HOMELAND-SEASON-2

 

Il est préférable d'avoir vu la saison avant de lire cette critique : certains éléments-clés de l'intrigue y sont dévoilés.

 

C'est le 16 décembre dernier que la saison 2 de Homeland s'est achevée aux Etats-Unis par un épisode intense et qui se permet de relancer la série sur de nouvelles pistes qui s'annoncent passionnantes... mais avant d'y revenir plus en détail, analyse d'un show très attendu au tournant.

Plébiscitée à la fois par le public et la critique (Golden Globes et Emmy Awards en pagaille), Homeland, au moment de la rentrée 2012 se devait de faire au moins aussi bien que sa quasi-parfaite saison 1. Tout comme on parle du difficile deuxième album pour un groupe qui a créé l'événenement, le schéma est le même pour une série qui s'est imposée comme la véritable révélation de l'année dernière. Bon nombre de shows ont vu leur qualité decliner après une première salve d'épisodes réussis (on pense notamment à Prison Break qui s'est petit à petit embourbée dans une intrigue improbable et peu maîtrisée) et la crainte était très grande concernant la série d'Howard Gordon et Alex Gansa : au moment de l'annonce de son renouvellement pour une saison 2, on était en droit de se demander si la série était vraiment faite pour durer, au vu de son intrigue brillamment développée sur douze épisodes. Pourtant, arrivée au terme d'une saison 1 captivante, les scénaristes semblaient très bien savoir où ils allaient en nous offrant un cliffhanger tétanisant et annonçant une saison 2 de nouveau sous haute tension et à forte dose paranoïaque... Qu'en est-il vraiment? Que trame le héros revenu d'Irak? La fragile agent de la CIA va-t-elle réussir à prouver tout ce qu'elle avance avant que l'inévitable ne se produise?..


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Homeland reprend six mois après le final bouleversant de la saison précédente : Nicholas Brody continue d'asseoir sa position au sein de la vie politique américaine tandis que Carrie Matheson reste éloignée de tout ce qui touche de près ou de loin à la CIA... Alors que la jeune femme, dans la dernière scène du denier épisode de la saison 1, se souvenait malheureusement trop tard du lien qui unissait Brody et le terroriste Abu Nazir, et prouvant ainsi la véracité de ses propos, Howard Gordon et Alex Gansa nous prennent de court en enclenchant la seconde. Je vais être honnête, je m'attendais à ce que l'intrigue tire un peu la ligne : j'imaginais du remplissage et Carrie qui retrouve la mémoire en fin de saison, histoire de bien nous faire revenir en saison 3 (confirmée en Octobre dernier). Je retire toutes les craintes que j'ai pu avoir et ça tient en un seul mot : rythme.


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Les cinq premiers épisodes de la saison 2 d'Homeland sont un modèle de scénario, de gestion d'une intrigue et de prise de risque. N'ayant pas peur de bousculer les téléspectateurs, Howard Gordon et son équipe enchaînent avec bonheur les révélations, les coups de théâtre et les moments de tension extrêmes. C'est bien simple, depuis 24 Heures Chrono et Rubicon (soit deux visions on ne peut plus opposées), j'avais rarement pris autant mon pied devant une série d'espionnage. Sans jouer sur la surenchère à outrance ou les artifices de mise en scène pour créer l'énergie nécessaire à faire avancer l'intrigue, les auteurs alignent les instants de tension et de paranoïa à une cadence infernale (l'épisode 2 est un petit bijou de suspense) jusqu'à ce qui se révélera être, en plus du premier grand moment de cette saison, l'une des plus belles répliques de cette année télévisée : " I was right". Prononcés par Carrie, ces trois mots sonnent comme une délivrance pour elle mais aussi pour le téléspectateur (nous savions qu'elle avait raison et il était inutile de continuer à avoir un train d'avance sur les personnages) et comme une affirmation de la volonté des scénaristes d'amener cette nouvelle saison sur de nouveaux rivages. Le jeu du chat et de la souris continue mais les règles ont changé.


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Ne cessant de jouer avec nos craintes et nos attentes, Howard Gordon et son équipe de scénaristes amènent Homeland vers des sommets avec un cinquième épisode de haute volée et qui contient une des plus éprouvantes séances d'interrogatoire vues depuis longtemps sur un écran : stressante, étouffante mais surtout profondément bouleversante, la confrontation Brody/Carrie se présente comme l'aboutissement d'une moitié de saison à la construction parfaite. Redescendant légèrement en rythme et en intensité (ça ne sert à rien de sprinter tout du long...) pour mieux développer ses personnages, Homeland se perd un peu dans des intrigues en-deça du début de saison : la partie politique de Brody s'avère finalement assez peu palpitante tandis sa fille hérite d'une "intrigue-boulet" un poil pénible, mais qui évite heureusement de tomber dans les écueils de certaines histoires bouche-trou à la 24 Heures Chrono, destinées à combler et à crée un suspense annexe... On l'a échappé belle!


Homeland

 

Toujours au plus près de la cellule familiale, Homeland parvient de nouveau à pervertir ce noyau censé protéger du monde extérieur : dans la saison 1, c'était le mensonge que représentait le retour de Brody qui était une menace, ici c'est en fait la vérité (la conversion du soldat à l'Islam, sa vidéo-confession) qui fera éclater cette douce illusion de sécurité. Cette fragilité vis-à-vis de la vérité transparaît également dans la relation qu'entretiennent Brody et Carrie : cherchant désespérément de quoi résister à une existence faite de non-dits (le travail de la jeune femme, la double-vie de l'ancien soldat), les deux personnages ont besoin l'un de l'autre malgré la conscience que cette union contre-nature est vouée à l'échec... comme nous le rappellera ironiquement un final où Carrie se retrouve une fois de plus isolée des autres. Après avoir été seule contre tous pour prouver la culpabilité de Brody, elle est cette fois-ci la seule à croire à son innocence. C'est finalement lorsqu'ils révèlent l'un à l'autre, qu'ils sont "vrais" que leur passé les rattrape, les empêchant une nouvelle fois de vivre normalement.


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Toujours aussi brillamment interprétée (Mandy Patinkin fait un travail formidable dans le rôle de Saul Berenson et Claire Danes et Damian Lewis sont encore une fois au top), Homeland reste très largement dans la course au titre du meilleur show de l'année pour sa deuxième saison : bousculant nos attentes, osant un déroulement déroutant de leur intrigue, les scénaristes nous proposent avec ces douze nouveaux épisodes un tour de grand huit psychologiquement intense et diablement excitant. Avec son épisode final diabolique et qui redistribue les cartes de manière fort audacieuse (aura-t-on droit à un remake du Fugitif pour la saison 3?..), Homeland conclue en beauté son second round. Et encore une fois, on en sort K.O.

Crédits photos : Showtime.

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