LES LYONNAIS - la critique

Les Lyonnais, écrit par Olivier Marchal et Edgar Marie. Réalisé par Olivier Marchal. Avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval. FRANCE - 2011. 103mn.

De sa jeunesse passée dans la misère d’un camp de gitans, Edmond Vidal, dit Momon, a retenu le sens de la famille, une loyauté sans faille, et la fierté de ses origines. Il a surtout conservé l’amitié de Serge Suttel. L’ami d’enfance avec qui il a découvert la prison à cause d’un stupide vol de cerises. Avec lui, inexorablement il a plongé dans le Grand Banditisme, et connu l’apogée du GANG DES LYONNAIS, l’équipe qu’ils ont formée ensemble et qui a fait d’eux les plus célèbres braqueurs du début des années soixante dix. Leur irrésistible ascension prend fin en 1974, lors d’une arrestation spectaculaire.
Aujourd’hui à l’approche de la soixantaine, Momon tente d’oublier cette période de sa vie. Sa rédemption, il l’a trouvée en se retirant des "affaires". En prenant soin de Janou, son épouse, qui a tant souffert à l’époque et de ses enfants et petits enfants, tous respectueux, devant cet homme aux valeurs simples et universelles, lucide et pétri d’humanité. A l’inverse de Serge Suttel, qui malgré le temps n’a rien renié de son itinéraire...

Dernier film en date d'Olivier Marchal, Les Lyonnais marque le première incursion du réalisateur de l'autre côté de la barrière. L'ancien flic, qui avait si bien su mettre en scène les drames et la noirceur inhérente à son métier dans des oeuvres aussi crépusculaires que 36, Quai des Orfèvres et MR-73, s'intéresse ici au célèbre gang des Lyonnais en se basant sur les écrits d'un de ses membres, Edmond Vidal.

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Olivier Marchal, c'est tout simplement l'un des grands noms du polar français actuel : scénariste/acteur/réalisateur pour la télévision (Commissaire Moulin, Police District), il se lance dans la réalisation de son premier long-métrage, Gangsters avec Richard Anconina et Anne Parillaud, en 2002. Déjà très prometteur par son sens de l'action et du rythme, le film permet à Marchal d'obtenir un succès d'estime qu'il transforme en consécration deux ans plus tard avec 36, Quai des Orfèvres. Violence sèche, turpitudes de l'âme humaine et mise en scène au cordeau : son style s'affirme et son polar brut de décoffrage offre à Daniel Auteuil l'un de ses tous meilleurs rôles. Le comédien ne s'y trompe pas et retrouve Olivier Marchal en 2008 pour MR-73, véritable descente aux enfers sur pellicule d'un flic bouffé par l'alcool et ses démons. Poème macabre et poisseux, le film ne rencontre pas le même succès que 36 et certains voient avec ce film les limites d'un cinéaste qui peine à se renouveler et qui s'enfonce dans le glauque pour masquer son manque d'inspiration. Votre humble serviteur n'est pas de cet avis : MR-73 est une déflagration d'une noirceur et d'un désespoir épuisant émotionnellement mais d'une beauté plastique et d'une richesse thématique impressionnantes.

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Metteur en scène nourri par ses expériences personnelles et flic nourri aux grands classiques du cinéma, Olivier Marchal impose dès les premières minutes des Lyonnais ses intentions et ses influences : du Parrain à Il était une fois en Amérique (le chef d'oeuvre de Sergio Leone), c'est tout un pan des films de gangsters qui est convoqué à travers une mise en scène dynamique, alternant avec brio les différentes temporalités afin de livrer un aperçu le plus complet possible de ces Lyonnais. Démarrant comme une grande fresque évoquant le classique de Coppola, Les Lyonnais peine pourtant à conserver l'intérêt, la faute à un montage trop rapide et qui fait trop ressortir les coupes opérées sur le banc de montage. Voulu par Marchal lui-même comme un "Il était une fois en Amérique français", le film faisait à la base plus de trois heures, un montage qui ne satisfaisait pas le réalisateur de MR-73 et qui s'est donc attelé à rendre plus vif un récit peut-être trop ambitieux. Le résultat : aucun temps mort, un polar tendu et trépidant mais auquel il semble manquer une respiration. Celle qui permettrait de s'attacher à ces gangsters d'un autre temps, liés par un code d'honneur et pour qui le sang appelle le sang...

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De cette période fascinante du gangstérisme français, Olivier Marchal tire donc un récit malheureusement bancal et qui ne fait qu'effleurer le potentiel énorme de ce matériau en or. Toute la période nous amenant à suivre les Lyonnais dans leurs méfaits passe trop rapidement alors qu'on aurait aimé passer plus de temps à leurs côtés, partager leurs gueuletons, leurs espoirs, leurs désillusions... C'en est d'autant plus rageant que le film fleure bon le polar à l'ancienne, celui de Jean-Pierre Melville (Le Cercle Rouge), d'Henri Verneuil (Le Clan des Siciliens) ou de José Giovanni (Deux Hommes dans la ville) et que la mise en scène de Marchal gagne en intensité et en mâturité. Toujours au plus près de ses acteurs (il les aime, ça se sent), Les Lyonnais est un défilé des plus belles "sales" gueules que compte le cinéma français et permet à bon nombre de ses comédiens de s'imposer dans le registre "viril en blouson de cuir" : Gérard Lanvin transpire la classe et l'évidence dans le rôle du "repenti" (son visage incarne à merveille toute la richesse et la complexité d'un personnage comme Edmond Vidal) tandis que Tchéky Karyo trouve ici un bel écrin à son jeu nuancé et bien loin de certains de ses écarts hollywoodiens (Taking Lives de D.J. Caruso...).

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Pourtant, malgré ces réserves, difficile de résister aux Lyonnais : emporté par un tourbillon d'émotions, le spectateur ressort chancelant. En jonglant habilement entre les différentes époques (énorme travail sur le montage), en nous offrant des scènes d'action tétanisantes de brutalité (l'attaque de l'hôpital) et en mettant en avant des individus régis par un code, une ligne de conduite inébranlable, Olivier Marchal réalise avec son quatrième long-métrage une magnifique fresque policière à hauteur d'hommes : loin de les glorifier, il nous amène simplement à faire un bout de chemin avec eux. Un chemin pavé de réglements de comptes, de sang et de drames mais aussi d'amour, de respect, d'honneur et d'amitié. Je prie sincèrement qu'un jour Olivier Marchal sorte sa version de 3 heures...

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Crédits photos : Gaumont.

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