LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

La vie d'Adèle : chapitres 1 & 2 , écrit par Abdellatif Kechiche et Gahlya Lacroix d'après le roman graphique de Julia Maroh. Réalisé par Abdellatif Kechiche. Avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Jérémie Laheurte. France/Belgique/Espagne - 2013. 179mn. Sortie le 09 octobre 2013.

À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

La vie d'Adèle est un film que l'on a déjà l'impression de connaître : entre sa consécration au Festival de Cannes et sa sortie mercredi dernier, rares ont été les semaines sans qu'on en parle. Des conditions de travail déplorables des techniciens aux méthodes de tournage extrêmes, en passant par les échanges houleux par médias interposés entre les actrices et leur metteur en scène, le nouveau film d'Abdellatif Kechiche aura fait couler beaucoup d'encre. Si on considère que toute publicité est bonne à prendre, alors La vie d'Adèle s'est payée la meilleure campagne promo imaginable, pas de doute là-dessus. Si l'on considère par contre qu'un film se doit avant tout d'être jugé sur son "résultat" et sur les émotions qu'il fait ressentir et non pas sur les "à-côtés" (toutes proportions gardées, bien entendu), il faut bien reconnaître qu'il est difficile d'entrer dans la salle sans à-priori. Si on veut bien y aller bien sûr...

 

 

LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

Car La vie d'Adèle est un film dont on nous a déjà dégoûté. Pourquoi? Pour les raisons évoquées précédemment. Les controverses, les propos de Léa Seydoux, le lynchage d'Abdellatif Kechiche... Une semaine, c'est l'actrice qui est la victime d'un réalisateur présenté comme tyrannique tandis que la semaine suivante, la comédienne est accusée de cracher dans la soupe tandis que le metteur en scène de La graine et le mulet se trouve porté aux nues. Bref, de quoi se trouver très vite agacé et fermement réfractaire à l'idée de passer trois heures dans une salle obscure. Ce qui serait sûrement l'une des plus grosses erreurs de l'année.

LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

Parce que La vie d'Adèle est l'une des plus belles propositions de cinéma de 2013 : bouleversante, intense, éprouvante, éreintante... Les superlatifs manquent pour définir l'expérience que représentent ces trois heures passées dans une salle de cinéma. Une salle de cinéma est un lieu d'abandon : à une histoire, à des comédiens, à un metteur en scène, à une vision. On attend du spectacle qui nous est offert la même intensité que celle que l'on donne : on est parfois déçu, on est parfois conquis. Et, à de plus rares occasions, l'alchimie opère sans limite et sans aucune retenue. Avec son nouveau film, Abdellatif Kechiche est cet alchimiste. Du corps et du coeur, celui qui donne à voir et à ressentir le sentiment amoureux dans ce qu'il a de plus beau, de plus simple, de plus dévorant. De plus vrai.

LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

Chapitre 1. Chapitre 2. De l'adolescence au passage à l'âge adulte. De la découverte à la transmission, rien ne nous sera caché de la vie d'Adèle. Ses coups de coeur, ses joies, ses peines, ses rêves... pendant trois heures, Abdellatif Kechiche orchestre un ballet incroyable d'émotions brutes où sa caméra se met au plus près des corps, et surtout des visages, pour ne rien rater : un sourire, une larme, une mèche de cheveux qui tombe, un regard... C'est ça qui fait de son cinéma un cinéma épuisant. Sa liberté à s'attarder sur des scènes du quotidien, à faire durer les plans, cette manière de "jouer" le naturel : on est aussi gêné que conquis de cette position que le réalisateur nous donne. On ressort abasourdi d'avoir littéralement vécu par le biais d'un écran. C'est à la fois profond et léger, éreintant et exaltant : et c'est incontestablement là l'une des principales forces de ses films, de L'esquive à La graine et le mulet.

LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

Plongée bouleversante dans l'adolescence et ce qu'elle a de plus sincère, de plus enragée, de plus passionnée, La vie d'Adèle c'est la nôtre. Nos doutes, nos interrogations, notre force et notre faiblesse sublimés par une Adèle Exarchopoulos qui irradie l'écran de sa présence. Elle est de tous les plans et on ne peut que vibrer en la voyant s'éveiller à l'amour, chuter puis tenter de se relever de cette passion dévorante qui la touche et la définit au plus profond d'elle-même. La passion, justement. Celle d'Adèle pour Emma. Celle d'Emma pour Adèle. Le coup de foudre, le désir, la séparation : La vie d'Adèle est une histoire d'amour, l'une des plus belles, des plus déchirantes et des plus brûlantes vues sur un écran depuis un petit moment de par son universalité. Car si La vie d'Adèle est en effet l'histoire d'un amour homosexuel, ce n'en est en rien sa thématique : ce qui intéresse Kechiche, c'est la fusion de deux êtres, séparés par leur "statut" et leurs aspirations mais réunis par leur amour. Cette fusion quasi-mystique entre les deux jeunes femmes (l'orgasme féminin est associé à quelque chose de divin lors d'une discussion), le réalisateur de L'esquive la filme crûment, intensément lors de rapports sexuels d'une frontalité estomaquante, parfois gênante. Puissants et charnels, ces ébats vont très loin (et très longtemps) dans l'intimité des personnages : loin d'être gratuits, ils participent au processus de réalisme total voulu par Abdellatif Kechiche et dévoilent les deux héroïnes dans toute leur vérité.

LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

Toujours animé de ce regard sociétal qui avait fait de La graine et le mulet l'un des meilleurs films français de ces dernières années, le réalisateur de Vénus Noire dresse avec son nouveau film une étude assez noire du rapport des classes : les artistes/intellectuels (la famille d'Emma) contre les prolétaires (la famille d'Adèle), la reconnaissance (Emma) contre la connaissance et sa transmission (Adèle). Si le trait n'est pas toujours des plus fins, il n'en demeure pas moins que le propos est des plus pertinents et permet à La vie d'Adèle d'atteindre encore un niveau supplémentaire dans la justesse.

Véritable tourbillon d'émotions qui touchent au coeur comme rarement, La vie d'Adèle est une ode à l'amour, celui qui vous fait chavirer, trembler et duquel on ne pourra sûrement jamais se séparer en même temps qu'une déclaration sublime à l'adolescence, ses incertitudes et ses combats.

Le voyage passionnant dont Abdellatif Kechiche nous a permis d'être témoin avec La vie d'Adèle ne peut décemment pas en rester là... Si le plan final nous dit qu'Adèle a tourné la page (tout en restant un moment inoubliable de la vie d'Emma, littéralement représenté par un tableau de la jeune femme), on ne peut que demander à voir quel nouveau chapitre s'ouvre à elle...

Ne laissez pas les polémiques vous empêcher de découvrir cette merveille : La vie d'Adèle est le plus beau film de l'année, le plus viscéral, celui qui vous fait aimer le cinéma...

LA VIE D'ADELE : chapitres 1 & 2 - la critique

Crédits résumé et photos : Allociné, Wild Bunch.

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