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Les Anglais ont encore frappé! Venue tout droit d'Outre-Manche, voilà tout simplement une nouvelle preuve de l'incroyable savoir-faire britannique dans le domaine des fictions télévisées.

John Luther est un homme en colère. John Luther est un homme violent. John Luther est un flic.

Créée et écrite par Neil Cross, "Luther" met en avant un personnage de flic fort, atypique qui réellement sort des sentiers battus. Alors que l'on aurait pu craindre l'overdose à l'arrivée d'un énième cop-show de plus, la série de Cross trouve rapidement un ton propre. Loin d'être un simple "prétexte" servant à vendre la série avant de repartir sur quelque chose de plus classique, la personnalité de John Luther sert les intrigues, les nourrit, leur donne un aspect immersif très déroutant: en cotoyant au plus près ce véritable génie de la psychologie criminelle, en vivant littéralement l'investissement total qu'il donne à la résolution des affaires traitées par son service, c'est l'atrocité des crimes, la banalité de la violence qui nous explose en pleine face. Car s'il doit faire face à ses propres démons, Luther n'est jamais meilleur que lorsqu'il affronte les autres démons, ceux de cette société qu'il sert mais dans laquelle il ne colle pas, ne colle plus.

C'est un être marginal, toujours sur la brêche, sur le point d'exploser (quand il ne le fait pas de temps en temps dans des scènes tétanisantes de fureur) mais qui sert de tampon, et heureusement pour nous, à l'ambiance glauque qui parsème tous les épisodes de la série.

luther2John Luther est un vrai animal en cage, il se définit d'ailleurs lui-même comme un ours, qui ne demande qu'à laisser sortir la colère qui le ronge. Face à un personnage de cette trempe, il fallait un acteur de poids, à même de retranscrire ce côté instinctif, primal: c'est l'immense Idris Elba (en taille et en talent... regardez "The Wire", c'est tout) qui prête ses traits à Luther. Tout simplement habité par le rôle, Elba livre une prestation extraordinaire où l'on est hypnotisé par sa voix (la série est bien sûr à voir en VO), fasciné par ses mouvements (sa démarche est exemplaire de la "bête" qu'est Luther: il se mouvoie tel un fauve en cage, enfermé par le cadre de l'image... là aussi, il veut exploser, faire sauter les barrières), bref c'est à un numéro de haute volée auquel nous assistons, justement récompensé par un Golden Globe.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, bien au contraire: tous brillent à un moment ou à un autre, tous existent réellement dans l'histoire et ont un rôle à jouer dans l'univers de Luther. A la différence de "The Mentalist" par exemple ou encore "Lie To Me" (qui, dans une moindre mesure, nous présente aussi un anti-héros génial et antipathique) où les seconds rôles ne sont que de simples faire-valoir au personnage principal, ils "vivent" (ou meurent...) au contact de John Luther et lui aussi vit grace à eux: tous ceux que touche Luther s'en voient transformés, souvent pour le pire, mais c'est là une des réussites de la série que de faire exister tout ce beau monde en si peu d'épisodes (6 pour la 1ère saison, 4 pour la 2ème). La fin de la saison 1, magnifique de tension, illustre brillamment comment justement la vie personnelle et professionnelle de Luther et de ceux qui l'entourent se trouvent contaminées et détruites par ce caractère si différent, par ce marginal.

L'autre point fort de "Luther", et qui achève d'en faire une série d'exception est la relation que le policier noue avec Alice, une criminelle surdouée, qu'il n'a pas réussi à coincer faute de preuves. Commençant comme un duel psychologique entre deux génies de la manipulation cherchant à se déstabiliser, leur affrontement va rapidement virer en une relation complice. Paradoxalement, c'est avec cette asociale qui n'hésite pas à s'immiscer dans sa vie et à menacer ses proches que Luther va nouer une amitié étrange, dérangeante mais finalement logique.

Interprétée par Ruth Wilson, le personnage d'Alice est tout simplement incroyable et apporte à la série un sentiment de danger supplémentaire, d'inconnu mais également d'humour... Un humour noir, froid qui permet de décompresser un peu face aux intrigues imaginées par Neil Cross. Là où d'autres séries se reposent facilement sur leur personnage principal au détriment de l'histoire ("The Mentalist" toujours, si tu nous entends...), "Luther" bénéficie de scénarii riches, complexes et rondement menés sachant ménager un suspense au cordeau et des moments d'action bluffants de sécheresse.

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Avec une saison 2 qui n'hésite pas à modifier en profondeur les fondamentaux de la série (preuve que son créateur Neil Cross fait avancer son show, bouscule le téléspectateur) sans en perdre la saveur si particulière, "Luther" est très attendu en cette année 2012... Pas d'inquiétude, il devrait revenir très prochainement sur la BBC pour une troisième saison de 4 épisodes.

 

"Luther - saison 1" Créé par Neil Cross. Avec Idris Elba, Ruth Wilson, Indira Varma. 6 épisodes de 60 mn.

"Luther - saison 2" Créé par Neil Cross. Avec Idris Elba, Ruth Wilson. 4 épisodes de 60 mn.

Source photos: BBC One.


 

 


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