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"Le jour, il est vendeur de glaces… La nuit, c'est le plus brillant des agents de la CIA…" Ou : "C'est l'histoire d'un enfant qui découvre qu'il a été cloné puis cryogénisé… ce qui fait que sa mère est en fait sa soeur, qui travaille pour le KGB et qui pense qu'il est un descendant de Jules César!"
Ces pitchs n'existent pas. Heureusement. Pourtant, on ne compte plus ces dernières années les séries qui se sont vendues sur ce qu'on appelle un high concept : entre Lost, Flashforward, The Event, Homeland ou bien encore Dexter, bon nombre de shows se sont bâtis sur des idées fortes au risque parfois de ne pas aller au-delà de leur postulat de départ, aussi séduisant fût-il.

 

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Si je dis ça, c'est parce qu'hier soir j'ai regardé un épisode d'une série qui m'a littéralement bouleversé. La série, c'était Law and Order UK, connue dans nos contrées sous les titres Londres Police Judiciaire ou London District. Il s'agit de la huitième déclinaison de la célèbre franchise Law and Order (ouvrez votre programme télé et regardez sur TF1 ou TMC : New York Unité Spéciale ou New York Section Criminelle… c'est ça) et elle se déroule sur les terres d'Harry Potter. Son concept : des flics, des avocats, des procureurs et des enquêtes. Aucun descendant caché de Jésus qui cherche à déjouer un complot au Vatican. Aucune fin du monde annoncée il y a mille ans sur un calendrier Kinder… Rien de tout ça. Seulement des hommes et des femmes confrontés à la folie et à la noirceur de l'être humain. Seulement une série d'une justesse et d'une humanité bluffante.

 

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De toutes les séries de la franchise de Dick Wolf, j'ai vu assez peu d'épisodes de la série-mère, à savoir Law and Order (New York District ou New York Police Judiciaire) tandis que j'ai voué une véritable passion à New York Section Criminelle qui, avec ses histoires tortueuses, son écriture au cordeau et son interprétation fascinante en ont fait l'un des meilleurs polars qu'il m'ait été donné de voir sur un petit écran. Avec Law and Order UK, rien de bien nouveau à l'horizon, la série se "limitant" à adapter les scripts de la série originale à la sauce anglaise avec pour seule "originalité" une plongée dans le fonctionnement de son système pénal, totalement différent de celui de l'Oncle Sam… Formule simple (voire "rigide" diront les détracteurs) qui a fait le succès de la série et dont les histoires, et leurs résonances, en sont le véritable moteur.

 

Law & Order UK Cast Photo 

Le corps d'un nourrisson est retrouvé devant un hôpital. Les investigations révèlent une mort par intoxication causée par une fuite de gaz dans une résidence...

De ce point de départ traumatisant, le scénariste Chris Chibnall tire un récit d'une noirceur estomaquante et à la narration exemplaire : de la recherche de la mère qui a abandonné le corps sans vie de son enfant à la découverte des techniques effroyables de la responsable d'une agence immobilière qui laisse se dégrader ses appartements afin d'en déloger les occupants, cet épisode de Law And Order UK est une plongée de 45 minutes dans un crime d'une "banalité" qui fait froid dans le dos.

Fidèle aux techniques d'écritures qui ont façonné l'identité de la série originale avec ses scènes courtes, ses dialogues rapides et jamais superflus et ses acteurs (principaux et secondaires) au ton juste, la transposition britannique de la franchise de Dick Wolf est une réussite, dès ce premier épisode dont on ne sort pas indemne. Pas de violons, pas de séquences larmoyantes aux effets faciles et pourtant, il est dur de résister à l'émotion qui nous assaille face à la détresse d'une mère qui vient de perdre son enfant. Ancré dans une vérité sociale au point de faire oublier l'aspect fictionnel de son déroulement, Law And Order (UK mais les autres aussi) parvient, en 42 petites minutes seulement, à créer une ambiance, à y installer des personnages qui sonnent "vrais" et à développer une intrigue concise mais ô combien riche.

 

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En comparaison avec d'autres séries qui vivent sur la force de l'instant (rebondissements, cliffhangers), la force de Law And Order réside dans son analyse des conséquences, dans son analyse de l'après. La série ne manque pas de rythme, bien au contraire, mais rien ne semble jamais artificiel, "gonflé" dans le but de faire avancer une fiction.

Si elle n'atteint pas la première marche du podium de mes séries policières préférées (Homicide est à 0,1 point devant... oui, mes classements sont précis), Law And Order, comme Urgences, est profondément humaine. Douloureusement humaine...

 

Crédits photos : Universal Television.

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