LOOPER - la critique

Looper, écrit et réalisé par Rian Johnson. Avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt et Jeff Daniels. USA - 2012. 119mn. Sortie le 31 octobre 2012.

Et si Quentin Tarantino avait un petit frère... qui ne porte pas le même nom de famille certes, mais qui aurait le même génie pour mixer, remixer et digérer des pans entiers de cinéma?.. Et si cet homme s'appelait Rian Johnson? Et s'il venait de réaliser un film de science-fiction qui n'est pas que ça? Ce serait un beau hasard, hein?.. Et bien, des fois, le hasard fait bien les choses! Looper, ou la très bonne surprise SF de cette fin d'année, part d'un pitch assez jubilatoire. Jugez plutôt :

Joe (Joseph Gordon-Levitt - Inception) est un tueur d'un nouveau genre : il est chargé, à notre époque, d'éliminer des individus que la Mafia lui envoie du futur. Lorsqu'il se rend compte que sa prochaine victime n'est autre que lui-même avec 30 ans de plus (Bruce Willis - Incassable) et qu'il n'est pas décidé à se laisser abattre sans rien faire, une chasse à l'homme plutôt originale se met en place...

LOOPER - la critique

Avec un point de départ comme celui-là, dur de ne pas foncer dans la salle de ciné la plus proche de chez soi : en 2012, il est encore possible d'apporter du neuf sur le thème ultra-rabâché du voyage dans le temps... et de le faire bien. Retour vers le futurL'Armée des 12 SingesTerminator... autant de classiques du cinéma qui se sont eux aussi frotté à ce genre phare de la science-fiction et fatalement, autant de classiques auxquels Looper va se retrouver confronté. Disons-le tout de suite, le troisième film de Rian Johnson n'a pas ce côté "classique immédiat" des films précédemment cités (la faute à un troisième acte plus faible) mais sa sincérité, sa simplicité et son jusqu'au-boutisme font de lui une sacrée bonne surprise, surtout quand les deux gros blockbusters SF de l'année se sont révélés de beaux pétards mouillés, pour rester polis... Oui, oui, Prometheus et Total Recall, je parle de vous!

LOOPER - la critique

Ancrée dans une réalité où le voyage dans le temps existe (mais est prohibé), la narration de Looper emprunte à beaucoup d'autres genres cinématographiques, étoffant ainsi encore plus son approche novatrice : film noir, western, conte, fantastique... Loin d'être des références gratuites et poseuses, ces influences nourrissent le film de Rian Johnson, lui permettent de "vivre" pleinement. Car Looper, en dépit une bande annonce qui aimerait en faire un film d'action pétaradant (ce qu'il n'est que très occasionnellement), est avant tout un drame profondément humain : d'un concept très "série B" (rien de péjoratif dans cette expression), le réalisateur de Brick accouche d'un troisième film guidé par le coeur. Que faire quand on se retrouve face à son "futur moi" et qu'on découvre que c'est une ordure de première (Bruce Willis en grande forme)? Qu'est-ce que le destin? Peut-on y échapper, influer sur son déroulement? Et, la question qui motive les personnages et les fait agir : l'amour peut-il tout guérir?

LOOPER - la critique

Faut-il aller voir le film avec une boîte d'aspirine?.. Avec les voyages dans le temps, on a vite fait de se triturer les méninges et de trouver à redire : boucles, paradoxes temporels, effets qui deviennent les causes d'une action... N'en jetez plus! Looper est bourré de choses de ce genre... mais ça passe tout seul : ludique, rythmé, jubilatoire, le scénario de Rian Johnson est d'une clarté assez rare pour être soulignée. Et si jamais on était paumé, il y une scène excellente où, en substance, le vieux Joe (Willis) explique au jeune Joe que ça ne sert à rien de se prendre la tête sinon de perdre de vue le voyage... On ne pouvait sûrement pas être plus clair vis-à-vis du spectateur. Certains trouveront le procédé roublard et visant à éviter toute justification mais Looper n'est pas un traité de science sur le voyage dans le temps et son fonctionnement : c'est un drame qui utilise ce fait (on peut voyager dans le temps) pour (d)écrire les conséquences physiques et émotionnelles que cela implique.

LOOPER - la critique

Toujours humble dans sa démarche et dans son approche, Looper n'est jamais un produit insipide ou préfabriqué cherchant à redorer le blason d'une star qui n'a plus son aura d'antan : aidé par les interprétations bluffantes de son duo vedette (Joseph Gordon-Levitt est simplement impressionnant dans sa manière de s'approprier les mimiques, les tics de jeu de Willis), Rian Johnson propose avec Looper un film vraiment salvateur dans une industrie du divertissement qui prend de moins en moins de risques entre les suites, remakes et autres reboots qui envahissent les écrans. Malgré son budget de "seulement" 30 millions de dollars et son côté un peu "bricolé" à certains moments (les motos volantes), Looper est un spectacle intelligent jamais avare en surprises (les ruptures de ton et de rythme) et qui sait flatter la rétine des fans du cinéma de genre (Bruce Willis avec deux sulfateuses dans les mains, ça fait toujours plaisir!). S'il n'est pas un classique instantané, le troisième film de Rian Johnson un très bon moment de cinéma : violent, intense et surtout terriblement émouvant, Looper fait définitivement entrer son réalisateur dans la cour des grands.

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Crédits photos : SND.

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