GATSBY LE MAGNIFIQUE - la critique

Gatsby le magnifique, écrit par Baz Luhrmann & Craig Pearce . Réalisé par Baz Luhrmann. Avec Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan, Joel Edgerton, Isla Fisher. USA - 2013. 143mn. Sortie le 15 mai 2013.

 

Ballroom Dancing, Roméo + Juliette, Moulin Rouge, Australia... Le cinéma de Baz Luhrmann ne fait pas dans la demi-mesure, jamais. Avec lui, ça passe ou ça casse. Personnellement, jusqu'à Moulin Rouge, ça passait plutôt très bien : son goût de l'excès, sa caméra virevoltante et son talent à mêler classique (les vers de Shakespeare) et post-modernisme (... sur du Cardigans) me touchaient et me procuraient un certain plaisir, parfois coupable, mais plaisir quand même. Avec Australia, Luhrmann avait malheureusement plongé tête la première dans la grande fresque historique pompeuse et ronflante qui sentait bon la course à la statuette : avec son scénario aussi palpitant qu'un bulletin météo et son héros en carton (Hugh Jackman en mode "barbe de trois jours-bronzage Club Med-sourire ultrabrite-poils du torse apparents"), Australia avait sonné le glas artistique d'une carrière pourtant sacrément intéressante... Oui mais voilà, Baz Luhrmann a des envies de cinéma plein la tête : il veut des plans de grue improbables, de l'extravagance à tous les étages et pouvoir sortir une BO qui va cartonner... Alors la Warner lui donne de l'argent et lui laisse adapter le classique de F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique. Idée de génie?

GATSBY LE MAGNIFIQUE - la critique

Printemps 1922. L'époque est propice au relâchement des mœurs, à l'essor du jazz et à l'enrichissement des contrebandiers d'alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C'est ainsi que Nick se retrouve au cœur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d'absolu et des tragédies ravageuses et, chemin faisant, nous tend un miroir où se reflètent notre époque moderne et ses combats.

 

Les trente premières minutes de Gatsby font peur. Très peur même. Entre une caméra qui part dans tous les sens sans jamais chercher à en donner, des effets spéciaux assez laids et une propension à aller à toute vitesse au détriment de ses personnages, Baz Luhrmann tend le bâton pour se faire battre, et avec le sourire en plus! Le début du film donne ainsi la sensation d'avoir mangé six paquets de Smarties en deux minutes : on se sent tout bizarre, on voit des couleurs fluos partout et on est prêt à faire le 112 sur son portable... Clinquante au possible, superficielle et tout simplement indigeste, la mise en scène de Luhrmann ferait presque passer un clip de Lady Gaga pour un summum du bon goût et donne envie de se revisionner L'Eternité et un jour pour se calmer le nerf optique. Pourtant, un miracle se produit alors : il s'appelle Leonardo DiCaprio et il est tout bonnement impérial. Son arrivée va permettre au film de Luhrmann de se poser enfin et d'embrasser le potentiel fourni par l'excellent roman de Fitzgerald... En partie du moins car avec l'ami Baz, il suffit d'un instant pour replonger dans le sachet de sucreries. 

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Publié en 1925 (sans grand succès... alors qu'il est maintenant un classique de la littérature américaine), le roman de F. Scott Fitzgerald se faisait le reflet d'une Amérique insouciante, favorable à une libération des moeurs sur fond de jazz, d'alcool et de fêtes à n'en plus finir. Derrière ce vernis chatoyant se cachaient cependant des personnages perdus, déconnectés et à la recherche d'un but, d'un sens à cette vacuité que constituait leur quotidien... et au milieu d'eux, le mystérieux Gatsby. Incroyablement riche mais incroyablement seul. Celui qui organise les plus belles fêtes de son époque pour justement raviver la flamme d'un temps disparu...

Personnage fabuleux de complexité auquel Robert Redford avait déjà prêté ses traits dans la très belle version de Jack Clayton, Jay Gatsby se devait pour son retour sur le grand écran de trouver un interprète de qualité. En faisant endosser à Leonardo DiCaprio les costumes superbes de ce romantique tragique, Baz Luhrmann ne s'est pas trompé : l'acteur est époustouflant et vampirise toutes les scènes où il apparaît, ne laissant presque plus d'espace pour ses autres partenaires de jeu. Magnétique, charmeur, mélancolique... la palette d'émotions que le comédien étale devant nous avec une classe confondante de naturel ne fait que confirmer (il y en a qui ont encore l'air de l'ignorer, malheureusement...) qu'il est bien l'un des plus grands acteurs de notre époque, tout simplement. C'est lui qui hisse Gatsby le magnifique vers le haut et permet de faire oublier certaines des lacunes qui plombent le film de Luhrmann, à savoir une narration chaotique qui confond rythme et hystérie ou bien encore des effets spéciaux douteux qui font plusieurs fois sortir le spectateur de l'intrigue.

GATSBY LE MAGNIFIQUE - la critique

Oscillant constamment entre grands moments de cinéma (les retrouvailles entre Jay Gatsby et son amour de toujours, Daisy) et passages beaucoup plus faibles (la prestation de Tobey Maguire, pas honteuse pour autant, fait tout de même pâle figure face à Leo), Gatsby le magnifique peine à convaincre totalement et à être le chef d'oeuvre de romantisme et de mélancolie qu'il se rêve d'incarner. L'audace de Baz Luhrmann se révèle payante à plusieurs reprises (encore une fois, il réussit à merveille le mariage ambiance 20s/musique actuelle) mais le sentiment de trop plein et de gavage (visuel notamment) amène malheureusement à faire de Gatsby un semi-ratage... Finalement, comme Jay Gatsby échoue à devenir le fantasme qu'il s'était fait de lui-même, Baz Luhrmann échoue à livrer son oeuvre romantique ultime, malgré la débauche de moyens employés.

GATSBY LE MAGNIFIQUE - la critique

Crédits photos : Warner Bros.

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