permet à Bruce Willis de gagner ses galons de star de cinéma. Trois ans plus tard, Renny Harlin livre une suite certes moins définitive que son illustre prédécesseur mais sacrément fun : 58 minutes pour vivre. Avec son héros encore une fois aux prises avec des terroristes, cette fois-ci dans un aéroport, le film est violent, drôle, rythmé et augure de ce que le cinéma d'action des années 90 sera : un héros, un lieu, une action. Plusieurs clones débarquent ainsi sur les écrans (Passager 57 avec Wesley Snipes, Piège en haute mer avec Steven Seagal, Piège en eaux troubles avec... Bruce Willis), profitant tranquillement d'une mode que le public semble suivre avec plaisir avant que ne déboule, en 1995, le film qui va mettre tous les autres à l'amende : Die Hard With A Vengeance, ou Une Journée en Enfer. Marquant le retour de John McTiernan aux rênes de la franchise, Die Hard 3 est un sommet du film d'action avec sa mise en scène nerveuse et immersive, son scénario ludique et jubilatoire et ses moments de bravoure. Bref, une trilogie parfaite, conclue par son meilleur opus. Que demander de plus? Sûrement pas un retour aux affaires de McClane dans un quatrième opus réalisé par Len Wiseman (Underworld 1 et 2). Loin d'être aussi catastrophique que Die Hard 5, Die Hard : Retour en Enfer n'en reste pas moins un divertissement beaucoup trop calibré et qui, en oubliant l'aspect frondeur et badass du personnage de McClane se révèle indigne de la saga. C'était en 2007...

DIE HARD : Belle journée pour mourir - la critique

La 20th Century Fox, jamais à court d'idées lorsqu'il s'agit de foutre en l'air une franchise (elle avait réussi l'exploit de piétiner à la fois la saga Alien ET la saga Predator dans les Alien vs Predator, joli!) décide donc de nous offrir pour 2013 le retour de notre flic râleur préféré... Et pour être bien sûr de mettre toutes les chances de son côté, le studio engage Skip Woods au scénario et John Moore à la réalisation. Mais qui sont ces hommes sur qui tout repose? Le premier a écrit Hitman et X-Men Origins : Wolverine, tandis que le second a mis en scène le remake de La malédiction et l'adaptation du jeu vidéo Max Payne... bref, un duo de winners bien décidés à se foutre de notre gueule!

Die Hard 5 est un film qui énerve. Je n'avais pas été aussi énervé au cinéma depuis bien longtemps... En même temps, qu'attendre de deux énergumènes comme ça? Au mieux, un honnête divertissement ; au pire, un film d'action correct. Las, Die Hard 5 n'est rien de tout ça. Die Hard 5 n'est rien d'ailleurs, c'est la négation totale du cinéma qui, en plus de ruiner un personnage culte comme celui de McClane, se permet d'être un des plus mauvais films d'action vu depuis un bon moment... Vous êtes déjà tombés, un soir d'insomnie, sur un téléfilm diffusé sur NRJ12 où Dolph Lundgren (ou Mark Dacascos) se bat contre des méchants dans un hangar roumain?.. Die Hard 5 est de ce calibre : un film à la photographie proprement dégueulasse, à l'histoire grotesque, aux méchants en carton (zéro charisme), aux acteurs de seconde zone et à la mise en scène hallucinante de renoncement. C'est bien simple, j'en viens presque à réévaluer Taken 2, pourtant une énorme bouse à peine digne du bac à soldes!

DIE HARD : Belle journée pour mourir - la critique

Caméra qui bouge dans tous les sens, effets spéciaux bien foireux (je suis sûr que la doublure de Bruce Willis a plus de temps de présence à l'écran que lui...) et scènes d'action ineptes : merci John Moore! Vous pensiez qu'il avait touché le fond avec Max Payne?.. Non, non! Il continue de creuser! Et il a décidé de mettre le paquet! Aidé par un Bruce Willis en totale roue libre (c'est-à-dire un Bruce Willis qui fait du Bruce Willis : les yeux plissés et la bouche en cul de poule), le réalisateur nous gratifie d'un spectacle qui va bien au delà du navrant : là où John McTiernan et Renny Harlin savaient utiliser à bon escient le lieu d'action de leurs films (un building, un aéroport, une ville), John Moore se contente d'aller à ...Moscou! Ben ouais, pourquoi pas? Pourquoi pas?! Ben, tout simplement parce que ça nie totalement le concept des Die Hard qui visait à amener les problèmes à McClane (et non pas l'y emmener)... Mais passons, Skip Woods a décidé d'apporter un peu de sang neuf à la saga et a donc situé son intrigue en Russie : c'est bien, sauf qu'on s'en fout! La ville n'étant jamais mise en valeur, le film pourrait se passer à Caen que l'effet serait le même. Ah non, pas tout à fait : il n'y a pas de Tchernobyl à Caen... Parce que dans Die Hard 5, en guise de climax à une intrigue toute moisie, le final se passe à Tchernobyl! Normal : le scénariste a dû s'arracher en faisant ses recherches sur Wikipedia.

DIE HARD : Belle journée pour mourir - la critique

En recentrant la saga sur une histoire familiale compliquée et un amour filial contrarié, nos deux loustics se sont sûrement dit qu'ils là tenaient un script en béton armé capable d'émouvoir et d'emmener leur film vers les hautes sphères du divertissement intelligent... Raté : le traitement de la relation entre McClane et son fils est tellement écrit à la truelle que l'on a l'impression d'être devant une parodie. A un moment, je me suis même demandé si les ZAZ (Y-a-t-il un pilote dans l'avion?) n'étaient pas de retour... Jai Courtney (Jack Reacher), dans le rôle du fiston-qui-en-veut-à-son-papa-mais-qui-l'aime-beaucoup-quand-même fait ce qu'il peut avec ce qu'on lui donne et autant dire que c'est pas la fête : les dialogues sont indigents, les situations "émouvantes" sont tellement surlignées au fluo que ça en devient vite gênant... Bref, Moore et Woods font tranquillement plonger l'une des meilleures sagas du cinéma d'action dans les tréfonds du nanar : c'est sympa, ça! Et je n'ose parler du plan final, digne d'une pub pour EDF... A s'en exploser la tête sur un strapontin!

DIE HARD : Belle journée pour mourir - la critique

Cumulant avec une énergie et une conviction rageante le pire du pire, Die Hard 5 est une expérience de cinéma écoeurante dans sa capacité à piétiner et enterrer un personnage culte comme celui de John McClane. Faisant fi de tout ce qui avait été apporté précédemment (à ce niveau de nivellement par le bas, l'opus de Wiseman devient un vrai chef-d'oeuvre!), John Moore, Skip Woods, les producteurs de la Fox et Bruce Willis viennent de nous pondre un truc visuellement affligeant et thématiquement moisi même pas digne d'un direct-to-video. D'ailleurs, en parlant de sorties vidéos : louez, achetez Universal Soldier : le jour du jugement. Le film a coûté dix fois moins que cette mer... infâme et c'est une excellente série B qui aligne les morceaux de bravoure à intervalles réguliers et qui  sait proposer un spectacle certes imparfait, mais qui ne se fout jamais de nous. Die Hard? Non, Dead...

Crédits photos : 20th Century Fox.

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