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Lone Ranger - Naissance d'un héros, écrit par Justin Haythe, Ted Elliott & Terry Rossio. Réalisé par Gore Verbinski. Avec Johnny Depp, Armie Hammer, William Fichtner, Ruth Wilson, Tom Wilkinson, Helena Bonham Carter, James Badge Dale. USA - 2013. 149mn. Sortie le 07 août 2013.

 

Sur le papier, Lone Ranger sonnait comme une évidence : reformer l'équipe gagnante de Pirates des Caraïbes pour une adaptation à 200 millions de dollars d'un héros ultra-populaire de la culture US avait tout du pari à même de rapporter un gros pactole. Malheureusement, Lone Ranger est un énorme bide aux USA (l'un des plus fracassants de l'été aux côtés d'After Earth de M. Night Shyamalan et de RIPD de Robert Schwentke) et ramène les studios Disney aux douloureuses heures vécues l'année dernière avec l'échec du pourtant très bon John Carter d'Andrew Stanton. En plus de mettre le doigt sur l'un des maux majeurs des productions hollywoodiennes actuelles, à savoir les fameux tentpoles aux budgets astronomiques (en gros, on mise tout sur un film plutôt que répartir les coûts et les risques sur plusieurs), Lone Ranger pose surtout une autre question : est-ce que quelqu'un, chez Disney, a vraiment fait attention au script?!

Parce que bon, sous ses allures de western pour les 7-77 ans qui décalque la recette magique de la saga des Pirates des Caraïbes, Lone Ranger est quand même l'un des blockbusters familiaux parmi les plus fous, les plus violents et les plus rentre-dedans vus depuis un bon moment sur grand écran. Et donc, forcément, c'est génial et ça fait un bien fou!

 

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Tonto, le guerrier indien, raconte comment John Reid, un ancien défenseur de la loi, est devenu un justicier légendaire. Ces deux héros à part vont devoir apprendre à faire équipe pour affronter le pire de la cupidité et de la corruption.

 

Lorsque le film débute, nous sommes à San Francisco, en 1933 : un plan d'ensemble nous offre à voir une ville en plein essor dont la construction du plus célèbre des édifices, le fameux Golden Gate Bridge, n'est pas encore terminée... et le plan d'ouverture typique d'un western auquel nous nous attendions n'est pas là. Il n'est déjà plus là. Nous y découvrons ensuite un musée consacré à l'Histoire de l'Ouest où, sous les yeux d'un jeune garçon, un viel Indien (Tonto) va littéralement s'animer dans le décor typique de western où il végétait pour (nous) conter l'histoire du Lone Ranger... Une entrée en matière frontalement ludique (le western est mort... faisons-le revivre!) qui, au delà de rendre hommage au superbe Little Big Man d'Arthur Penn (où un vieil homme joué par Dustin Hoffman se faisait aussi narrateur du film), se veut la note d'intention d'un film beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît :  redonner vie à un genre et lui rendre tout simplement ses lettres de noblesse. L'intention est la même que lorsque Verbinski, Bruckheimer et Depp se sont lancés dans le défi de remettre au goût du jour les films de pirates mais le procédé se révèle ici beaucoup plus malin et jouissif. En jouant ainsi le jeu de la narration dans la narration, Lone Ranger est un film qui se sait être un film! Ou du moins, c'est un film qui a conscience des procédés narratifs qui le sous-tendent et le font avancer. Le "tableau" dans lequel se trouve le vieux Tonto représente ainsi la version surranée du genre avec son ciel bleu, ses plaines à perte de vue et sa Monument Valley : un rappel des westerns de l'âge d'or (John Wayne et ses chevauchées) dont Gore Verbinski va briser l'immobilité (le cadre d'un musée, lieu que l'on peut considérer comme une pause dans un moment de l'Histoire) pour en faire surgir l'Aventure avec un grand A, c'est-à-dire le film qui suit. 

 

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En prenant le point de vue d'une transmission orale (de l'Indien à l'enfant), Gore Verbinski se place de fait clairement du côté de l'imaginaire et des récits fantasmés et/ou exagérés où tout est permis : il reviendra de nombreuses fois pendant le film sur ce dialogue entre le garçon et Tonto comme pour bien nous rappeler que son Lone Ranger, sous ses allures de western dynamique et jouissif, est surtout une belle interrogation sur l'imaginaire et son pouvoir dans la création des héros et des mythes. Et quoi de mieux, pour justement questionner cette figure héroïque, que de le faire dans un western, genre ô combien fondateur du cinéma américain et questionnant sans cesse le mythe de l'Amérique elle-même? Le film est commencé depuis seulement quelques minutes que, déjà, son ambition thématique explose à l'écran d'une manière proprement fascinante. Tout simplement bluffant!

 

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Lorsque je me demandais précédemment si quelqu'un avait lu le script, c'est parce que Lone Ranger propose une vision sacrément désenchantée de ce Grand Ouest américain... et que c'est bien la dernière chose que je m'attendais à voir dans un blockbuster estampillé Disney, je l'avoue! Si, dès les années 50, les westerns ont commencé à revenir sur leur version "idéalisée" de la Conquête de l'Ouest (où l'Indien est fourbe, méchant et donc à abattre) avec des films comme La Flèche Brisée de Delmer Daves qui prenait par exemple parti pour la cause indienne, on n'en espérait pas autant dans la dernière grosse production de Jerry Bruckheimer, pas spécialement réputé pour ses prises de position! Derrière le divertissement qui enchaîne avec talent les péripéties et les cascades monumentales, Lone Ranger dessine en effet une image bien peu glorieuse de la naissance des Etats-Unis et de son Histoire de l'Ouest : peuple manipulé et soumis (les Indiens et les Chinois), Occidentaux cupides et violents, Armée qui n'hésite pas à massacrer... bref, même si on n'est pas dans une totale déconstruction à la Michael Cimino et sa Porte du Paradis, Lone Ranger donne un sacré coup dans l'aile aux mythes fondateurs de l'Amérique! Sachant que cette vision particulièrement noire de la "naissance d'une Nation" par Cimino reste l'un des plus gros bides de toute l'Histoire du Cinéma, on ne peut s'empêcher de se demander s'il fait bon de toucher ainsi à cette mythologie américaine?..

De plus, entre des fusillades nombreuses et où il y a un bon paquet de morts, un méchant cannibale et un ton qui penche très souvent vers la noirceur, on peut dire que le western de Gore Verbinski tape dans le divertissement assez éloigné des productions calibrées de chez Disney! Est-ce cette vision pour le moins déroutante du blockbuster estival qui a poussé le studio aux grandes oreilles à opérer des réécritures en cours de tournage? Et ainsi donner à ce Lone Ranger un petit côté "mal fagoté" qui ma foi lui sied fort bien tant il respire la volonté de se démarquer tout en rendant un hommage superbe au plus prestigieux des genres (Ndr : c'est mon avis...)!


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Sur le fond, Lone Ranger est donc d'une richesse assez incroyable et offre à Gore Verbinski les moyens de prouver qu'il est plus qu'un très bon technicien : ses Pirates des Caraïbes étaient visuellement somptueux mais il leur manquait peut-être ce sous-texte passionnant (construire un mythe tout en en déconstruisant un autre) pour en faire des oeuvres aussi fortes que ce western aux accents spielbergiens. Ah, le mot est lâché! Steven Spielberg! Je vous assure que je ne fais pas un concours pour placer le nom du réalisateur de Jurassic Park le plus souvent possible... Mais, il faut reconnaître que sur la forme, Verbinski semble avoir bouffé du barbu à casquette! Virevoltant, superbement photographié et blindé de morceaux de bravoure qui mettent à l'amende pas mal de blockbusters récents, Lone Ranger est d'une générosité affolante et en vient à rappeler les maîtres-étalons du film d'aventures que sont les Indiana Jones.  On serait d'ailleurs même tenté de rapprocher le western de Verbinski du Temple Maudit tant les deux films partagent plusieurs points communs dans leur approche sombre, dérangeante et un peu déglinguée du divertissement pour tous... Même si le réalisateur de Pirates des Caraïbes n'atteint pas encore la maestria de Steven Spielberg, ce serait faire la fine bouche que de ne pas reconnaître la beauté plastique d'un film qui, des grands classiques américains aux grands classiques italiens, rend hommage avec brio aux différentes périodes d'un genre protéiforme...

 

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Et quand, de surcroît, on nous livre comme final l'une des séquences d'action les plus énormes de l'année, on peut se dire que Gore Verbinski s'est laissé pousser des ailes! Jusqu'à maintenant, c'était l'attaque de Hong Kong dans  Pacific Rim qui tenait fièrement la place de mon top des séquences-dantesques-qui-te-laissent-sur-le-carreau-avec-un-sourire-tout-niais... C'était sans compter sur Lone Ranger qui propose donc en guise de dessert une séquence tout bonnement ébouriffante. Mais vraiment! Quasiment muette, cette poursuite entre deux trains est une merveille de mise en scène, de chorégraphie et de scénographie : spectaculaire, toujours lisible, complètement barrée dans son côté over the top assumé, la séquence est un pur régal de gamin! Comme del Toro et sa lutte entre les robots et les monstres, Gore Verbinski livre avec son Lone Ranger un véritable fantasme sur pellicule pour tous les gamins qui se sont un jour imaginé en train de cavaler sur un train, avant de sauter dans le vide tout en tirant sur les méchants! Rythmée par un Hans Zimmer en très grande forme qui lâche les cuivres et les cordes dans un déferlement sonore de folie, cette cavalcade échevelée est un vrai modèle de divertissement généreux et jubilatoire! Je veux la revoir... vite!!


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Et même si le film n'est pas parfait, la faute notamment à un rythme parfois bancal (2h30, c'est un poil long...), la force d'un sous-texte empreint de gravité et de naïveté, la puissance d'une mise en scène de toute beauté et des acteurs parfaits (non, Johnny Depp ne refait pas son Jack Sparrow!) font de Lone Ranger un divertissement haut de gamme des plus recommandables. On ne peut que regretter son échec au box-office (mais on peut le comprendre tant il ne correspond pas à la manière dont il a été vendu...) car il aurait été vraiment génial de retrouver cette joyeuse bande dans un nouvel opus!

Merci Mr Verbinski. Avec vous, j'ai de nouveau eu 10 ans pendant plus de deux heures...


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Crédits photos : Walt Disney Pictures.

 


 

 

 


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