DJANGO UNCHAINED - la critique

Django Unchained, écrit et réalisé par Quentin Tarantino. Avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson. USA - 2012. 164mn.

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs.
Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…
Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…      

En 1992, un jeune réalisateur inconnu, Quentin Tarantino, débarque au Festival de Cannes et créé la sensation avec son premier film Reservoir Dogs. En cette même année, j'ai 10 ans et le cinéma représente à peu près déjà tout pour moi : je lis avec plus d'assiduité le programme TV que mes manuels de maths et ma séance hebdomadaire dans les salles obscures est un rituel immanquable. J'ai 10 ans et je découvre aussi Quentin Tarantino et son film de braquage qui tourne mal... à travers les magazines. N'ayant pas l'âge pour apprécier sur grand écran cette oeuvre qu'on annonce géniale, drôle et hyperviolente, je ronge mon frein et attends patiemment le deuxième essai du jeune homme. Deux ans plus tard, je prends en pleine figure ce qui représente sûrement mon premier gros choc cinématographique : Pulp Fiction. Deux clans se sont déjà créés : ceux pour qui Tarantino est un billant orfèvre qui sait digérer ses influences pour nous livrer de vrais bijoux pop et les autres pour qui le réalisateur n'est qu'un type sans réel talent qui pique des idées un peu partout parce qu'il en manque cruellement.

DJANGO UNCHAINED - la critique

Pour moi, pas d'hésitation : j'aime Quentin Tarantino, j'aime son cinéma. Au départ, pas pour ses clins d'oeil ou les références qu'il cite (il y en a plein qui me passent au-dessus de la tête...) mais juste parce que c'est du cinéma qui me touche, qui me plaît, qui me procure un vrai plaisir et qui me donne envie de me lever et d'applaudir dans la salle. La sensation bizarre mais sacrément jouissive d'assister à une sorte de projection privée : l'humour, le décalage, les dialogues, les explosions de violence, la musique... Tout marche sur moi d'une manière que je n'avais jamais ressentie jusque là. Un type qui bouffe du cinoche à longueur de temps a mis en scène sa cinéphilie et a réussi à toucher le public et la critique : pour un gamin de douze ans qui rêve et parle de grand écran jour et nuit, c'est la preuve que c'est possible. Et ça, ça n'a pas de prix.

DJANGO UNCHAINED - la critique

Vingt ans et quelques chefs d'oeuvre plus tard (Jackie Brown, Kill Bill, Inglourious Basterds), Quentin Tarantino est de retour avec Django Unchained. Un western. Un vrai de vrai. Ce genre qui a nourri ses films depuis ses débuts, que ce soit au niveau visuel (Kill Bill Volume 2 et son ambiance spaghetti) ou bien musical (les reprises d'Ennio Morricone dans la plupart des bandes originales), Tarantino s'y attaque enfin frontalement. Et, excusez-moi par avance pour la tournure de cette phrase, c'est une grosse claque, rien de moins! Un vrai grand moment de cinéma : inventif, méchamment drôle, sacrément violent, écrit avec une justesse et un sens du dialogue inimitable et servi par des comédiens au sommet de leur forme. D'ailleurs, petite parenthèse : c'est quoi le problème avec Leonardo DiCaprio? Ce mec livre ici une performance hallucinante (mais vraiment!), nouvelle preuve qu'il est bien l'un des meilleurs acteurs de sa génération, et il est encore une fois snobé par les Oscars... C'est juste rageant. Et désespérant aussi.

DJANGO UNCHAINED - la critique

Dans la continuité de son Inglourious Basterds, Quentin Tarantino se permet avec Django Unchained de revisiter une nouvelle fois l'Histoire. Alors que son film de guerre était une brillante ilustration du pouvoir du cinéma et de sa faculté à changer le Monde (en tuant Hitler... dans une salle de projection), son western est une réécriture sauvage d'une période sombre des Etats-Unis : l'esclavage. En permettant à son héros de briser ses chaînes et de punir ses bourreaux, Tarantino s'engage dans un cinéma politiquement plus chargé et devrait faire taire ceux qui ne voient en lui qu'un réalisateur de divertissements ultraviolents... tout comme, il devrait aussi leur donner des cartouches! Comment ose-t-il traiter un sujet aussi sérieux d'une manière aussi fun, diront certains (Spike Lee, par exemple...)? Il le peut et il le fait juste très bien. Parce que Tarantino reste Tarantino! En fait, Django Unchained risque de ne pas faire l'unanimité!.. Grande fresque titillant les démons de l'Amérique, Django Unchained permet à son auteur de réaliser ce qui s'apparente à son oeuvre la plus aboutie et la plus profonde : si son personnage principal a l'opportunité de se venger de ses tortionnaires à coups de dynamite et de fusil, offrant ainsi un nouveau regard sur l'Histoire, c'est également le cinéma de Tarantino lui-même qui s'en trouve réécrit et transformé. 

DJANGO UNCHAINED - la critique

Structure plus linéaire, références et clins d'oeil moins appuyés, Django Unchained offre à Quentin Tarantino l'opportunité de montrer une nouvelle fois sa maîtrise de l'écriture et de l'outil cinématographique, mais sur un mode moins frontalement "cool" : le style est plus posé et permet au réalisateur de Kill Bill de rendre hommage à la fois au western spaghetti et au western classique. Découpé en deux parties distinctes, le film nous fait suivre dans sa première moitié les aventures de Django et du Dr Schultz en tant que chasseurs de primes : le rythme est parfait (on apprend à connaître les personnages, tranquillement), c'est blindé de scènes incroyables (Don Johnson, le Ku Klux Klan) et le tout est visuellement superbe (la photographie de Robert Richardson est à tomber). Pour sa première incursion directe dans le genre en tant que réalisateur, Tarantino impose le respect tant sa mise en scène respire la classe et la maîtrise. Dès la rencontre avec le personnage campé par DiCaprio, le métrage entre dans une deuxième "phase" où le metteur en scène revient à ce qu'il sait faire de mieux : écrire des dialogues qui tuent! Sacrément savoureuses, les répliques sont parmi les meilleures écrites par Tarantino et permettent, derrière l'habileté du cinéaste à nous délecter des morceaux de bravoure que représentent ces joutes verbales, de servir avec justesse, humour et horreur le propos du film, à savoir l'esclavagisme. Jamais gratuits, les échanges verbaux ont toujours été dans le cinéma de Tarantino une sorte de soupape, une longue mise en place des affrontements futurs et, avec Django Unchained, il arrive une nouvelle fois à se surpasser : la séquence du repas, par exemple, est un grand moment de cinéma où les répliques fusent et instaurent une tension tout bonnement hallucinante avant l'explosion finale (une séquence qui rappelle magnifiquement celle de la taverne dans Inglourious Basterds). Du grand Art, vraiment.

DJANGO UNCHAINED - la critique

Emmené par des acteurs tout bonnement prodigieux, Django Unchained est une nouvelle preuve de l'amour que Tarantino leur porte : il leur amène sur un plateau des rôles, des répliques prodigieuses et ils lui rendent au centuple en donnant vie de la plus belle des manières à ses personnages si délicieux. Christoph Waltz est parfait en chasseur de primes dandy, Leonardo DiCaprio (je me répète) est époustouflant en Calvin Candie, Jamie Foxx en impose vraiment dans le rôle-titre mais celui qui tire le mieux son épingle du jeu est Samuel L. Jackson. Dans le rôle de Stephen, l'esclave domestique et loyal jusqu'à la nausée de Candie, il se montre tour à tour drôle, flippant et sadique : un personnage complexe, admirablement écrit et qui nous rappelle avec plaisir que Samuel L. Jackson est un sacré acteur. Quand on lui donne de la matière...

Les lumières de la salle se rallument : il est très dur de contenir le sourire que j'arbore... Encore une fois, Quentin Tarantino m'a bluffé. Il m'a emmené dans son univers, il m'a surpris (la première partie du film, excellente), m'a donné ce que je voulais (des dialogues énormes et une fusillade finale digne de John Woo), m'a fait rire et aussi me sentir très mal à l'aise... bref, pendant deux heures il m'a offert du vrai et du grand cinéma. Tarantino dit toujours qu'il fait les films qu'il a envie de voir sur grand écran. Qu'il ne s'arrête surtout pas : il fait exactement les films que moi aussi, j'ai envie de voir.

Crédits photos : The Weinstein Company.

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