LA BELLE ET LA BÊTE - la critique

La Belle et la Bête, écrit par Christophe Gans et Sandra Vo-Anh d'après l'oeuvre de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve. Réalisé par Christophe Gans. Avec Vincent Cassel, Léa Seydoux, André Dussolier. FRANCE - 2014. 112mn. Sortie le 12 février 2014.

Cinq minutes. C'est à peu près le temps qu'il aura fallu à Christophe Gans pour me replonger en enfance, celle où on sirote un chocolat chaud tout en écoutant une histoire ou en regardant un film de cape et d'épée avec Jean Marais. Véritable anomalie dans un cinéma français qui semble avoir oublié son patrimoine romanesque au profit de comédies formatées et visuellement aussi excitantes qu'une pub pour Carglass, La Belle et la Bête est un vrai bonheur de cinéma populaire.

Et non, populaire n'est pas un gros mot.

1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce.

Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose.

Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au château de la Bête, ce n’est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange, où se mêlent les instants de féerie, d’allégresse et de mélancolie.

Chaque soir, à l’heure du dîner, Belle et la Bête se retrouvent. Ils apprennent à se découvrir, à se dompter comme deux étrangers que tout oppose. Alors qu’elle doit repousser ses élans amoureux, Belle tente de percer les mystères de la Bête et de son domaine.

Une fois la nuit tombée, des rêves lui révèlent par bribes le passé de la Bête. Une histoire tragique, qui lui apprend que cet être solitaire et féroce fut un jour un Prince majestueux.

Armée de son courage, luttant contre tous les dangers, ouvrant son coeur, Belle va parvenir à libérer la Bête de sa malédiction. Et se faisant, découvrir le véritable amour.

LA BELLE ET LA BÊTE - la critique

Que me rappelle le nouveau film de Christophe Gans? Mes vacances de Noël quand j'avais une dizaine d'années et mes après-midis avec Jean Marais, André Hunnebelle ou Gérard Philippe. C'est l'époque où j'ai découvert Le BossuFanfan la TulipeLe Capitan ou encore Le Miracle des Loups, ce cinéma virevoltant bourré de cavalcades, de méchants très méchants, de duels homériques et de héros au grand coeur... bref, un cinéma d'aventures qui fait pétiller les yeux et que le réalisateur du Pacte des Loups ressuscite avec une ambition et un plaisir communicatifs.

Cinéphile passionné devant l'éternel (et ô combien passionnant) à qui l'on doit les revues cultesStarfix et HK Magazine, Christophe Gans est un cinéaste rare dans l'industrie française. Si d'aucuns pourraient trouver le terme un peu fort, permettez-moi... d'en remettre une couche! Amoureux et défenseur acharné d'un cinéma de genre qui a tendance à être décrié par la bien-pensance critique de notre beau pays, nostalgique d'une époque où le cinéma français offrait du spectacle populaire et familial sans forcément niveler le tout par le bas, Christophe Gans est, un peu comme Quentin Tarantino, un cinéaste qui fait les films qu'il rêve de voir. Malgré la frilosité d'une industrie qui se complaît à dire qu'elle n'arrivera pas à rivaliser avec un cinéma hollywoodien surpuissant, Christophe Gans essaie (et prouve avec panache) qu'il est possible d'offrir aux spectateurs du divertissement populaire sans avoir à rougir de ce qui se fait outre-Atlantique. Et si ses films souffrent parfois de certaines lacunes, on ne peut que saluer, féliciter et conforter ce type d'aventure cinématographique. Christophe Gans est donc un cinéaste rare. Et précieux. Je vous avais dit que j'en remettrai une couche.

LA BELLE ET LA BÊTE - la critique

Déja plusieurs fois porté à l'écran, notamment à travers les superbes versions de Jean Cocteau et de Disney, le conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve se trouve être pour Christophe Gans le moyen de mettre encore le cinéma français face à son passé, celui du récit romanesque, tout en lui ouvrant une belle fenêtre sur un avenir prometteur, celui des superproductions françaises (et/ou européennes) à la pointe de l'actualité.

A la sortie de l'excellent Pacte des Loups en 2001, le public et les spécialistes avaient vu dans le réalisateur de Crying Freeman l'homme de la situation, à même de redorer le blason d'un cinéma populaire français oublié et tombé en désuétude... et qu'on ne voyait guère plus qu'à la télévision, pendant les vacances de Noël (vous voyez, tout se tient!). Malheureusement, le succès du film n'avait pas su relancer la machine et Christophe Gans se retrouve donc encore aujourd'hui dans la peau de l'homme providentiel. Une position que le metteur assume donc avec un entrain et une classe visuelle tout bonnement époustouflante. S'ouvrant littéralement sur un livre d'images, La Belle et la Bête va s'évertuer pendant presque deux heures à nou plonger sans retenue et avec passion dans nos souvenirs et nos sensations d'enfance. Un navire qui coule, des pièces d'or qui s'en échappent, des paysages enneigés, des tavernes enfumées... Christophe Gans déploie sous nos yeux ébahis toute la puissance d'une mise en scène libérée de toute limite et dévouée intégralement à nous faire pénétrer un monde féérique et enchanteur. Mélange harmonieux de décors en "dur" et d'images de synthèse (75 % environ du film), La Belle et la Bête est un spectacle d'une beauté étourdissante et la démonstration que les blockbusters français sont possibles et surtout à encourager si on ne veut pas voir notre cinéma sombrer définitivement (voir à ce sujet l'interview de Christophe Gans)... 

LA BELLE ET LA BÊTE - la critique

Comme il l'avait déjà prouvé avec Crying Freeman, son adaptation de Silent Hill ou bien entendu Le Pacte des Loups, Christophe Gans est un réalisateur qui n'aime pas les barrières : manga, jeu vidéo, récit historique mâtiné de kung fu... En grand gamin qu'il est resté, il n'y a de limite à sa cinéphilie et c'est avec logique qu'elle nourrit sa façon de travailler. La vision du médium cinéma de Christophe Gans ne s'embarrasse ainsi d'aucune frontière et c'est ce qui en fait toute la force : les influences aussi diverses que variées participent pleinement à son écriture d'un cinéma de(s) genre(s). Avec La Belle et la Bête, le metteur en scène s'est une nouvelle fois surpassé en allant piocher aussi bien dans l'univers d'Hayao Miyazaki (la Nature face à la civilisation) que dans celui de Guillermo del Toro (les statues géantes du final) pour un résultat tout simplement jouissif et inédit dans le paysage audiovisuel français. 

Alors, La Belle et la Bête, film parfait? Non, je n'irai pas jusque là. Mais les défauts du métrage de Christophe Gans (les soeurs un poil horripilantes de Léa Seydoux, certains effets spéciaux perfectibles et un problème d'implication dans la naissance de la passion entre la jeune femme et Vincent Cassel) n'ont aucunement entâché mon plaisir : pendant près de deux heures, j'ai été emporté dans un monde merveilleux aux décors sublimes, à la musique ensorcelante et à l'interprétation excellente (Cassel est prodigieux dans un rôle loin d'être facile). Pendant près de deux heures, j'ai retrouvé une âme d'enfant à qui on raconte la plus incroyable des histoires et pendant près de deux heures j'ai aussi vu que le cinéma de genre français n'était pas mort... Entre le retour tout moisi des Inconnus et la promesse, certes imparfaite mais ô combien essentielle, qu'un cinéma populaire n'est plus considéré comme une hérésie ou une insulte au 7ème Art, le choix est vite fait.

LA BELLE ET LA BÊTE - la critique

Crédits photos : Pathé.

 
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